MANIFESTATION DES PRISONNIERS DU CRA DE LYON ST-EXUPÉRY LE 8 FÉVRIER // Violences policières, nourriture infecte, humiliations, isolement prolongé, non transmission systématique par Forum des documents juridiques, prisonniers drogués aux médicaments par les médecins… Témoignages de prisonniers du CRA de Lyon St-Exupéry, le 09/02/2021

Témoignages de 5 prisonniers retenus au CRA de Lyon Saint-Exupéry, le 09 février 2021. La veille au soir, les prisonniers de plusieurs blocs s’étaient retrouvés et avaient manifesté contre les violences de la police, ainsi que pour dénoncer la nourriture du centre, celle infecte qu’on leur sert, ou les distributeurs toujours vides.

TÉMOIGNAGE 1

 

– Bonsoir ! ça va?

– Ça va et toi ?

– Ça va hamdoullah.

– Est-ce que y’a des trucs que t’as envie de raconter sur comment ça se passe à l’intérieur, ce qui s’est passé hier soir…?

– Je te dis la vérité, moi j’ai quitté la France ça fait 4 ans. J’ai ma femme et ma fille en Espagne. J’étais passager pour aller en Suisse, ils m’ont attrapé dans le train, ils m’ont ramené ici. J’ai 48 jours. L’Algérie a fermé ses frontières, et je suis là je sais pas pourquoi moi ! Pose les questions, moi je réponds, pose, pas de souci.

– Est-ce que t’as envie de parler de ce qui s’est passé hier soir ?

– Ouais. Hier c’est moi qui ai fait le bordel.

– Qu’est-ce qui s’est passé en fait?

– Parce que y’a pas de respect. Moi j’ai mangé, le policier il a mis ses pieds devant moi. Moi j’ai mangé sur la table, alors je me suis énervé. J’ai ramené tout le monde et on a fait la guerre.

– Vous avez fait quoi?

– On a fait la manifestation. Mais y’a pas de mal, y’a rien de mal. On a ramené toutes nos affaires en promenade et on est restés là bas. Ils ont amené les casques bleus, les CRS et tout.

– Vous vous avez tous mis vos matelas dans les couloirs c’est ça ?

– C’est tout, c’est tout. Il y a des caméras.

– Et c’était quoi vos revendications?

– Si l’Algérie ouvre ses frontières, envoie moi en Algérie. Si l’Algérie ferme ses frontières, lâche moi, moi j’ai ma vie en Espagne, j’ai ma femme, j’ai ma fille. J’ai rien à voir ici moi, j’étais passager. t’as compris? J’ai 48 jours pour rien, pour rien, j’ai rien fait de mal. Mais pourquoi ? Ils ont envoyé en Algérie quatre fois pour mon nom, l’Algérie répond pas. pourquoi tu me gardes ici ? Il y a le covid, il y a des personnes malades, de l’autre côté, côté vert, il y a 4 côtés dans ce centre de merde, excuse moi. Normalement les frontières de la France sont fermées, normalement relâchez les gens! Il y a des gens avec ses papiers, on les lâche pas aussi ! ça c’est pas la loi ! Donnez-moi quitter le territoire, je quitte le territoire. Si ils m’attrapent, j’assume 10 ans de prison, je m’en bats les couilles. Moi j’ai pas envie de rester en France. Soit lâchez moi, soit envoyez moi au bled. tout simplement. Si je m’énerve encore, je suicide, sur la vie de ma mère! Je suicide! normalement, je suicide. Parce que j’ai rien fait, j’ai rien fait, je suis là pour 48 jours. pour rien, pour rien. J’ai rien fait.

– Et hier soir il s’est passé quoi après votre manifestation?

– Hier tout le monde s’est énervé, on a pris les matelas, on est partis à la promenade, parce que tous les jours la bouffe périmée. ça pue. la bouffe ça pue. je peux pas manger ça moi. Ils manquent de respect, ils sont racistes… Viens et regarde ! ramène beaucoup de gens devant le centre de merde, pour voir.

Il y’a des gens ils ont refusé le test, ils sont partis en prison, après la prison ils sont ramenés ici. C’est quoi ça? ça c’est pas la loi ça.

– Et les flics ils sont racistes?

– Ils sont racistes oui. pas tous. mais la plupart sont racistes.

– Ils vous font quoi?

– On dirait qu’on est des chiens. On n’est pas des chiens! On n’a pas de papiers c’est tout. On a de l’argent, on a de la famille, on a tout nous. Dehors de cette prison de merde, on vit la belle vie. On vit une meilleure vie que ces policiers de merde. J’ai un travail, j’ai ma fille, j’ai ma femme, j’ai ma vie. Ma place c’est pas d’ici. Si les frontières d’Algérie sont ouvertes envoie moi, normal! j’ai mon père et ma mère. Si elles sont fermées, laisse moi partir en Espagne, j’ai ma femme et ma fille! t’as compris? moi j’ai rien fait de mal ! T’as pas d’autres questions?

– T’as envie de raconter un peu comment ça se passe à l’intérieur?

– Ça se passe grave grave mal. Tous les jours on dort, le ménage pas bien, ils nous laissent dans le froid dehors, on reste 3 heures dans le froid. Moi j’ai fait la prison ici en France. Wallah je te te dis la vérité, la prison c’est mieux que ce centre de merde. wallah! Moi je préfère 1 an en prison que 1 mois ici.

– Ça se passe comment au niveau de l’association Forum(1), avec les médecins…?

– Forum travaille avec la justice! moi je déteste Forum. Forum travaille avec la justice. Le docteur travaille contre nous, tous contre nous.

– Il fait quoi le docteur?

– Le docteur je lui dis donne moi mon traitement, il me manque de respect, il me dit non c’est pas… on n’est pas au marché noir. Moi j’ai des médicaments, je suis obligé de les boire.

Forum ils envoient les gens au bled, on dirait ils aident les gens, mais le contraire. moi je connais bien, je connais bien, ouais ouais, ça fait longtemps. Forum c’est pire que le juge. Forum travaille avec la justice. Il n’a jamais aidé moi. Il y a un gens, il a envoyé ses preuves, t’as compris ? Forum l’appelle désolé, il a fait la feuille toute noire devant le juge. Le juge il voit la feuille il rigole. c’est quoi ça? feuille noire ! c’est pas comme ça!

– J’ai pas entendu.

– T’as pas compris? il y a une personne elle a des papiers à lui, originaux. Il a fait une photocopie. La photocopie, il vient, 100% tu vois sa photo, et Forum a rendu sa photocopie toute noire! Le juge regarde rien! Et il l’a mis au centre encore 30 jours. Pourquoi ça? Il y’a un gens, le juge il demande ramène moi hébergement je te relâche. Il ramène l’hébergement, encore 30 jours. Hè ! ici comment ça se passe? bonjour, 28 jours, bonjour, 28 jours. tous les jours! c’est pas que moi! [passage inaudible] Il y a des gens malades du covid à côté de nous. Dans la chambre de 4 lits on dort 8, 8 personnes! y’a des chambres y’a pas de porte, wallah, y’a pas de porte.

Je te passe le suivant. Moi j’ai la haine, j’ai la haine, wallah j’ai la haine. J’ai envie de suicider, j’ai la haine. Je te passe le suivant.

– On est de tout cœur avec toi. courage.

– Bonne soirée merci beaucoup. Merci pour nous aider, tout le monde.

 

TÉMOIGNAGE 2

 

– Oui bonsoir.

– Du coup est-ce que toi tu étais là hier soir ?

– Ouais j’étais là.

– Est-ce que tu veux raconter un petit peu comment ça s’est passé ?

