Adem:
Je m’appelle Adem, je suis là en France depuis 6 ans, bientôt 7 ans. Ce que j’ai vu qu’il y a ici, je trouve que c’est un peu incroyable. Je suis venu mineur à l’âge de 14 ans en foyer. J’suis resté jusqu’à 17 ans et demi. Et c’est là où ils m’ont dit, on commence à faire les démarches pour que je puisse avoir des papiers et tout. Donc, c’était un peu tard normalement, ils pouvaient me le faire pendant que j’avais 16 ans, 15 ans.
Du coup, ils m’ont fait ça au dernier moment. Je pars proposer mon dossier à la préfecture. Ils m’ont dit, il faut une pièce d’identité. Je vais au consulat de chez moi, je demande un passeport, c’est simple. Ils m’ont dit, reviens après deux mois. Deux mois après, ils m’ont dit, t’es pas reconnu par ton pays d’origine il faut attendre encore deux mois. Alors que la préfecture, elle m’a donné un mois, un délai d’un mois pour que je puisse préparer pour mon dossier. Donc là, je me suis trouvé vraiment dans un grand problème.
Le temps que j’ai perdu entre le consulat, la préfecture, le consulat, la préfecture. J’ai eu la réponse, ils m’ont dit que je pourrais pas avoir les papiers. Mon dossier, il était refusé. Je suis sorti, j’ai quitté le pays. Je vais en Allemagne, je vais faire quelque chose là-bas. J’ai pas réussi.
Je retourne en France parce que c’est le pays où je me suis intégré le plus. Et je connais des gens un peu ici qui peuvent m’aider. Des gens qui m’ont aidé en quelque sorte.
Donc j’ai fait quoi ? Je viens ici. Dès que je traverse la frontière sur Paris, j’ai rien fait du tout. Je voulais seulement aller aux toilettes à la gare. J’y suis et en sortant je trouve la police aux frontières. J’ai fait aucun délit, aucun problème. Rien du tout. Juste j’étais à la gare, j’attendais mon train. Ils m’ont attrapé pour me ramener en GAV.
Après ça, j’ai vécu en étranger sur le territoire avec une obligation de quitter le territoire. J’ai fait une bêtise. J’étais obligé pour avoir un peu d’argent. Des trucs pour que je vive. Et j’essayais de m’en sortir un peu. J’ai fait des conneries. Je suis tombé en prison.
Après la prison, je me trouve au CRA. Mais franchement, je voulais vraiment retourner en prison, mais pas au CRA. Le truc que j’ai jamais imaginé dans ma tête, que j’ai jamais imaginé que j’allais vivre dans ma vie, c’était le CRA.
Moi, de base, quand je suis venu ici, j’suis sorti de chez moi. Je suis venu ici. Je me suis dit qu’il y a plus de chance que j’puisse réussir ma vie ici que chez moi.J’arrive ici. Et la police bah voilà l’expression française, elle dit police partout et justice nulle part.
J’arrivais ici. Comme je vous l’ai dit, je suis pris au centre de rétention. Même pour la peine que j’ai eue ici, ils étaient durs pour moi alors que je n’ai rien fait.C’est pas un truc grave. J’arrivais en prison. Ce que j’ai vu, c’était incroyable.
La police française qui disait « oui nous, on est là pour vous, on est là pour le peuple, pour aider et tout. C’est le pays des droits alors que rien n’avoir. » Désolé pour tous les Français qui m’entendent mais votre pays, il ne donne aucun droit. Je rentre au centre de rétention de Lyon. Ils m’ont mis dans un endroit comme si j’étais au zoo.
On n’en parle pas des gens qui étaient dedans. Tellement ils étaient dans le mal, on se comportait trop mal. Les uns envers l’autre, ils réagissaient mal à chaque fois alors qu’on parle tous la même langue, on essaie d’être tous ensemble, à partager et tout. Mais tellement il y a trop de pression, on perd le contrôle. Pourquoi on perd le contrôle et il y a trop de pression sur nous ? À cause de la police.
Par exemple, j’étais au CRA de Lyon et au CRA 1 chez les gendarmes. Chez les gendarmes. Tellement ils sont rentrés dans ma tête avec des provocations, avec des histoires, avec des gestes et tout moi-même dans ma tête, j’ai changé. Je suis devenu sauvage, j’ai essayé d’embêter, j’ai détruit des trucs. Mais à chaque fois que je me loupais avec eux, ce qu’ils m’ont fait, comment ils m’ont tabassé, les gestes qu’ils m’ont fait pendant que j’étais en isolement, ils sont restés bien tracés dans ma mémoire, dans ma tête et je ne pense pas que je vais oublier un jour.
Et la haine que j’ai contre la police française et contre les lois des étrangers, je ne pense pas que ça va sortir un jour de moi. J’ai une haine alors que j’ai fait une formation ici, j’ai tout fait bien, j’étais un bon élève à l’école, pendant que j’étais mineur. Je ne sais pas pourquoi ils m’ont fait ça.
Je finis à la fin sans papier, dans un centre de rétention, ils veulent me renvoyer chez moi. Je me trouve à faire des trucs comme ça. Le problème, je trouve, c’est pas de ma faute tout ce que je suis en train de vivre. Je me retrouve en rétention, loin des gens que je connais, aucune aide, je ne connais personne, c’est un autre monde. C’est un monde invivable.
Et du coup, ce qu’ils m’ont fait, déjà au CRA de Lyon, l’année dernière et cette année, je ne pense pas que je vais oublier les histoires qui sont restés dans ma tête, et quand je suis sorti, j’ai essayé de me dire que c’est un cauchemar et que c’est déjà passé. Mais quand je suis retombé dedans encore une fois, franchement, psychologiquement, détruit, moral, cassé, vraiment, vraiment brisé.
Même de sortir, je sais qu’ils ne vont pas m’expulser. Ils le savent aussi très bien mais ils font ça juste pour me faire comprendre que c’est pas chez moi ici. Ils n’arrivent à rien me faire et ne peuvent pas m’expulser, mon pays d’origine m’a pas reconnu, j’suis venu trop petit. J’suis algérien. Mais je ne comprends pas pourquoi ils veulent qu’on rentre chez nous. Au moins pendant que vous nous prenez, vous nous mettez dans des centres de rétention comme ça, il faut être humain, donner des trucs qui se mangent. Des trucs qui se mangent, un bon comportement au moins, un bon respect dans les deux sens. Pour ne pas rajouter des problèmes encore plus, pourquoi les provocations ? La préfecture, je n’en ai marre. La police, je n’en ai marre. Du centre de rétention j’en ai marre. C’est incroyable, je pensais jamais que j’allais finir comme ça.
Je me suis fait tabasser combien de fois ? En 2024, je me suis fait tabasser 14 fois. Les gendarmes, 14 fois, je vais à l’isolément. Dès que tu rentres en isolement, ils peuvent t’attacher avec une ceinture sur un lit, te bloquer, te taper à plusieurs, à faire ce qui veulent, à bouffer ils te donnent même pas. Tu réclames pour tes droits, ils le prennent mal. Moi, je réclame, donnez-moi à manger, donnez-moi un bon truc à manger. Je ne demande pas un repas gastronomique, je demande un repas qui se mange.
La pareil sur Marseille, y a rien qui rentre ici au parloir. Je n’ai jamais vu ça.
J’arrive ici, il n’y a rien qui rentre par là. Ils vont rentrer avec des gâteaux secs et pas une grosse quantité, pas plus de deux paquets. Par exemple, imaginez-vous, dans une zone, il y a combien de personnes ? Et sur tous ces gens-là, vous n’allez pas voir tout le monde sortir par là ou voir des gens qui les ramènent des trucs. Donc, on n’est pas plusieurs à sortir. Ceux qui ramènent un truc, ils partagent avec les autres. Donc, il ne se passe pas grand-chose.
Maintenant, le pire, c’est pas de contact physique. Une vitre au plein milieu, des petits trous au-dessus, comme ça, on entend pas quand on parle avec le visiteur. Il faut parler à voix haute pour qu’on s’entende. Le comportement avec le visiteur, c’est incroyable. Avec nous, c’est incroyable. C’est du jamais-vu. Un parloir c’est attouchements physiques, un fouille à chaque fois. Le comportement avec les visiteurs, ils les palpent bien, ils font des trucs, je ne sais pas. Ils disent qu’il y a des lames qui rentrent, qu’il y a des trucs qui rentrent, alors qu’il n’y a aucune arme dangereuse dedans qui existe.
Ils rentrent (la police), ils parlent avec des gros mots avec la matraque gazeuse à la main pour des détails, pour des trucs banals. C’est quoi ? C’est un nouveau projet qui se passe et ça provoque avec les mains. Moi-même, au parloir, je ne me sens pas bien. Je me sens un animal, je ne sais pas moi. Pourquoi vous mettez une vitre au plein milieu ?
Ce qu’on vit, c’est injuste. Ils veulent rajouter, ils veulent encore. Il y a bien plus de temps, ils veulent mettre 7 mois en centre de rétention. Heureusement qu’ils ne sont pas pu. Mais là, 3 mois, c’est vraiment, vraiment dur. Surtout les derniers jours, ça rend fou.Je ne sais pas si vous avez des questions à poser
Anticra: On peut rester un peu sur le transfert. Quand tu as été transféré à Marseille, qu’est-ce qu’ils t’ont dit à Lyon, la police ? Qu’est-ce qui t’a annoncé le transfert ?
Adem:
C’était le capitaine, il est venu avec deux policiers. Il est venu me voir. Il m’a dit, on va bientôt te transférer sur Marseille je lui ai dit pourquoi. Il m’a dit, je n’ai pas toutes les informations. Je suis venu juste pour te prévenir.
Et moi, avec le temps, j’ai oublié que j’avais un jugement ici à Marseille. J’avais fait une affaire. Je ne risque pas d’aller en prison juste du sursis, une amende, un truc comme ça. Ils m’ont ramené, ils m’ont dit, on est là, on t’a prévenu. Et après, deux jours après, ils sont revenu me dire, cette fois avec la date. Là, ils m’ont ramené ici. Ils m’ont laissé prendre mes vêtements, mes trucs, tout ce que j’avais chez eux à Lyon.
A Lyon on pouvait me ramené, elle m’a ramené un grand sac de Madeleine, des boissons, des coca, elle m’a ramené du tabac, elle m’a ramené du sirop. Nous, on n’a pas le droit des trucs à boire. On achète sur le distributeur ou il n’y aura rien.
Anticra Ok, donc vous avez un distributeur.
Adem
Ouais, un distributeur, mais le pire, c’est qu’il n’est pas tout le temps chargé.
Il vient une fois dans la semaine pour le charger, et imaginez, il y a six blocs qui achètent dessus. Donc la plupart du temps il est vide.
Anticra: Sinon, je voulais savoir comment ça se passe, la relation avec Forum (l’association Forum Réfugiés). Tu vois qui c’est ou pas ?
En fait, il y en a un, il était au CRA de Lyon, il travaillait, je l’ai vu là-bas en 2024.Et là, je l’ai vu ici. Mais franchement, là, un exemple, il s’est passé un truc avec eux, ils m’ont fait tourner la tête. Je les appelle et je leur ai dit, ouais, j’ai besoin de tous les papiers du jugement, des derniers jugements que j’ai eu administratifs envoyez-les à cette personne-là sur email, s’il vous plaît. Ils me disent quoi ? Ils me disent, pardon, on n’a pas vos papiers, on a juste le premier jugement, alors qu’il y avait des cours d’appels, des trucs. Ils m’ont dit, ouais, on va voir si on peut les récupérer ils vont les envoyer. Même tu leurs donnes une attestation d’hébergement, je leur ai donné. Je les ai donné deux, je me suis trompé. La personne de dehors, elle a donné deux. Il y avait une ancienne et une nouvelle. Ils ont mis l’ancienne. Ils sont pas conscients. Pour les avoir, il faut appeler du matin jusqu’au début d’après-midi pour pouvoir avoir un rendez-vous et des fois, c’est même pas possible.
Quand tu descends avec un truc, expliquez-moi, je risque quoi ? Est-ce qu’il y a un vol pour moi ? Est-ce qu’ils vont m’expulser ? Ils disent rien, à part qu’ils peuvent t’aider juste pour savoir si tu veux faire appel ? Ouais, je veux faire appel. Ok, c’est bon. Au final.
Anticra: Ouais, ils sont pas trop présents pour vous, quoi. Même la nourriture et tout, ils font rien.