– Bah c’est moi je me suis embrouillé avec le flic. C’est moi, c’est à cause de moi. Parce que moi j’étais en train de parler avec mon ami et lui il est venu et il a posé ses pieds sur la table et il m’a dit, il m’a dit : tu parles mal de moi, jsais pas quoi. Il commence a me chercher, je sais pas quoi. Ils sont venu à 10 sur moi et ils commencent à me chercher et tout. Moi je dis vas-y, j’ai pas parlé avec vous, jparle avec mon ami. Et lui il commence à me provoquer et… On a sorti, on a sorti les matelas, on a commencé à crier et tout.

– Vous criez quoi ?

– On crie ! Ya pas de la loi ! Les gens nous prennent pour des chiens ! Ils nous considèrent comme des chiens ici ! Bah il s’en battent les couilles ! Ils s’en foutent de de nos gueules ou jsais pas moi.

Et moi par exemple moi j’ai, moi, c’est le même cas comme X, comme monsieur X. Moi j’ai ma carte de séjour italienne illimitée, j’ai ma carte d’identité, j’ai ma carte vitale, j’ai l’hébergement ici en France. Je suis arrivé en France à l’âge de 14 ans. Normalement, normalement ils ont pas le droit de m’envoyer en Tunisie ! J’ai toutes les preuves. Je suis arrivé à l’âge de 14 ans en France, je suis allé dans un foyer, et en plus de ça, j’ai ma carte de séjour et toute famille en Italie, j’ai ramené toutes les preuves et je leur disais c’est bon je ramène mon passeport et je ramène un billet et je prends, je prends l’avion et je rentre en tunisie ya pas de soucis.
Bah ils m’ont dit, c’est pas toi qui choisit.
Et j’ai appelé mon père et il est parti avec l’avocat en préfecture en Italie. Il a dit « comment ça se fait mon fils il est là-bas, il est bloqué et tout ? », et ils ont dit comme quoi l’Italie elle t’a pas acceptée ou je sais pas quoi. Et mon père il est partit là-bas en préfecture et il a dit « Comment ça se fait mon fils il a sa carte de séjour et vous l’acceptez pas ? »
Ils ont dit « C’est pas vrai on n’a rien reçu ! C’est pas vrai. »
Ils m’ont envoyé, ils m’ont envoyé une feuille de la préfecture comme quoi moi j’existe et tout. Et là quand j’ai passé devant la juge elle m’a dit 28 jours encore. Et en plus de ça ! Moi j’ai ma carte de séjour et je suis arrivé à l’âge de 5 ans en Italie et j’ai toute ma famille et ils m’ont donné une interdiction Schengen ! Ils ont pas le droit ! Normalement moi j’ai ma carte de séjour illimitée, j’ai toute ma famille en Italie ! Et ils ont vu, ils ont vu bien que j’avais ma carte de séjour ! J’avais tout mes papiers et tout, ils m’ont donné une interdiction Schengen ! Il ont pas le droit de le faire !

– Et l’avocat il t’a dit quoi par rapport à ça ?

– Bah l’avocat moi, moi j’ai appelé un avocat, je voulais prendre un avocat payant, avocat privé, j’ai appelé un avocat, et il m’a dit, j’ai parlé avec lui, et le forum ils ont envoyé mon dossier à l’avocat et quand je suis arrivé euh… Quand je suis arrivé devant là-bas, je suis arrivé, avant de passer devant la juge. J’ai parlé avec lui et c’était c’était c’était même pas un avocat ! Il avait même pas un ordi ! Il était avec une feuille, une seule feuille. Jlui dit « Tiens ! Tiens ! Jte donne » parce que moi j’ai toutes mes preuves sur moi, jleur fait pas confiance. Parce que ma première jugement j’avais tous mes papiers ici, ma carte de séjour, ma carte d’identité, ma carte vitale. J’ai tout ! Du coup, j’ai tout ce qu’il faut ! L’hébergement, tout tout tout ! Et le Forum ici, ils m’ont dit, on va envoyer tout ton dossier, on l’envoie au juge et quand je suis arrivé devant la juge, la juge elle m’a sorti juste une photocopie de ma carte de séjour, elle était noire ! Elle m’a dit, elle m’a dit « C’est ça ? C’est ça tes papiers ? »

C’est quoi ça ? Bah ils nous fait ils nous fait la misère ici. Ils nous considèrent comme des chiens.

Ah ! Ah ! Ah ! La bouffe elle est périmée ! On dort pas bien ! Euh c’est sale ! C’est sale ! C’est sale !

Et… Ils nous provoquent ! Ils nous cherchent !

Ya pas de télé, ya ya ya, ici ya [passage inaudible] ya des chambres ya 3 télés.

– Et avec la police ça se passe comment ?

– Avec la police ? Bah la police ils s’en battent les couilles la police !!
Moi je demande, ils m’ont dit l’Italie elle t’a refusée bah je leur disais, c’est bon ! C’est bon j’accepte ! Jvais rentrer en Tunisie c’est bon, l’Italie elle m’a pas acceptée et je sais bien que l’Italie ils les ont pas envoyé, c’est des menteurs ! Et moi je leur disais : c’est bon je veux rentrer dans mon pays et je ramène mon passeport, j’ai ma carte de séjour, j’ai mes papiers en règle, je ramène un billet et je rentre ! Ils m’ont dit c’est pas toi qui décide..

– Et avec le médecin tu as eu des ennuis avec lui ?

– Le médecin !? Le médecin faut le voir le médecin !! Oh j’allais, j’allais, j’allais prendre un RDV avec le médecin il m’a dit « Dans un mois ». Imaginez vous ! On dirait moi je vais rester ici 10 ans.

C’est trop c’est trop ! Ya pas de la loi !

Ils font comme ils veulent ! Ils s’en battent les couilles ! Je demande de voir les civils, ils me disent « non » je demande de voir le consulat tunisien, j’ai pas le droit. J’ai le droit de voir ! je suis un tunisien, je suis de nationalité tunisienne, j’ai le droit de voir le consulat tunisien. C’est vrai ou pas ? Bah eux ils me disent « non ». Ça fait 2 semaines je demande de voir le consulat à chaque fois ils me disent : « demain demain demain » et il y a rien.

Et moi personnellement j’en peux plus. Moi, moi je veux prendre un avocat je vais payer 2000 euros, j’ai mes papiers et je veux prendre un avocat, je vais payer 2000 euros et j’ai mes papiers. Il y a des gens qui ont pas de papiers, ils sortent ils sont libérés et moi j’ai mes papiers, j’ai tous mes trucs, et j’ai grandi en Italie, j’ai toute ma famille en Italie, et je vais prendre un avocat, il va savoir si ils me libèrent ou pas, imaginez-vous.

C’est trop, mais c’est trop, c’est trop. Moi, moi je viens de la prison, moi j’étais en prison, je pesais 80 kilos, là, ça.. je fais 50 kilos.
Il y a rien à manger ! Je vais manger quoi moi ? À part le pain je mange le pain, je bois de l’eau. Pain fromage eau, pain fromage eau, c’est ça. C’est trop c’est trop. C’est pas ça la France, c’est pas ça. Liberté, égalité euh jsais pas quoi.

– Et ça s’est fini comment après hier soir du coup ? Après il y a les CRS qui sont venus et puis euh ?

– Ouais ouais, il y a les CRS qui sont venus, bottés, cagoulés, on dirait, on dirait je sais pas quoi moi. On dirait euh, on est armés nous. Ils sont venus boucliers, avec les gazeuzes, euh jsais pas quoi, ils sont venus à 30 personnes, et nous wallah on est 15 personnes oh, même pas. Ils sont venus, ils ont dit calmez-vous sinon ça va mal se passer ou je sais pas quoi.

– C’était que dans votre bloc que ça se passait ?

– Non il y en a ils sont venus ; mais c’est nous qu’on a commencé, les autres ils ont fait comme nous. Ici il y a un côté arrivants, côté rouge. Il faut rester 8 jours après, il faut faire le test pour passer dans dans l’autre bloc. Il y 3 blocs il y a le jaune, orange et bleu. Les gens qui étaient dans le rouge normalement, moi je sais pas, il viennent de dehors voilà. Des fois ils viennent ils ont le corona et tout. Ils ont cassé la porte, ils sont venus dans notre promenade, ils étaient avec nous.