Adem:
Non, Il y a plusieurs familles d’ici qui les ont contactées. Ils donnent le numéro de vos collègues de Marseille (AntiCRA de Marseille). Mais eux, ils peuvent pas gérer, Ils peuvent pas gérer 50 000 personnes. Ils peuvent pas gérer tout le monde, ici.
Anticra: Et les médecins à Lyon, à Marseille, comment ça se passe ? T’as vu des infirmiers, des infirmières ?
Ouais, ici à Marseille, par exemple, mon traitement que je prenais avant, ils m’ont pas donné le même. Ils voulaient pas me donner. C’était des Gabapendin, ils me l’ont donné à Lyon, en 2024, parce que j’ai un grosse cicatrice sur le genou. J’avais des douleurs fortes. En sortant de prison et tout, j’arrive là-bas au CRA du Lyon. Le médecin de là-bas, le généraliste, il m’a donné ce médicament. Et je l’utilise toujours, et je l’utilise toujours, toujours, toujours, même quand je suis sorti. Je suis retourné ici. J’arrive ici après le transfert à Lyon. Je le prenais encore la deuxième fois à Lyon. Je le prenais, ils m’ont autorisé. Et après, ils me disent quoi ? J’arrive ici, ils me disent, ouais, pas de Rika, pas de Tramadol, mais je suis pas le genre de personne qui consomme ça. Je demande juste Gabapentin. Ils m’ont dit, ouais, mais elle fait partie de la famille de ces cachets qui shootent. Mais c’est rien à voir. C’est juste un cachet pour les fortes douleurs.
Je lui ai demandé de voir le généraliste, et ils m’ont ramené voir le généraliste. Je l’ai vu, il m’a dit, non, j’ai pas le droit de te donner ça. De toute façon, c’est le capitaine d’ici, il a interdit ce genre de médicament, je sais pas quoi. Et là, avec le froid, les cicatrices, c’est une grande cicatrice, c’est 15 points de suture. Et quand il fait froid, c’est là où je sens vraiment les douleurs. L’été, normal, ça me dérange pas. Je prends de temps en temps, quand j’ai vraiment des fortes douleurs. Parce que ça a touché l’os. Là, cette fois-ci, ils veulent pas me donner. Il y a que du Doliprane et des cachets pour qu’on s’endort comme des pandas pendant 24 heures, 48 heures.
Anticra: Et comment ça se passe, par exemple, avec les autres
Adem: Ouais y a que des problèmes, parfois des blessés grave. Il y en a qui sont obligés d’être des escrocs. Ouais. Soit un escroc ici, y en qui était intelligent, et il va te voler. Par exemple, je viens d’arriver ici, je me suis fait voler. Ouais. Je me suis fait voler, il y a eu une grosse bagarre, des trucs de fous, ça a failli y avoir une plainte, encore une affaire. Mais heureusement, il a compris que la faute, elle vient de lui, et l’histoire, elle est terminée.
Anticra: Et tu croises, parce que du coup, il y a la police, il y a le médecin, et tu croises d’autres gens qui travaillent ou pas ? Il y a d’autres gens que tu croises qui travaillent au CRA, qui ne sont pas la police?
Adem: Ouais, c’est les CAEL, ils les appellent ici, en gros comme les civils à Lyon. Franchement, il y en a trois, non, quatre. Un, il travaille au greffe, celui qui ramène en gros les papiers, les convocations et tout. Et il y en a deux qui sont corrects, et il y en a deux qui ne sont pas. Ils sont là juste pour essayer de faire mal au crane, ou essayer de chercher un truc qui nous amène en prison. Heureusement que c’est pas tout le monde qui est comme ça. Heureusement qu’il y en a deux.
Ouais, et la plupart des policiers ici, je sais pas, moi je crois qu’il y a 70 policiers qui travaillent ici, ou je sais plus, ça m’a dit ça, askip. Sur ça, j’en ai vu trois. Trois, ils entendent très très bien avec tout le monde, ils rendent des petits services, ils font des petits gestes. Mais vraiment, c’est… Comme je vous ai dit, les façons de parler, les provocations ici, c’est encore pire. Ouais.
Anticra: Ok. Et là, à Marseille, en ce moment, il y a beaucoup d’expulsions ou pas ?
Adem: Là, ils m’ont dit qu’il y en avait avant que j’arrive ici, il y avait vraiment trop d’expulsions et tout. Et là, en ce moment, depuis je suis arrivé, il y en a un, ils l’ont ramené jusqu’à Paris, après ils l’ont fait retourner ici, je sais pas pourquoi, alors qu’il devait prendre l’avion. Avant que je vienne ici, y avait 2 collègues à moi, j’étais en contact avec eux, 4 jours avant, ils étaient expulsés les deux en même temps, ils étaient dans la même chambre.
Anticra: Vous parlez entre vous de l’actualité avec l’Algérie qui va peut–être recommencer à accepter des vols et des retours
Adem:
C’est tout le monde qui est en stress, comment ils réagissent, comment ils se comportent, c’est encore pire. Il y a vraiment des dégâts, parce que vous savez très bien, on est là le plus à chaque fois, on est les Algériens le plus dans les centres d’attention.
Anticra: Et donc, toi, tu disais tout à l’heure, t’as fait un passage en prison, et ça n’a rien à voir avec le CRA. Le CRA, c’est différent, et c’est même pire ?
Adem: Ouais, moi, quand je suis arrivé ici, j’ai déjà demandé de retourner là-bas, s’il y a moyen que je finisse ce que j’ai à faire ici, je vais finir en prison. Et j’ai même essayé de faire des trucs, tellement j’ai pété les plombs, j’ai essayé de faire des trucs pour retourner en prison. Là-bas, c’est plus à l’aise. Imaginez, vous, quelqu’un qui trouve la prison plus à l’aise qu’ici.
Anticra: Comment ça se passe avec l’OFII, qu’est ce qu’ils vendent ? c’est comment ?
Adem
Ils peuvent pas ramener beaucoup, ils te disent si tu veux une aide au retour comme à Lyon et après pour sortir dehors les achats, t’as pas le droit au pot de tabac, t’as que les blagues de tabac qui peuvent rentrer, ils ont le droit qu’à ça.
Anticra: C’est eux qui vendent les téléphones ?