Et je sais pas moi, je commence à péter les plombs moi.

– Est-ce que il y a des choses que tu voudrais rajouter ?

– Moi moi je veux rajouter ! Moi je fais quoi là ? Je veux rajouter, ce centre là, il est fait pour les gens sans papiers. Normalement ce centre il est fait pour les gens sans papiers. Par exemple j’ai un ami à moi il a une nationalité italienne, et ils l’ont pris en Tunisie, ils l’ont expulsé en Tunisie, il a le passeport rouge, il est né en Italie. Imaginez-vous. Ben, c’est pas logique ça c’est trop. Et en plus de ça je suis arrivé à l’age de 14 ans en France. j’étais dans un collège, j’étais au foyer. Déjà, déjà normalement moi j’ai le droit d’avoir la nationalité française. Mais moi j’ai pas fait les démarches, c’est pour ça. Déjà normalement quand j’arrive, normalement quand un personne il arrive à l’âge de 14 ans, ils ont pas le droit de l’envoyer, de l’expulser. Et eux ils veulent m’envoyer en Tunisie et moi, moi, c’est mon pays je m’en bas les couilles, je rentre en Tunisie mais eux ils veulent pas, ils me faire la misère. Ils veulent me laisser jusqu’à la fin, pour que moi je pète les plombs ou pour que ils peuvent m’envoyer en prison, jsais pas moi jsais pas. Moi je leur disais, je prend mon billet, vous voulez pas me renvoyer en Italie, je sais bien que l’Italie elle m’a pas refusé. Je leur disais, l’Italie elle m’a refusé ben moi je ramène mon passeport, j’ai ma carte de séjour ma carte d’identité, je ramène mon passeport et les billets. Et en plus de ça, le centre il est à côté de l’aéroport, et je prend l’avion et je rentre en Tunisie. C’est simple. Ils m’ont dit c’est pas toi qui choisis.

– Merci beaucoup d’avoir parlé.

– Il y a pas de soucis.

-Courage à toi, on se tient au courant

– merci à vous je vous passe le suivant, bonne soirée.

 

TÉMOIGNAGE 3

 

– Salut

– Salut ça va ?

– Ça va. Bon juste pour ajouter quelque chose voilà ? c’est j’en ai marre. Tout ce qu’ils ont dit mes amis, comme ils l’ont dit les racistes, les policiers avec les PAF(2) ils sont pas biens avec nous. Voilà. C’est quelqu’un de nerveux, moi j’étais tout seul parce que il y a des côtés(3) ici voilà. On passe une semaine après les tests, j’ai refusé les tests parce que il avait quelqu’un méchant le matin il parle mal. Moi j’aime pas, on respecte d’abord. Et après il m’a dit « viens on fait les tests » et paf agressif.

– C’est un policier qui t’a dit de venir faire les tests ?

– Moi j’ai refusé, et après ils m’ont laissé une semaine tout seul. Normalement c’est pas garde-à-vue, parce que garde-à-vue il y a limite 24h, moi je suis resté une semaine complète tout seul, comme les fous, même j’ai demandé un briquet, et ils parlent comme le robot, ça m’énerve. [passage inaudible] Ils sont tous comme ça. Manque de respect. Ils respectent pas leur parole, ils disent j’arrive dans 1 minute, ils arrivent après une heure. Et ils parlent bizarre. Alors, c’est pour ça ici, si y’a du respect et tout ça va, mais manque de respect, dégueulasse, on reste 2 heures, 3 heures dans le froid chaque jour. Aujourd’hui par exemple on a été dehors de 11 heures jusqu’à 14 heures. Ils sont fous. Si on demande quelque chose, toujours on est sûrs c’est pas accepté. Ouais.

– Et quand ils t’ont laissé une semaine tout seul, t’étais dans une pièce ? t’avais le droit de sortir ?

– Non ! Heureusement il y a une femme, le 4ème ou 5ème jour peut-être, elle a dit « pourquoi vous le laissez tout seul ? Sans contact ». Et après ils m’ont envoyé dans la cour sur 4, on dirait 5 mètres carrés quelque chose comme ça . Juste pour [passage inaudible] mais au début je restais 4, 5 jours dans une chambre, il y a un petit couloir comme ça c’est tout.
Je demandé un briqué, ils ont dit c’est sa place, ils ont laissé sa place comme ça, sans briquet. Manque de respect.

– tu pouvais pas sortir pendant 4 jours ?

Non ! Je sors pas, 4 ou 5 jours j’ai oublié, voilà soit 4 ou 5 jours, après les 2 ou 3 dernièrs j’ai sorti juste pour la cour c’est pas loin et toujours 3 ou 4 portes fermées voilà.

– Et pour la bouffe ils t’amenaient à manger ?

– Ben j’ai refusé au début, après j’ai mangé mais c’est la merde comme ils ont dit mes amis. Mais on mange quelque chose juste pour on reste vivre voilà c’est tout.

-Et pendant ces quelques jours t’as pu voir le médecin ou parler aux gens de Forum ?

– Le problème même j’ai demandé le médecin, je tape les portes j’étais comme des fous, et il s’en fout, il dit « ah il faut la patience » ; mais il faut la patience, en plus il faut respecter parole aussi, on a la patience, mais il y a une limite et vous il faut nous respecter comme êtres humains comme vous. En plus moi j’ai mes papiers, mais même pour tout le monde, on est un être humain comme vous ; alors pour les flics, vous êtes policiers, vous avez salaire, nous aussi dehors on a du salaire on a des familles on a de la vie ! Il faut respecter ! Mais moi je pense pas la France comme ça, je pense y’a respect, et tout voilà mais laisse tomber, si tout le monde vive comme ici c’est fini.

-Tu étais là hier soir ?

– Oui, ah ouais on est tous, on a sorti les matelas, on a fait manifestation pour voir solutions avec nous, parce que le problème, c’est si il y a la loi, nous on respecte la loi c’est obligatoire c’est obligé, mais le problème, la loi ils ont caché la loi toujours, quelqu’un encore il a dit : mon ami il la carte séjour, ils ont envoyé le Forum ici sa carte séjour noire ! mais pourquoi ils font ça ? Nous on est en 2021 : technologie, l’internet, les mails et tout, il faut pas faire d’erreur comme ça ! Il est ici avec nous à cause de l’erreur. Et moi le Forum il a pas envoyé mon attestation d’hébergement, à cause d’eux je suis là. Mais normalement je suis libéré parce que j’ai carte séjour et domiciliation. Le juge, malheureusement j’ai pas de smartphone moi ici, je t’envoie mes papiers, j’ai mes papiers toujours avec moi, c’est marqué monsieur X sans domicile fixe ! c’est quoi ça …

-Comment ça c’est fini hier soir ?

-Ils ont faif renforts, ils ont venu nombreux ici et… voilà … Ils ont calmés nous, ils ont fermé la porte ! d’habitude c’est 23h hier ils ont fermé la porte 21h.
Ils ont tout déjà, les les gaz, les battes, toutes les protections là.

-Ils vous ont gazé ?

– Non non

– Tu veux rajouter quelque chose ?

-Non non c’est bon

– Est-ce que tu sais si beaucoup de gens ont le covid dans le centre ?

-J’ai entendu de l’autre côté il ya deux trois personnes ils ont le covid. Mais les règles sanitaires et tout : pas du tout ici, c’est pas comme l’extérieur, nous on est 4-5 par chambre, et les distances jamais, les masques jamais sauf dans le refectoire…

Je te passe une autre personne, si tu es interessée pour écouter.

– Merci bonne soirée.

 

TÉMOIGNAGE 4

 

-Bonsoir, ça va vous allez bien ?

– Ca va et toi ?

– Wallah ça va hamdoullah, on essaie d’être ça va mais ils nous laissent pas ça va, ils nous laissent pas tranquille. On commence par quoi ? Vous voulez quoi ? Les chambres ? Même le ménage. Déjà ils font pas le ménage correctement. À manger, j’vous jure c’est de la merde, j’sais pas ils ramènent d’où les poissons, même les steaks pas hallal ya rien qu’est hallal ici. Les arabes y’a 90 % des arabes. Déjà ça de un. Les policiers ils sont mal polis, ils sont mal polis les policiers, ils parlent mal tous les jours .. [passage inaudible] Y a des policiers ils sont gentils mais le reste y a des policiers ils sont racistes comme jamais de la vie.

Je vous jure sur la tête de ma mère j’ai rien.. j’ai jamais fumé de ma vie, j’ai jamais bu de ma vie, là je suis ici, là je fume, j’prends des médicaments, j’fais tout à cause d’eux.

-Tu prends quoi comme médicaments ?

– Lyrica, Subutex, tout ce qui est médicament pour calmer la tête j’le prends ! Tout ce qu’elle me donne si c’est clairement pour calmer la tête j’le prends !

– Ils t’en donnent beaucoup des médicaments ?

– Eh j’vous jure y quelqu’un il s’appelle X ici, wallah ils vont le tuer avec les médicaments. Sur la tête de ma mère. Il marche plus le mec, il parle plus maintenant. Il marche plus, il parle plus, ça fait une semaine on lui dit, on lui interdit de prendre les médicaments. Comme ça il reste avec nous, comme ça on lui donne pas les médicaments. Maintenant il parle bien avec sa famille, il parle avec nous, il fait du sport.

– T’aurais le nom des médicaments ?

– Lyrica, [passage inaudible], Tramadol, Subutex (4)… des médicaments c’est pas pour nous, c’est pas pour les gens du centre de rétention, de prison, c’est pour les lunatiques les gens qui vont dans l’hopital de lunatique c’est pas à nous ça.

En plus vous savez j’parle pas de moi, j’parle en général, moi j’suis en train de perdre ma vie j’ai une femme dehors.

– Ça fait combien de temps que t’es là ?

– Ça fait 38 jours, même tout ce qui est [passage inaudible] pour des preuves Forum, mais le jour quand je suis parti au juge, le jour de mon jugement, t’as vu les papiers ils sont noirs, ya pas de preuve, c’est noir. Ça veut dire moi si j’ai mes preuves, elles vont partir au juge, tranquille y a pas de faute, normalement je suis sorti après 3 jours.

– En fait Forum photocopie en noir vos papiers ?

– les Forums c’est des traitres, les policiers c’est des traitres, je fais confiance à personne. C’est pour ça on appelle le journal parce qu’on a confiance en vous, c’est vous qui va avancer l’article. Si vous voulez vous venez voir.

– Quand il y a des visites de journalistes ils font semblant que tout va bien.

– T’as vu quand vous êtes là, c’est eux qui font les victimes à dire que nous on insulte, mais nous on est des arabes, on est des musulmans, on n’insulte pas. On a des familles, on a un principe. Mais c’est eux ils nous poussent pour les insulter.

– Est-ce qu’ils sont violents ?

– Je vous vous jure venez, je vous ramène deux mecs qu’ils ont ramassé des coups de poing, des coups de balai, laisse tomber. Et en plus ils ont porté plainte, si vous voulez je les ramène les deux mecs. Ils se sont fait frapper, après ils ont porté plainte, mais au jour d’aujourd’hui y’a rien du tout. Jusqu’à aujourd’hui ils sont là, et hier quelqu’un les a mis à l’isolement.

– Ils sont partis à l’isolement ?

– Ouais. Ils sont partis hier à l’isolement. Et même hier, pour leurs deux gamelles [passage inaudible]. Hier y’a un policier, c’est pas un policier, c’est un chien. C’est un fils de chien. C’est à cause de lui qu’on a pas l’appétit. Même on le voit, y’a rien qui passe. On peut pas manger, on peut pas rigoler pour nous, on peut pas parler. Il vient, il fait le bonhomme, t’as compris ? Dedans il fait le bonhomme, mais quand il est dehors il marche avec les murs. Ici il fait le mec qui a le droit de frapper et d’insulter tout le monde. Mais on n’est pas en Tunisie ou en Algérie ! C’est la police de l’Algérie ou de la Tunisie qui insulte les gens ? C’est pas ici, pas en France ? En France on a des droits, comme vous, comme nous, comme tout le monde. C’est pas parce qu’on n’a pas les papiers qu’on est des criminels. On est pas des criminels. On est là, on est dans la vie, on aide notre famille, on veut avancer dans la vie ici. Si chez nous, en Tunisie ou bien en Algérie ou bien au Maroc, la vie c’est bien, c’est stable et tout, on va rester chez nous. Je vous explique, y’a des gens ils ont fait trois fois les demandes, quatre fois les demandes, pour le consulat d’Algérie ou de la Tunisie, le consulat leur refuse, alors pourquoi ils sont toujours là ? C’est ça que je comprends pas. Ça se fait pas. Moi j’ai une femme dehors, mon pote X il a une femme et une fille dehors, X pareil, X pareil, X il a des papiers et une famille en Italie, il est toujours là je comprends pas, X il est sorti de prison miskin, il vient de prison ! Il a fait sa peine, et il se retrouve ici ! X pareil, il a les papiers d’italie et il est toujours là. Je comprends pas ils font quoi comme travail, laisse tomber. Laisse tomber sur la tête de ma mère j’ai rien compris wallah.

– T’étais là hier à la manifestation ?

– Ouais j’étais là ! J’étais là hier. Hier c’était quoi ? On mange tranquille, on rigole, y’a le policier il vient à côté de mon pote il met son pied à côté de son plat. Il a dit « t’es pas content ? ». Mais t’es pas content, mais ça se fait pas ! À côté de X, il est venu il a mis son pied à côté du plat de X, et il le regarde et il dit « t’es pas content ? ». Mais nous surtout ce policier on lui parle même pas ! y’a personne qui parle avec lui ! Et lui, tellement il est jaloux, ou bien je sais pas qu’est-ce qu’il a avec nous, c’est lui qui cherche la merde avec nous ! Mais t’as vu, si y’a pas de trucs hallal, y’a pas de soucis, les machines il y a des sandwichs, des salades et tout : y’a rien.

– y’a rien dans les machines ?

– Rien, je te jure y’a rien. Aujourd’hui, juste pour nous fermer notre gueule et tout, ils ont mis même pas six sandwichs la tête de ma mère. Même pas six sandwichs !

– Ils ont juste fait semblant de remettre des trucs, mais ils ont rien mis quoi…

– T’as compris, juste pour dire tiens ferme ta gueule ! Tu veux des sandwichs tiens ferme ta gueule. Six sandwichs mais on est presque trente personnes ici. [passage inaudible] et on demande des télés, des télés, des télés, il nous dit quoi ? Il nous dit « non, vous vous coutez cher. Chaque personne ça coute 5000 euros par jour. » J’ai dit « c’est pas mon problème ça ! »

– bah ouais vous avez pas demandé à être là.

– Bah ouais et puis je m’en fous je coute 5000 ou je coute 10000 euros c’est pas toi qui paye de ta poche ! Il m’a dit quoi ? Il m’a dit « vas-y ferme ta gueule et rentre dans ton lit sinon je te ramène en isolement ». Mais ça se fait pas ! Sur la tête de ma mère ça se fait pas. Bah je sais pas, il faut qu’on fixe un rendez-vous et que vous veniez ici sans leur dire rien. (…) T’as vu les couettes ici ? Depuis 2008 ! Depuis 2014 ! ça veut dire tu mets les couvertures sur toi, sur la tête de ma mère demain tu te grattes comme un fou, tu grattes tout le corps. (…)

Bonne soirée, je vous passe personne X.