Adem: Non c’est pas comme à Lyon, ici ils donnent juste des cartes SIM sinon c’est eux ils viennent en début de journée et ils reviennent en début d’aprem, fin d’aprem et ils donnent les achats. Le problème c’est que les traitements ils le donnent que 3 fois par semaine pour plusieurs jours et donc tellement les gens ils sont énervés, ils prennent tout d’un coup.
Anticra: A Marseille y a 6 bloc tu disais, c’est comment entre les blocs ? Savoir ce qui se passe etc ?
Adem:
Chaque fois qu’on parle avec les autres, c’est juste pour des contrats, jte donne et tu fais ça, tu fais une vidéo tu le tapes, les 3 blocs en bas c’est les pires, en haut c’est moins pire. A Lyon c’est différent, entre les blocs ça va, on a pour faire passer des trucs, se dépanner, on se voit tous les jours pour l’heure de repas, l’heure du traitement, petit déj on se voit tous presque. Ici c’est impossible, y a pas grand monde qui ont des choses donc plus compliqué de s’entraider.
Anticra Avec le ramadan c’est comment en ce moment ?
Adem
J’ai l’impression, comment ils réagissent avec nous, on dirait c’est eux qui font le ramadan, c’est pas nous. Ils sont trop vénères à l’heure du repas, ça te provoque quand tu vas récupérer le repas pour le ramadan. Ça te provoque, ça te parle mal. On dirait c’est eux qui ont pas fumé toute la journée, ils ont as mangé, ils ont pas bu d’eau. Ils sont super provoquants mais on prend sur nous, y en a quelques-uns qui craquent et qui prennent cher, j’ai peur que ça m’arrive un jour. Ici ils transfèrent encore plus de personnes en prison qu’à Lyon tellement y a trop de pression.
Ils nous donnent le repas avec du retard, 1h après des fois, que des problèmes, chaque fois une histoire.
Anticra Pour toi c’est comment la suite, comment tu peux essayer de te projeter ?
Adem Il se passe tellement de trucs, j’arrive pas à savoir qu’est-ce qui peut m’arriver demain ou après demain? Je réfléchis juste sur le moment où je suis en train de vivre et essayer de faire attention à tout ce qui se passe devant moi, je pense même pas demain. Je sais même pas si je veux vivre, continue de vivre ce soir ou que je ne me pompe pas ou que je me fais parce que à chaque fois. Des idées noires aussi il y a des il y a des gestes qui sont et tout et ils te font perdre l’équilibre Je pense pas plus loin en ce moment.
Anticra: Tu disais que t’avais une formation ?
Adem:
J’ai fait une formation CAP cuisine chef de cuisine. J’étais un bon élève pendant 3 ans. Je faisais des stages. J’ai des convocations, des fiches de feuilles de paie. Et j’ai essayé de prouver que que je suis vraiment motivé, je vais faire quelque chose mais après des fois j’étais trop petit, j’avais pas l’habitude d’avoir quelqu’un sur moi qui me dit tu peux pas faire ci et ça. J’étais petit, des fois je fuguais mais par contre au travail je venais toujours. Ils ont pris une haine contre moi, la chef de service du foyer. Il se passait plein de trucs dans ce foyer entres les éducateurs, dans nos chambres, ils buvaient quand on partait en activité, des trucs entre eux. La chef de service c’est elle qui fait les papiers, les fait avancé mais pour certains mais pas pour tout le monde, pour ceux qu’elle aime pas elle leur fait juste mal à la tête, ils font des plans pour pas avoir des papiers. J’ai fait une demande d’accompagnement, elle a été refusée.
Elle aurait du être accepté, il me restait 1 mois et demi après ma majorité pour que j’ai mon CAP cuisine, c’était sur à 10000% que j’allais l’avoir, oui j’ai fait des petits bêtises mais j’ai jamais tiré sur quelqu’un j’sais pas moi, pas de trafic de stup dans le foyer, j’étais correct, juste des bêtises de gamin.
Là depuis mes 18 ans j’suis seul dans la vie comme un vrai combattant et obligé de faire des trucs pour que je vive, pourtant j’suis intégré, j’parle bien français, jle comprends bien, jsais faire des trucs, malheureusement du fait que j’me suis trouvé tout seul dehors pour vivre, j’ai fait des conneries que j’savais même pas qu’elles allaient m’amener en prison. Mais bon c’est le passé et là j’suis en train de payer mais bon j’ai l’impression que je paye un peu trop cher.
La dernière condamnation j’ai pris 8 mois j’ai fait 7 en ferme alors que c’est pas normal et en plus je sors je me retrouve en CRA alors qu’ils savent très bien ma situation et que ça sert à rien, ils ont essayé la première fois ils ont pas réussi. C’est la 3e fois en fait, la première fois c’était à Toulouse ils m’ont lâché au bout de 5jours quand c’était 45 jours à l’époque. Après vous connaissez Lyon. Lyon et puis là Marseille.
Anticra: T’as encore des choses à dire Adem ?
Adem:
J’veux juste que les gens ils entendent cette phrase là : si vous nous gardez et vous voulez qu’on soit plus là, au moins soyez gentil, humain et pensez aux gens comment ils sont en train de galérer dedans le CRA, essayez de nous aider et trouver une solution parce qu’avec une seule main on peut pas applaudir comme on dit. Là, vraiment, on veut juste la paix et chacun sa situation mais faut voir les gens dedans qui sont déjà venu qui sont connu pour des trucs légers mais qui ramassent encore plus que les autres. Même si on fait des erreurs, soyez moins compliqué, soyez humain envers nous, on peut rien faire, on est chez la police ok on respecte mais faut avoir le respect dans les deux sens aussi, on est traité comme des chiens devant une vingtaine d’homme, mettez vous à notre place ils viennent ils vous voient entre collègue et ils vous traitent de chien. Et quand nous on répond on finit en zonz ou en isolement et ils peuvent faire ce qu’ils veulent là bas, Dieu seul sait ce qui se passe là bas. A Lyon, les gendarmes ils ont essayé de me faire des trucs, j’ai jamais pensé qu’un policier ferait ça, tellement ils ont la haine contre nous parce qu’on est des arabes et c’est des fachos. Pourtant j’suis comme tout le monde, un cerveau 2 bras 2 jambes 1 cœur tu me respectes et j’te respecte. Ici, on fait du mal parce qu’on a besoin, on vole on fait des trucs, les gens ont une mauvaise image de nous mais on est obligé, désolé mais par contre on est obligé parce que votre pays on n’a pas pensé qu’il allait être comme ça ou devenir comme ça.