– Bonne soirée et bon courage.

– Merci et même si c’est pas le week-end passez un bon week-end en avance.

 

TÉMOIGNAGE 5

 

– ça va ?

– Ça va et vous ?

– Ça va. Est-ce que t’as envie de rajouter des trucs sur ce que les autres ont dit ?

– Oui. Là, il y a un Roumain, il est avec nous. Il va faire 19 ans bientôt, dans trois mois, il m’a expliqué. Il m’a dit le matin, parce que le matin vers 11h du matin, ils nous font sortir dehors, dans la cour, pour faire le ménage et tout ça. T’as compris ou pas ? Il m’a dit comme quoi le matin, quand ils sont venus le réveiller, il a dit « attendez avant de sortir pour que je mette mes affaires, il faut que je m’habille, il faut que j’aille aux toilettes ». Ils l’ont pris par les épaules, avec un short, ils l’ont fait sortir en promenade avec un short ! Y’en a un il a mis une gifle, il a mis un coup de poing dans la tête ! Ça se voit, que c’est rouge ou quoi. Vous comprenez ou quoi ?

– Ils lui ont mis un coup de poing dans la tête ?

– Voilà, un coup de poing dans la tête. Je te jure. C’est pour ça que je t’ai dit tout à l’heure. En plus ils l’ont ramené à l’isolement, et ils l’ont frappé ! Pour rien en fait ! Ça veut dire, c’est comme toi tu viens, tu lui « allez, vous pouvez sortir de la chambre », tu lui dit « laisse moi le temps de me préparer, de m’habiller en fait, pour aller aux toilettes, je veux pas me pisser dessus ! » Ils l’ont fait sortir, ils l’ont pris par les épaules, il lui ont mis un coup de poing, et ils lui ont mis les menottes et ils l’ont amené à l’isolement, et ils l’ont frappé ! Ils l’ont gardé pendant près de 10 heures à l’isolement. Vous comprenez ? C’est un gamin, il a 19 ans. Même pas 19 ans. Dans quatre mois ! C’est le plus petit du centre. Normalement tout le monde quand il le voit ça lui fait de la peine à nous déjà. Imagine, t’as la police qui vient, ils le frappent ils lui font la misère. Ça se fait pas !

– Ouais. C’est chaud.

– C’est chaud. C’est chaud bouillant. Voilà quoi… Vous voulez savoir quoi de plus ?

– Est-ce que tu peux raconter un peu la manifestation, quand les CRS sont venus, qu’est-ce qu’ils ont fait après ?

– Le civil il est venu, un civil arabe il a parlé avec nous, il a dit « calmez vous, on va essayer de changer la situation » et tout ça, et parce que nous on a dit, on a dit « regarde, tous les trucs qu’il y a à manger, c’est dégueulasse, on peut pas le manger. Ils mettent même pas des trucs pour manger, des sandwichs et tout ça. » Aujourd’hui ils sont venus, le civil il a parlé avec tout le monde, il a dit « écoutez nous, restez tranquille, chacun prend son matelas il va rejoindre son lit, et demain je m’occupe de ça, vous inquiétez pas, je vais mettre des sandwichs, je vais mettre tout ça ci ça ça ça. » T’as vu, en gros, il veut nous calmer en fait, avec des paroles nanani nanana, il fait deux trois paroles, et tu te calmes. Et d’habitude la porte, ils vont nous fermer à 23heures. Ben hier ils ont fermé la porte à 9heures, 9heures moins le quart ! On n’avait plus de briquet, on a plus le droit au briquet, on peut plus fumer des clopes avec tout le stress, on peut même pas fumer. Jusqu’à 23 heures quand ils sont venus faire la ronde, je voulais allumer une cigarette.

Et bien comme je vous l’ai dit tout à l’heure pour la machine, ils sont venus, ils ont mis 3 sandwichs, derrière chaque sandwich ils ont ont mis des bouteilles de cocas. Quand tu passes devant la machine, tu vois que y’a des sandwichs, et en fait il y a rien. Il y a trois personnes qui vont prendre chacun un sandwich, derrière le sandwich il y a quoi ? Il y a une bouteille de Coca qui passe avec. Vous voyez ce que je veux dire ?

Ils nous prennent vraiment pour des imbéciles. Il n’y a pas de lois, il n’y a rien ici. Là on est trois personnes là. On est 3 personnes dans la chambre, il en manque un. on a des papiers italiens illimités, on a toute notre famille en Italie, on a tout ce qu’il faut hein, mais on est là. Le problème on nous a dit c’est que comme quoi l’Italie nous a refusé. Je vous jure, j’ai appelé mon père, il a fait sortir le papaier comme je te disais tout à l’heure, le papier où je vais sortir après la date de mon premier jugement. En gros, eux ils s’en battent les couilles des papiers, ils veulent juste nous garder. Comme il a dit mon ami, bonjour 28 jours, bonjour 28 jours. Aujourd’hui, ça fait 28 jours. Avant, le maximum c’était 45 jours, maintenant ils ont fait 3 mois. Au bout de 3 mois ils te ramènent des tests, et si tu refuses les tests pour pas rentrer chez toi, et bien ils te ramènent en prison pour encore 3 mois. Après 3 mois, ils vont te ramener ici.

Je te jure, tu peux rien, t’es comme du beurre, tu vois, du beurre qu’on met sur un plateau et qui va fondre, et ben nous c’est pareil, je vous jure. Parfois on rigole, mais c’est pas un rire qui sort du coeur; juste on fait semblant de rire pour que ça se passe bien en fait.

Il y a des gens qui ont le Covid et qui sont en prison et bien tous les jours des médecins ils vont contrôler si la température est montée ou pas. Ici, même quand tu vas voir un médecin,  il se moque de ta gueule. Quand tu lui dis « je suis malade », ici, y’a même pas un psychiatre ou un psycholoque. Dans le CRA, c’est la première chose qu’il doit y avoir, un psychologue et un psychiatre. Parce que t’es dans un centre et y’a trop de problème, c’est obligé de voir un psychologue avec qui tu peux parler et tout ça, et t’as le droit à un psychiatre, qui parle avec le psychologue, et comme ça le psychiatre il te dit : « tu veux quoi que je te donne? » T’as le droit à des médicaments ou je sais pas moi. Même le dentiste, du côté jaune, il y a presque 15 personnes qui ont mal aux dents, tu vas parler avec le dentiste, mais le seul truc qu’il te donne c’est quoi ? Du Doliprane. Mais je vais faire quoi moi avec du dolipane ? Je vais le prendre ce soir, ça va me calmer la douleur pendant 2-3 heures, et demain je me réveille et c’est encore pire. ça sert à quoi?
Il y a rien. Même il y en avait un, ils l’on ramené, il devait avoir une opération aux jambes. Il a fait un accident du travail. Ils l’ont ramené au bled deux trois jours avant l’opération. ça veut dire qu’ils l’ont ramené au bled, là-bas en Tunisie, mais en Tunisie, quand t’as pas d’argent, tu peux pas te soigner. Il est parti au bled, il n’avait même pas un centime, il va faire comment là-bas ? Il va être handicapé, mais à cause de qui?  A cause de la France. (…)

Nous on a pas besoin d’eux en fait. Ni des policiers, ni des médecins, ni de rien du tout. S’ils nous laissent faire le ménage, on peut faire le ménage. Si on peut avoir un plat dans la chambre, on cantine des trucs, on fait à manger, on a pas besoin d’eux en fait. Je vous jure, il y a des policiers, on peut même plus voir leur tête tellement ils ont des gueules, on dirait des gueules de diable en fait. Surtout le matin, on leur dit bonjourà la porte de la chambre, t’as vu comment eux ils disent bonjour ? On dirait ils se foutent de ta gueule en fait. Je te jure. Hier, ils sont venus me réveiller pour aller au jugement, ils sont venus à 7 heures, ils m’ont dit : « Bon, t’as une demi-heure pour te préparer ». J’ai regardé l’heure, à 7h15 j’étais prêt, je me lève pour faire le café et tout, ils me disent à 7h17 qu’on doit y aller. Je leur dis que j’avais jusqu’à 7h30, ils me disent : « non, on a pas tous la même heure ». Comment ça on a pas tous la même heure ? ça veut dire quoi ? Ils prennent des gens pour des cons ? Ils prennent trop trop trop les gens pour des cons. C’est n’importe quoi.