[Quelques mots où il dit que ça fait plaisir qu’on fasse ce qu’on fait, ça remonte le moral.]
Adem:
Je m’appelle Adem, je suis là en France depuis 6 ans, bientôt 7 ans. Ce que j’ai vu qu’il y a ici, je trouve que c’est un peu incroyable. Je suis venu mineur à l’âge de 14 ans en foyer. J’suis resté jusqu’à 17 ans et demi. Et c’est là où ils m’ont dit, on commence à faire les démarches pour que je puisse avoir des papiers et tout. Donc, c’était un peu tard normalement, ils pouvaient me le faire pendant que j’avais 16 ans, 15 ans.
Du coup, ils m’ont fait ça au dernier moment. Je pars proposer mon dossier à la préfecture. Ils m’ont dit, il faut une pièce d’identité. Je vais au consulat de chez moi, je demande un passeport, c’est simple. Ils m’ont dit, reviens après deux mois. Deux mois après, ils m’ont dit, t’es pas reconnu par ton pays d’origine il faut attendre encore deux mois. Alors que la préfecture, elle m’a donné un mois, un délai d’un mois pour que je puisse préparer pour mon dossier. Donc là, je me suis trouvé vraiment dans un grand problème.
Le temps que j’ai perdu entre le consulat, la préfecture, le consulat, la préfecture. J’ai eu la réponse, ils m’ont dit que je pourrais pas avoir les papiers. Mon dossier, il était refusé. Je suis sorti, j’ai quitté le pays. Je vais en Allemagne, je vais faire quelque chose là-bas. J’ai pas réussi.
Je retourne en France parce que c’est le pays où je me suis intégré le plus. Et je connais des gens un peu ici qui peuvent m’aider. Des gens qui m’ont aidé en quelque sorte.
Donc j’ai fait quoi ? Je viens ici. Dès que je traverse la frontière sur Paris, j’ai rien fait du tout. Je voulais seulement aller aux toilettes à la gare. J’y suis et en sortant je trouve la police aux frontières. J’ai fait aucun délit, aucun problème. Rien du tout. Juste j’étais à la gare, j’attendais mon train. Ils m’ont attrapé pour me ramener en GAV.
Après ça, j’ai vécu en étranger sur le territoire avec une obligation de quitter le territoire. J’ai fait une bêtise. J’étais obligé pour avoir un peu d’argent. Des trucs pour que je vive. Et j’essayais de m’en sortir un peu. J’ai fait des conneries. Je suis tombé en prison.
Après la prison, je me trouve au CRA. Mais franchement, je voulais vraiment retourner en prison, mais pas au CRA. Le truc que j’ai jamais imaginé dans ma tête, que j’ai jamais imaginé que j’allais vivre dans ma vie, c’était le CRA.
Moi, de base, quand je suis venu ici, j’suis sorti de chez moi. Je suis venu ici. Je me suis dit qu’il y a plus de chance que j’puisse réussir ma vie ici que chez moi.J’arrive ici. Et la police bah voilà l’expression française, elle dit police partout et justice nulle part.
J’arrivais ici. Comme je vous l’ai dit, je suis pris au centre de rétention. Même pour la peine que j’ai eue ici, ils étaient durs pour moi alors que je n’ai rien fait.C’est pas un truc grave. J’arrivais en prison. Ce que j’ai vu, c’était incroyable.
La police française qui disait « oui nous, on est là pour vous, on est là pour le peuple, pour aider et tout. C’est le pays des droits alors que rien n’avoir. » Désolé pour tous les Français qui m’entendent mais votre pays, il ne donne aucun droit. Je rentre au centre de rétention de Lyon. Ils m’ont mis dans un endroit comme si j’étais au zoo.
On n’en parle pas des gens qui étaient dedans. Tellement ils étaient dans le mal, on se comportait trop mal. Les uns envers l’autre, ils réagissaient mal à chaque fois alors qu’on parle tous la même langue, on essaie d’être tous ensemble, à partager et tout. Mais tellement il y a trop de pression, on perd le contrôle. Pourquoi on perd le contrôle et il y a trop de pression sur nous ? À cause de la police.
Par exemple, j’étais au CRA de Lyon et au CRA 1 chez les gendarmes. Chez les gendarmes. Tellement ils sont rentrés dans ma tête avec des provocations, avec des histoires, avec des gestes et tout moi-même dans ma tête, j’ai changé. Je suis devenu sauvage, j’ai essayé d’embêter, j’ai détruit des trucs. Mais à chaque fois que je me loupais avec eux, ce qu’ils m’ont fait, comment ils m’ont tabassé, les gestes qu’ils m’ont fait pendant que j’étais en isolement, ils sont restés bien tracés dans ma mémoire, dans ma tête et je ne pense pas que je vais oublier un jour.
Et la haine que j’ai contre la police française et contre les lois des étrangers, je ne pense pas que ça va sortir un jour de moi. J’ai une haine alors que j’ai fait une formation ici, j’ai tout fait bien, j’étais un bon élève à l’école, pendant que j’étais mineur. Je ne sais pas pourquoi ils m’ont fait ça.
Je finis à la fin sans papier, dans un centre de rétention, ils veulent me renvoyer chez moi. Je me trouve à faire des trucs comme ça. Le problème, je trouve, c’est pas de ma faute tout ce que je suis en train de vivre. Je me retrouve en rétention, loin des gens que je connais, aucune aide, je ne connais personne, c’est un autre monde. C’est un monde invivable.
Et du coup, ce qu’ils m’ont fait, déjà au CRA de Lyon, l’année dernière et cette année, je ne pense pas que je vais oublier les histoires qui sont restés dans ma tête, et quand je suis sorti, j’ai essayé de me dire que c’est un cauchemar et que c’est déjà passé. Mais quand je suis retombé dedans encore une fois, franchement, psychologiquement, détruit, moral, cassé, vraiment, vraiment brisé.