 

 

(1) Forum Réfugiés, l’association qui officie au CRA de Lyon pour « l’accompagnement juridique » des prisonnièr·es, mais qui en réalité travaille main dans la main avec la police.

(2) PAF : Police aux Frontières. Police qui gère les CRA, et qui commet des rafles dans les gares, aux frontières…

(3) côtés : les différents blocs au sein du CRA de Lyon.

(4) médicaments prescrits entre autres pour le traitement de l’épilepsie, ou de la dépendance à l’opium ou l’héroïne. Tous ces médicaments entraînent une forte dépendance.

« Parce que nous on est là, on est dans la réalité du virus, le virus il circule, on est la dedans et personne ne nous aide, personne ne fait rien pour nous aider ». Témoignage de D. enfermé au CRA de Lyon Saint-Exupéry (10.11.2020)

Salut, comment ça se passe à l’intérieur pour toi  ?

Pour dire la vérité, ici il y a des problèmes très graves, on a déjà 13, 1Liberté pour tou.tes les prisonnier.es !4 cas de positifs au Coronavirus, peut-être qu’il y en a d’autres, mais on sait pas encore, parce qu’il y a beaucoup de monde qui fait pas le test. On a peur de savoir qui a le corona, et  il y a personne qui fait rien. On n’a pas beaucoup de protection, on n’a pas d’hydrogel, on a un masque pour une semaine, c’est le masque jetable qui dure trois, quatre heures je crois, nous on l’utilise pendant une semaine. Je sais pas, là on fait la grève de la faim. On essaye de parler, mais on est toujours agressé par les agents parce qu’eux ils ne veulent pas qu’on fasse des dénonciations comme quoi on a peur d’être ici par rapport au virus.

Vous êtes combien en ce moment à peu près ?

A peu près, on est plus de 90 personnes.

Et il se passe quoi avec les personnes testées positives au virus ?

Il les on pris et ils les ont juste mis dans une autre partie, c’est des containers je crois ou des trucs comme ça, comme isolés, mais je sais s’ils ont un truc de spécial, c’est juste un isolement, comme une garde à vue.

Et comment il réagit le médecin ?

Hier, moi j’ai demandé tout seul de faire le test parce que j’avais peur. Mon collègue de chambre aussi il a demanndé. Mais après ils nous demandent pas toujours de le faire , je sais pas qui pourrait venir nous demander de faire le test. Ceux qui ont envie de faire le test, il faut qu’ils aillent demander. C’est pas tout le monde qui le demande ; le médecin, il demande rien lui. Nous, on a demandé au médecin qu’est ce qui se passe, pourquoi ils font pas quelque chose pour nous sortir de cette situation. Ils disent que pour le moment, ils peuvent rien faire et qu’ils vont réfléchir s’il y a plus de cas. Mais là, les cas ils augmentent tout les jours. Ça veut dire que nous tout le monde va être contaminé. Parce qu’en plus, on est 4-5 personnes dans les chambres, c’est pas possible.

Et tu disais que ça fait combien de temps que la grève de la faim a commencé ?

Ça fait une semaine.

Et c’est quoi la réaction de la police et de Forum réfugié ?

Ils ne réagissent pas. Ils s’en foutent. C’est pas leur problème. Ils ne font rien. Ils ne font rien pour nous libérer.

Tu voulais adresser un message aux médias et aux associations ?

Moi c’est sur que je veux adresser un message aux médias, aux parlementaires, à tout le monde qui peut entendre ce message. Parce que nous on est là, on est dans la réalité du virus, le virus il circule, on est la dedans et personne ne nous aide, personne ne fait rien pour nous aider. En plus, il y a toujours des va-et-vient de personnes qui arrivent à l’intérieur, et ça c’est pas possible. On a déjà 14 cas de virus et ça va augmenter, c’est sûr que ça va augmenter.

Tu veux rajouter quelque chose ?

Faîtes quelque chose pour nous. On peut pas rester. On risque, on est trop dans le risque, trop de personnes qui sont malades. On peut pas rester là, c’est pas possible de rester là dans ces conditions comme ça.

« voilà comment on traite les gens. on est isolés. c’est vrai qu’il y a des caméras mais dans les chambres il y en a pas. dans les chambres il y a que des agressions ». Témoignage de X, prisonnier au CRA de Lyon

Je raconte en détail depuis le début. Ils m’ont emmené à l’isolement à cause du monsieur qu’ils disent qu’il a le corona, il est positif. ce monsieur il est venu de prison. il a passé une semaine avec moi dans le centre, avec tout le monde. et là du coup ce monsieur il a une grippe ou quoi. après il est parti faire le test. ils disent qu’il faut mettre ce monsieur à l’isolement. ils font exprès de me mettre avec lui pour me mettre aussi à l’isolement.

ils m’ont emmené à l’isolement hier, j’ai demandé le matin des cigarettes comme tout le monde. j’ai donné 20 euros au guichet pour qu’ils m’achètent un paquet. ça coûte 10,40 euros, j’ai pas de monnaie j’ai donné 20 euros. du coup après quand ils m’ont emmené à l’isolement j’ai parlé à la personne, « j’ai besoin de cigarettes ». normalement à 11 heures ils emmènent les cigarettes. j’ai appelé à 11 heures, midi, midi trente… il vient pas. Le gars il fait exprès pour que je fume pas. moi je suis en colère, je dis « comment, ils m’emmènent quelqu’un qui a le virus corona, il habite avec moi, après ils m’emmènent à l’isolement, il n’y a aucune protection dans cette chambre… ». Voilà. Et quand ils m’ont emmené les cigarettes, j’ai vu la monnaie, il m’a rendu que 5 euros. 5 euros et un paquet. J’ai dit « comment ça se fait, normalement c’est 10,40 euros ». Là il m’a dit « Ferme ta gueule », je sais pas quoi. Il m’a parlé méchamment. J’ai dit « on s’en fout », j’ai fumé une cigarette. Et là ils sont partis.

Après j’ai appelé pour mes vêtements. ils sont venus avec tout, les masques, les protections. ils sont entrés dans ma chambre, ils m’ont fait tomber par terre. ils ont cassé la puce de mon téléphone. moi j’ai rien compris. Pourquoi ils ont fait ça ? j’ai rien compris. après quand j’ai pensé dans ma tête je me suis dis c’est à cause de la préfecture. j’ai la pression sur moi pour que je fasse un test. parce que ce jour-là quand on m’a demandé de faire un test j’ai refusé (1). et voilà. et  quand ils sont partis j’ai cassé la poignée de la porte et j’ai bloqué la porte à l’intérieur et j’ai dormi. j’ai dit je vais faire la grève de la faim, on s’en fout, l’essentiel c’est que ça se passe pas encore. et ils sont revenus, à 10 personnes, comme si ils avaient trouvé un terroriste ou quoi. ils sont entrés dans ma chambre, par terre, avec les bottes, ils me frappent… c’est pas la peine. J’ai demandé le médecin, ils veulent pas. le médecin il est venu me voir parce que comme j’ai un accident, une fracture au niveau du cou, ils m’ont bandé sur un tabouret fixe (?). c’est la même chose, la fracture elle est comme avant. j’ai demandé le médecin, il n’y a pas. j’ai demandé les secours, il n’y a rien. j’ai appelé la police, ils ont dit « tu peux pas te déplacer, tu es au centre de rétention ». j’ai appelé les pompiers et là… je sens qu’ils m’écoutent.

après ils m’ont emmené au mitard. parce que j’ai cassé cette poignée, ils m’ont foutu au mitard. j’ai passé la nuit, ils voulaient me mettre des ceintures sur le lit mais comme le garde du soir il me connaît car ça fait 75 jours que je suis là et j’ai aucun problème, je suis quelqu’un de correct, il leur a dit de me laisser libre. franchement je suis dégoûté. j’ai tapé ma tête sur la vitre incassable. je l’ai cassée. ils ont fait des photos comme quoi je suis un voyou. c’est toujours moi la victime et c’est toujours moi le voyou. demain normalement j’ai le tribunal. ils m’ont dit non tu vas pas voir le tribunal, dans trois ou quatre jours tu vas voir directement le procureur il t’envoie directement au tribunal. normalement moi demain matin c’est fini, 75 jours. comme je vais dépasser les 75 jours, après je vais voir le tribunal. c’est un peu bizarre, j’ai rien compris franchement. soit ils appliquent la loi correctement, soit ils l’appliquent pas… mais eux ils sont pas en train d’appliquer la loi.

comme il y a du terrorisme dehors, surtout à cause du Tunisien qui a fait l’attentat à Nice, un terroriste ou je sais pas c’est qui même, moi je paie la facture, parce que je suis Tunisien. Mais moi je dis non, je dis que j’ai rien fait, en France je vis tranquille. Au contraire, je suis professionnel de construction de bâtiment. et là aujourd’hui je paie la facture d’un fou, d’un terroriste. […] ils lâchent les terroristes et ils m’attrapent moi parce que j’ai la nationalité tunisienne.

moi tout ce qui m’inquiète c’est mon fils. quand je réfléchis, j’ai quitté mon fils, j’arrive pas à trouver une solution. je suis depuis dix ans ans en France, j’ai jamais fait de garde à vue. aujourd’hui ça fait 75 jours de prison, pire que la prison, parce que j’ai pas de carte de séjour. c’est pas ma faute si j’ai pas de carte de séjour. c’est la préfecture qui me donne pas de carte de séjour. c’est pas ma faute si je suis pas marié avec une Française pour avoir une carte de séjour, je suis marié avec une Italienne, c’est le destin. et là je peux rien changer. moi j’ai pas pensé aux papiers. J’ai pas cherché les moyens pour faire un mariage blanc et avoir des papiers, je cherche une femme pour avoir une famille.

voilà comment on traite les gens. on est isolés. c’est vrai qu’il y a des caméras mais dans les chambres il y en a pas. dans les chambres il y a que des agressions, ils parlent méchamment. Bon c’est pas tous, franchement. y’a des policiers qui comprennent. mais y’a des policiers qui travaillent avec la préfecture. Comme m’a dit un civil, « le préfet il gagne 30 000 euros, tu peux rien lui faire. Il peut t’envoyer même sans test en Tunisie ». Je me suis dit bah voilà, c’est pas la fin du monde. si je rentre, je rentre. je prends la mer et je reviens au moins en Italie, je vais voir ma femme et mon fils. j’ai pas le choix. j’ai travaillé 10 ans en France, je mérite pas ça moi. si j’ai un casier judiciaire sale ou si je suis un voyou ou quoi que ce soit, oui. mais là, j’ai des fiches de payes, je cotise chaque mois, j’ai eu aucune aide depuis que je suis venu sur le territoire français. ils m’ont pas payé la formation. et là aujourd’hui je suis professionnel.

moi je sais bien que la loi française est pas comme ça. j’ai un enfant, je connais bien la loi, c’est pour ça que j’attends, je vais me présenter devant un juge, je vais parler avec lui. si il me comprend il va me libérer, si il applique la loi … je sais pas d’après quelle loi c’est, je suis contre cette loi. comment un père de famille peut être emmené en prison parce qu’il rentre pas chez lui. si ils veulent m’expulser, j’ai l’Italie, j’ai mes papiers en Italie. pourquoi ils m’emmènent pas en Italie ? Normalement je devrais aller avec ma femme en Italie, pas en Tunisie. Parce qu’ils sont en colère contre les terroristes tunisiens ou je sais pas quoi… Mais c’est pas ma faute, le terrorisme. c’est partout le terrorisme ! même en Tunisie on a des terroristes.

dans ma chambre il y a un gars ils disent qu’il est positif et il est toujours avec moi. ça veut dire quoi ? ils veulent m’emmener le virus ? j’ai rien compris franchement. on est deux personnes victimes d’une autre personne qui a fait le test, elle est positive et elle est toujours avec nous. il y a des personnes positives qui sont à l’isolement de l’autre côté. et il y a une personne positive qu’ils ont emmenée avec nous. ça se voit, le mec il tousse, il a le corona, c’est vrai. il a la gorge, la respiration, ça va pas… j’ai parlé avec le médecin il m’a dit bon on n’est pas sûr, on attend 7 jours après on va voir si il l’a ou il l’a pas. mais c’est quoi ça ? moi je prends le risque d’être là avec quelqu’un peut-être il l’a, peut-être il l’a pas. et après moi je vais être victime de qui ? de lui ! victime de la loi française ! c’est pas la loi française, c’est la loi administrative de la préfecture. Ils m’ont dit « le préfet il est responsable ». comment il a le pouvoir ce préfet qu’il m’emmène le corona, il détruit ma vie ? Mon travail ils m’appellent ils m’envoient des messages chaque jour, « viens travailler ». moi pendant le confinement quand toute la France ils étaient chez eux moi je travaillais sur le chantier. et maintenant ils m’emmènent ici.

c’est pas la peine, je raconte ma vie… de toute façon moi je vois que c’est le destin. même ma femme elle a dit, « tu demandes, on va y aller en Italie. Y’a pas beaucoup de travail mais ça va aller. » Mon fils chaque jour il m’appelle, « papa tu viens quand ? ». ça me fait mal. y’a une loi qui protège les enfants aussi en France, mais ils l’appliquent pas. […]

moi de quoi j’ai besoin? De ma femme, de mon fils, de ma vie tranquille. Soit riche, soit pauvre, on s’en fout, l’essentiel c’est qu’il y a une loi qui me protège moi, ma femme et mon fils.

 

(1) il souhaite refuser le test car légalement c’est une condition préalable à l’expulsion. Refuser le test est un moyen d’éviter l’expulsion. Mais le refus de test est considéré comme un refus d’embarquer, et donc passible de prison ferme.

Grève de la faim au CRA de Lyon ! Les prisonniers dénoncent leur situation alors que 11 personnes ont été testées positives au Covid-19. Témoignage

Bonjour. Moi je m’appelle X. ça fait 25 jours que je suis au centre de rétention de Lyon-Saint-Exupéry. le truc là, ça va être mal tous les jours. Les gens qui ont attrapé le coronavirus ici, déjà y’a 11 personnes positives. Et aujourd’hui ce matin on s’est réveillés, ils ont amené deux personnes en isolement. Ils ont dormi à côté de nous et tout. Et là on demande le droit à parler avec la police, parler avec les gens, lancer à l’extérieur comme quoi il y a le coronavirus ici. Y’a pas de moyens sanitaires, rien, et la liberté, rien. Le policier il m’a dit nous on s’en fout. Il m’a dit « moi je travaille, mon travail ici 8 heures, après je pars je m’en bats les couilles de ce qu’il se passe ici ». La grève de la faim, ça fait trois jours, y’a personne qui est venu nous voir, y’a personne qui a parlé sur nous, ya personne qui a… du tout.

y’a quelqu’un, mon copain, il a mal au dos, ça fait quatre jours, je sais pas combien de temps. y’a personne qui l’a cherché. y’a mon copain, il a une opération de l’épaule, avec les papiers de l’hôpital comme quoi il a un rendez-vous pour l’opérer à l’épaule. il voulaient pas le sortir pour opérer.

moi personnellement j’ai trois gamins français, ma femme française, je travaille. je suis en CDI et tout. et là ils me ramènent ici au centre de rétention, ils m’ont pas libéré, je sais pas pourquoi.