Même de sortir, je sais qu’ils ne vont pas m’expulser. Ils le savent aussi très bien mais ils font ça juste pour me faire comprendre que c’est pas chez moi ici. Ils n’arrivent à rien me faire et ne peuvent pas m’expulser, mon pays d’origine m’a pas reconnu, j’suis venu trop petit. J’suis algérien. Mais je ne comprends pas pourquoi ils veulent qu’on rentre chez nous. Au moins pendant que vous nous prenez, vous nous mettez dans des centres de rétention comme ça, il faut être humain, donner des trucs qui se mangent. Des trucs qui se mangent, un bon comportement au moins, un bon respect dans les deux sens. Pour ne pas rajouter des problèmes encore plus, pourquoi les provocations ? La préfecture, je n’en ai marre. La police, je n’en ai marre. Du centre de rétention j’en ai marre. C’est incroyable, je pensais jamais que j’allais finir comme ça.
Je me suis fait tabasser combien de fois ? En 2024, je me suis fait tabasser 14 fois. Les gendarmes, 14 fois, je vais à l’isolément. Dès que tu rentres en isolement, ils peuvent t’attacher avec une ceinture sur un lit, te bloquer, te taper à plusieurs, à faire ce qui veulent, à bouffer ils te donnent même pas. Tu réclames pour tes droits, ils le prennent mal. Moi, je réclame, donnez-moi à manger, donnez-moi un bon truc à manger. Je ne demande pas un repas gastronomique, je demande un repas qui se mange.
La pareil sur Marseille, y a rien qui rentre ici au parloir. Je n’ai jamais vu ça.
J’arrive ici, il n’y a rien qui rentre par là. Ils vont rentrer avec des gâteaux secs et pas une grosse quantité, pas plus de deux paquets. Par exemple, imaginez-vous, dans une zone, il y a combien de personnes ? Et sur tous ces gens-là, vous n’allez pas voir tout le monde sortir par là ou voir des gens qui les ramènent des trucs. Donc, on n’est pas plusieurs à sortir. Ceux qui ramènent un truc, ils partagent avec les autres. Donc, il ne se passe pas grand-chose.
Maintenant, le pire, c’est pas de contact physique. Une vitre au plein milieu, des petits trous au-dessus, comme ça, on entend pas quand on parle avec le visiteur. Il faut parler à voix haute pour qu’on s’entende. Le comportement avec le visiteur, c’est incroyable. Avec nous, c’est incroyable. C’est du jamais-vu. Un parloir c’est attouchements physiques, un fouille à chaque fois. Le comportement avec les visiteurs, ils les palpent bien, ils font des trucs, je ne sais pas. Ils disent qu’il y a des lames qui rentrent, qu’il y a des trucs qui rentrent, alors qu’il n’y a aucune arme dangereuse dedans qui existe.
Ils rentrent (la police), ils parlent avec des gros mots avec la matraque gazeuse à la main pour des détails, pour des trucs banals. C’est quoi ? C’est un nouveau projet qui se passe et ça provoque avec les mains. Moi-même, au parloir, je ne me sens pas bien. Je me sens un animal, je ne sais pas moi. Pourquoi vous mettez une vitre au plein milieu ?
Ce qu’on vit, c’est injuste. Ils veulent rajouter, ils veulent encore. Il y a bien plus de temps, ils veulent mettre 7 mois en centre de rétention. Heureusement qu’ils ne sont pas pu. Mais là, 3 mois, c’est vraiment, vraiment dur. Surtout les derniers jours, ça rend fou.Je ne sais pas si vous avez des questions à poser
Anticra: On peut rester un peu sur le transfert. Quand tu as été transféré à Marseille, qu’est-ce qu’ils t’ont dit à Lyon, la police ? Qu’est-ce qui t’a annoncé le transfert ?
Adem:
C’était le capitaine, il est venu avec deux policiers. Il est venu me voir. Il m’a dit, on va bientôt te transférer sur Marseille je lui ai dit pourquoi. Il m’a dit, je n’ai pas toutes les informations. Je suis venu juste pour te prévenir.
Et moi, avec le temps, j’ai oublié que j’avais un jugement ici à Marseille. J’avais fait une affaire. Je ne risque pas d’aller en prison juste du sursis, une amende, un truc comme ça. Ils m’ont ramené, ils m’ont dit, on est là, on t’a prévenu. Et après, deux jours après, ils sont revenu me dire, cette fois avec la date. Là, ils m’ont ramené ici. Ils m’ont laissé prendre mes vêtements, mes trucs, tout ce que j’avais chez eux à Lyon.
A Lyon on pouvait me ramené, elle m’a ramené un grand sac de Madeleine, des boissons, des coca, elle m’a ramené du tabac, elle m’a ramené du sirop. Nous, on n’a pas le droit des trucs à boire. On achète sur le distributeur ou il n’y aura rien.
Anticra Ok, donc vous avez un distributeur.
Adem
Ouais, un distributeur, mais le pire, c’est qu’il n’est pas tout le temps chargé.
Il vient une fois dans la semaine pour le charger, et imaginez, il y a six blocs qui achètent dessus. Donc la plupart du temps il est vide.
Anticra: Sinon, je voulais savoir comment ça se passe, la relation avec Forum (l’association Forum Réfugiés). Tu vois qui c’est ou pas ?
En fait, il y en a un, il était au CRA de Lyon, il travaillait, je l’ai vu là-bas en 2024.Et là, je l’ai vu ici. Mais franchement, là, un exemple, il s’est passé un truc avec eux, ils m’ont fait tourner la tête. Je les appelle et je leur ai dit, ouais, j’ai besoin de tous les papiers du jugement, des derniers jugements que j’ai eu administratifs envoyez-les à cette personne-là sur email, s’il vous plaît. Ils me disent quoi ? Ils me disent, pardon, on n’a pas vos papiers, on a juste le premier jugement, alors qu’il y avait des cours d’appels, des trucs. Ils m’ont dit, ouais, on va voir si on peut les récupérer ils vont les envoyer. Même tu leurs donnes une attestation d’hébergement, je leur ai donné. Je les ai donné deux, je me suis trompé. La personne de dehors, elle a donné deux. Il y avait une ancienne et une nouvelle. Ils ont mis l’ancienne. Ils sont pas conscients. Pour les avoir, il faut appeler du matin jusqu’au début d’après-midi pour pouvoir avoir un rendez-vous et des fois, c’est même pas possible.
Quand tu descends avec un truc, expliquez-moi, je risque quoi ? Est-ce qu’il y a un vol pour moi ? Est-ce qu’ils vont m’expulser ? Ils disent rien, à part qu’ils peuvent t’aider juste pour savoir si tu veux faire appel ? Ouais, je veux faire appel. Ok, c’est bon. Au final.
Anticra: Et les médecins à Lyon, à Marseille, comment ça se passe ? T’as vu des infirmiers, des infirmières ?
Ouais, ici à Marseille, par exemple, mon traitement que je prenais avant, ils m’ont pas donné le même. Ils voulaient pas me donner. C’était des Gabapendin, ils me l’ont donné à Lyon, en 2024, parce que j’ai un grosse cicatrice sur le genou. J’avais des douleurs fortes. En sortant de prison et tout, j’arrive là-bas au CRA du Lyon. Le médecin de là-bas, le généraliste, il m’a donné ce médicament. Et je l’utilise toujours, et je l’utilise toujours, toujours, toujours, même quand je suis sorti. Je suis retourné ici. J’arrive ici après le transfert à Lyon. Je le prenais encore la deuxième fois à Lyon. Je le prenais, ils m’ont autorisé. Et après, ils me disent quoi ? J’arrive ici, ils me disent, ouais, pas de Rika, pas de Tramadol, mais je suis pas le genre de personne qui consomme ça. Je demande juste Gabapentin. Ils m’ont dit, ouais, mais elle fait partie de la famille de ces cachets qui shootent. Mais c’est rien à voir. C’est juste un cachet pour les fortes douleurs.
Je lui ai demandé de voir le généraliste, et ils m’ont ramené voir le généraliste. Je l’ai vu, il m’a dit, non, j’ai pas le droit de te donner ça. De toute façon, c’est le capitaine d’ici, il a interdit ce genre de médicament, je sais pas quoi. Et là, avec le froid, les cicatrices, c’est une grande cicatrice, c’est 15 points de suture. Et quand il fait froid, c’est là où je sens vraiment les douleurs. L’été, normal, ça me dérange pas. Je prends de temps en temps, quand j’ai vraiment des fortes douleurs. Parce que ça a touché l’os. Là, cette fois-ci, ils veulent pas me donner. Il y a que du Doliprane et des cachets pour qu’on s’endort comme des pandas pendant 24 heures, 48 heures.
Anticra: Et comment ça se passe, par exemple, avec les autres
Adem: Ouais y a que des problèmes, parfois des blessés grave. Il y en a qui sont obligés d’être des escrocs. Ouais. Soit un escroc ici, y en qui était intelligent, et il va te voler. Par exemple, je viens d’arriver ici, je me suis fait voler. Ouais. Je me suis fait voler, il y a eu une grosse bagarre, des trucs de fous, ça a failli y avoir une plainte, encore une affaire. Mais heureusement, il a compris que la faute, elle vient de lui, et l’histoire, elle est terminée.
Anticra: Et tu croises, parce que du coup, il y a la police, il y a le médecin, et tu croises d’autres gens qui travaillent ou pas ? Il y a d’autres gens que tu croises qui travaillent au CRA, qui ne sont pas la police?
Adem: Ouais, c’est les CAEL, ils les appellent ici, en gros comme les civils à Lyon. Franchement, il y en a trois, non, quatre. Un, il travaille au greffe, celui qui ramène en gros les papiers, les convocations et tout. Et il y en a deux qui sont corrects, et il y en a deux qui ne sont pas. Ils sont là juste pour essayer de faire mal au crane, ou essayer de chercher un truc qui nous amène en prison. Heureusement que c’est pas tout le monde qui est comme ça. Heureusement qu’il y en a deux.
Ouais, et la plupart des policiers ici, je sais pas, moi je crois qu’il y a 70 policiers qui travaillent ici, ou je sais plus, ça m’a dit ça, askip. Sur ça, j’en ai vu trois. Trois, ils entendent très très bien avec tout le monde, ils rendent des petits services, ils font des petits gestes. Mais vraiment, c’est… Comme je vous ai dit, les façons de parler, les provocations ici, c’est encore pire. Ouais.
Anticra: Ok. Et là, à Marseille, en ce moment, il y a beaucoup d’expulsions ou pas ?
Adem: Là, ils m’ont dit qu’il y en avait avant que j’arrive ici, il y avait vraiment trop d’expulsions et tout. Et là, en ce moment, depuis je suis arrivé, il y en a un, ils l’ont ramené jusqu’à Paris, après ils l’ont fait retourner ici, je sais pas pourquoi, alors qu’il devait prendre l’avion. Avant que je vienne ici, y avait 2 collègues à moi, j’étais en contact avec eux, 4 jours avant, ils étaient expulsés les deux en même temps, ils étaient dans la même chambre.
Anticra: Vous parlez entre vous de l’actualité avec l’Algérie qui va peut–être recommencer à accepter des vols et des retours
Adem:
C’est tout le monde qui est en stress, comment ils réagissent, comment ils se comportent, c’est encore pire. Il y a vraiment des dégâts, parce que vous savez très bien, on est là le plus à chaque fois, on est les Algériens le plus dans les centres d’attention.
Anticra: Et donc, toi, tu disais tout à l’heure, t’as fait un passage en prison, et ça n’a rien à voir avec le CRA. Le CRA, c’est différent, et c’est même pire ?
Adem: Ouais, moi, quand je suis arrivé ici, j’ai déjà demandé de retourner là-bas, s’il y a moyen que je finisse ce que j’ai à faire ici, je vais finir en prison. Et j’ai même essayé de faire des trucs, tellement j’ai pété les plombs, j’ai essayé de faire des trucs pour retourner en prison. Là-bas, c’est plus à l’aise. Imaginez, vous, quelqu’un qui trouve la prison plus à l’aise qu’ici.
Anticra: Comment ça se passe avec l’OFII, qu’est ce qu’ils vendent ? c’est comment ?
Adem
Ils peuvent pas ramener beaucoup, ils te disent si tu veux une aide au retour comme à Lyon et après pour sortir dehors les achats, t’as pas le droit au pot de tabac, t’as que les blagues de tabac qui peuvent rentrer, ils ont le droit qu’à ça.
Anticra: C’est eux qui vendent les téléphones ?
Adem: Non c’est pas comme à Lyon, ici ils donnent juste des cartes SIM sinon c’est eux ils viennent en début de journée et ils reviennent en début d’aprem, fin d’aprem et ils donnent les achats. Le problème c’est que les traitements ils le donnent que 3 fois par semaine pour plusieurs jours et donc tellement les gens ils sont énervés, ils prennent tout d’un coup.
Anticra: A Marseille y a 6 bloc tu disais, c’est comment entre les blocs ? Savoir ce qui se passe etc ?
Adem:
Chaque fois qu’on parle avec les autres, c’est juste pour des contrats, jte donne et tu fais ça, tu fais une vidéo tu le tapes, les 3 blocs en bas c’est les pires, en haut c’est moins pire. A Lyon c’est différent, entre les blocs ça va, on a pour faire passer des trucs, se dépanner, on se voit tous les jours pour l’heure de repas, l’heure du traitement, petit déj on se voit tous presque. Ici c’est impossible, y a pas grand monde qui ont des choses donc plus compliqué de s’entraider.
Anticra Avec le ramadan c’est comment en ce moment ?
Adem
J’ai l’impression, comment ils réagissent avec nous, on dirait c’est eux qui font le ramadan, c’est pas nous. Ils sont trop vénères à l’heure du repas, ça te provoque quand tu vas récupérer le repas pour le ramadan. Ça te provoque, ça te parle mal. On dirait c’est eux qui ont pas fumé toute la journée, ils ont as mangé, ils ont pas bu d’eau. Ils sont super provoquants mais on prend sur nous, y en a quelques-uns qui craquent et qui prennent cher, j’ai peur que ça m’arrive un jour. Ici ils transfèrent encore plus de personnes en prison qu’à Lyon tellement y a trop de pression.
Ils nous donnent le repas avec du retard, 1h après des fois, que des problèmes, chaque fois une histoire.
Anticra Pour toi c’est comment la suite, comment tu peux essayer de te projeter ?
Adem Il se passe tellement de trucs, j’arrive pas à savoir qu’est-ce qui peut m’arriver demain ou après demain? Je réfléchis juste sur le moment où je suis en train de vivre et essayer de faire attention à tout ce qui se passe devant moi, je pense même pas demain. Je sais même pas si je veux vivre, continue de vivre ce soir ou que je ne me pompe pas ou que je me fais parce que à chaque fois. Des idées noires aussi il y a des il y a des gestes qui sont et tout et ils te font perdre l’équilibre Je pense pas plus loin en ce moment.
Anticra: Tu disais que t’avais une formation ?
Adem:
J’ai fait une formation CAP cuisine chef de cuisine. J’étais un bon élève pendant 3 ans. Je faisais des stages. J’ai des convocations, des fiches de feuilles de paie. Et j’ai essayé de prouver que que je suis vraiment motivé, je vais faire quelque chose mais après des fois j’étais trop petit, j’avais pas l’habitude d’avoir quelqu’un sur moi qui me dit tu peux pas faire ci et ça. J’étais petit, des fois je fuguais mais par contre au travail je venais toujours. Ils ont pris une haine contre moi, la chef de service du foyer. Il se passait plein de trucs dans ce foyer entres les éducateurs, dans nos chambres, ils buvaient quand on partait en activité, des trucs entre eux. La chef de service c’est elle qui fait les papiers, les fait avancé mais pour certains mais pas pour tout le monde, pour ceux qu’elle aime pas elle leur fait juste mal à la tête, ils font des plans pour pas avoir des papiers. J’ai fait une demande d’accompagnement, elle a été refusée.
Elle aurait du être accepté, il me restait 1 mois et demi après ma majorité pour que j’ai mon CAP cuisine, c’était sur à 10000% que j’allais l’avoir, oui j’ai fait des petits bêtises mais j’ai jamais tiré sur quelqu’un j’sais pas moi, pas de trafic de stup dans le foyer, j’étais correct, juste des bêtises de gamin.
Là depuis mes 18 ans j’suis seul dans la vie comme un vrai combattant et obligé de faire des trucs pour que je vive, pourtant j’suis intégré, j’parle bien français, jle comprends bien, jsais faire des trucs, malheureusement du fait que j’me suis trouvé tout seul dehors pour vivre, j’ai fait des conneries que j’savais même pas qu’elles allaient m’amener en prison. Mais bon c’est le passé et là j’suis en train de payer mais bon j’ai l’impression que je paye un peu trop cher.
La dernière condamnation j’ai pris 8 mois j’ai fait 7 en ferme alors que c’est pas normal et en plus je sors je me retrouve en CRA alors qu’ils savent très bien ma situation et que ça sert à rien, ils ont essayé la première fois ils ont pas réussi. C’est la 3e fois en fait, la première fois c’était à Toulouse ils m’ont lâché au bout de 5jours quand c’était 45 jours à l’époque. Après vous connaissez Lyon. Lyon et puis là Marseille.
Anticra: T’as encore des choses à dire Adem ?
Adem:
J’veux juste que les gens ils entendent cette phrase là : si vous nous gardez et vous voulez qu’on soit plus là, au moins soyez gentil, humain et pensez aux gens comment ils sont en train de galérer dedans le CRA, essayez de nous aider et trouver une solution parce qu’avec une seule main on peut pas applaudir comme on dit. Là, vraiment, on veut juste la paix et chacun sa situation mais faut voir les gens dedans qui sont déjà venu qui sont connu pour des trucs légers mais qui ramassent encore plus que les autres. Même si on fait des erreurs, soyez moins compliqué, soyez humain envers nous, on peut rien faire, on est chez la police ok on respecte mais faut avoir le respect dans les deux sens aussi, on est traité comme des chiens devant une vingtaine d’homme, mettez vous à notre place ils viennent ils vous voient entre collègue et ils vous traitent de chien. Et quand nous on répond on finit en zonz ou en isolement et ils peuvent faire ce qu’ils veulent là bas, Dieu seul sait ce qui se passe là bas. A Lyon, les gendarmes ils ont essayé de me faire des trucs, j’ai jamais pensé qu’un policier ferait ça, tellement ils ont la haine contre nous parce qu’on est des arabes et c’est des fachos. Pourtant j’suis comme tout le monde, un cerveau 2 bras 2 jambes 1 cœur tu me respectes et j’te respecte. Ici, on fait du mal parce qu’on a besoin, on vole on fait des trucs, les gens ont une mauvaise image de nous mais on est obligé, désolé mais par contre on est obligé parce que votre pays on n’a pas pensé qu’il allait être comme ça ou devenir comme ça.
[Quelques mots où il dit que ça fait plaisir qu’on fasse ce qu’on fait, ça remonte le moral.]