Là ça devient compliqué trop trop. y’a des gens ici… moi personnellement si j’avais pas mes enfants je penserais à me suicider ici. y’a beaucoup de gens aussi ici ils pensent à ça. y’a quelqu’un avant-hier il a bu la javel pour se suicider. on l’a sauvé. on l’a pas laissé boire la javel.

ici y’a pas de droits de l’homme, y’a personne qui a parlé sur nous, ils parlent avec nous comme des chiens. on a des habits sales. y’a pas de nettoyage dans la chambre. on est 5 personnes dans une chambre de quatre mètres sur deux. La police vient, elle parle mal, elle dit « ferme ta gueule, ferme ta gueule la pute, ferme ta gueule sale pute ». Ils taillent, ils respectent pas le comportement des gens, ils respectent rien.

Et là ça va compliquer, c’est compliqué. ça fait trois jours qu’on est en grève de la faim, y’a des gens ils sont quatre dans leur chambre. y’a des gens qui sortent pas de leur chambre. On a attendu qu’il y ait des gens de l’extérieur qui nous aident. S’il vous plaît. Et personne ne nous a aidés, à part les journalistes, à part vous, à part les journaux, à part ça y’a personne. Et y’a pas de droits pour voir la famille, y’a pas de visites. On n’a pas de visites, on n’a pas le droit de voir la famille, on n’a pas le droit pour voir les gens de l’extérieur, y’a personne. Et en plus on fait les papiers ici pour faire l’appel, pour appeler l’avocat, ils voulaient pas. La cabine de téléphone, le fixe. Quand y’a des gens ils ont pas de téléphone ici pour appeler l’extérieur ou les gens de leur famille, y’a pas la cabine de fixe. Elle marche pas la cabine. Et voilà, s’il vous plaît, aidez-nous.

On est 127 personnes dans le centre de rétention de Lyon-Saint-Exupéry. Il y a des gens handicapés. Il y a des gens qui ont attrapé le coronavirus depuis une semaine ils sont là ici avec nous. Ils les ont amenés en isolement, ils sont sortis positifs, ils les laissent dans notre chambre, avec nous. Y’a pas le moyens sanitaires. Y’a pas de masques, ils donnent pas de masques. Ils donnent pas les produits sanitaires pour se laver les mains, pour ça y’a rien. Les shampoings ils donnent des tubes, ils donnent des sachets de shampoing, des petits sachets comme ça. tu les mets sur tes cheveux, tu sais pas si t’as mis du shampoing ou si t’as mis de l’eau. En plus on n’a pas de droits de rien. on sent qu’on est… c’est pas la France… c’est la France qui dit liberté égalité fraternité ? Nous on voit pas ça. En vérité on voit pas ça.

L’association, à part Forum le jour quand tu rentres ils te donnent le papier, les règles de là-bas, il dit ramène moi le papier parce que demain tu passes au juge nanana. Après demain, après je sais pas quoi, y’a rien, c’est bon. Ils nous aident pas. Même faire une photocopie on n’a pas le droit.

ça fait quatre jours que je demande un rendez-vous au médecin, y’a pas de place. Ils me disent le médecin accepte que les gens qui sont rentrés aujourd’hui, les nouveaux. Il accepte pas les anciens. J’ai dit moi je suis ancien je suis nouveau c’est pareil ! je suis malade. il me dit non, on n’a pas le droit, on n’a pas ça. J’ai dit je suis malade je tousse, ça fait trois jours j’ai la gorge… les gens qui ont le coronavirus ils étaient avec moi, je suis malade. Ils me donnent pas de rendez-vous, non. Ils me parlent mal, même le médecin ici il parle mal, il me dit on n’a pas ça, on n’a pas ça. Si tu parles mal avec lui il va appeler la police. La police va t’amener à l’isolement.

Les assistantes sociales ici elles font rien. Y’a pas d’assistantes sociales ici du tout. Y’a que Forum pour faire les papiers. Pour envoyer les papiers au juge et c’est tout.

J’ai la toux ça fait trois jours. Ils donnent pas de médicaments. Moi j’ai dit je passe pas chez le médecin mais donne moi juste des sachets pour la toux. Que j’achète moi. Ils me disent non, t’es pas dehors, t’es au centre.

Normalement on a le droit à la visite une demi-heure par jour, chaque personne. Et les policiers ils disent non on fait pas les visites comme ça eux ils travaillent pas beaucoup. Ils disent qu’il y a un papier, du juge je sais pas quoi, qui dit qu’ils ont arrêté les visites. J’ai dit montre nous le papier! montre nous le papier qui interdit les visites, on va regarder. on va lire, moi je lis je crois mes yeux, donne moi le papier, je regarde. si y’a pas de visite ok. si vous me dites le juge a envoyé les papiers comme quoi y’a pas de visites par rapport au covid 19, vous nous montrez pas le papier, comment ça se fait. Il dit « non je te montre pas les papiers ». Tu sais en fait y’a un groupe de la police ils laissent la visite, et l’autre groupe il laisse pas la visite. Un groupe laisse la visite, un groupe il laisse pas. C’est comme ils veulent. ça veut dire si ils sont pas contents y’a pas de visite, si ils sont bien dans leur tête et tout ils laissent la visite.

Je te jure, j’ai trois enfants, je pense à mes enfants ici. mes enfants français, ma femme française. Je pense à eux. sinon je vais être suicidé ici. je suicide ici, je te jure je suicide ici. J’ai pas pu faire de test, ils voulaient pas me ramener au médecin, ils voulaient pas me proposer de test ni rien. Ils veulent pas. j’ai demandé le médecin, ça fait trois jours, ils voulaient pas. si j’ai le coronavirus, je suis déclaré à personne. Les gens qui sont positifs ils sont ramenés de l’isolement après ils sont ramenés avec nous. Nous on a parlé on a dit monsieur ils ont le coronavirus, ils ont dit non non y’a pas de place. Là-bas c’est le quartier des femmes, on peut pas laisser les gens à l’isolement là-bas. Ils ont dit « débrouillez-vous, marchez pas à côté d’eux c’est tout ».

y’a pas d’expulsions en ce moment. Les frontières algériennes, tunisiennes, marocaines : fermées. les frontières fermées. Ici y’a que les gens albanais qui sont expulsés. Mais nous, les frontières sont fermées. J’ai le droit de sortir. j’ai tous les papiers pour sortir. j’ai ma carte de séjour qui est valable. j’ai tout ça. Pourquoi ils nous libèrent pas ? ils te ramènent ici pour ouvrir le centre, pour faire travailler les policiers et pour donner à manger, pour payer les autres pays. parce que c’est les étrangers qui payent les habits, les serviettes, c’est eux qui payent. Eux ici ils disent que si on ferme le centre on va tomber dans la galère ou… les marchandises marchent pas nanana… c’est politique. C’est politique. […]

On va compter sur vous pour le moment. y’a 11 personnes qui sont positives ici. si ils ramènent des gens de l’extérieur, je te jure le centre il va être fermé. Parce qu’ils ont pas le droit de nous garder comme ça. Sur la tête de mes enfants, y’a plein de gens qui sont positifs ici. je te jure. Je jure pas sur la tête de mes enfants pour rien. […]

Marié avec une Française, trois gamins français. Mes enfants, tous français. J’ai des fiches de paye, je travaille dans une usine. Et je suis là. y’a des gens qui ont des papiers et ils sont là. Ils ont fait n’importe quoi, je sais pas qu’est-ce qu’ils cherchent. […]

On fait la grève de la faim depuis trois jours on n’a pas mangé, y’a des gens qui sont tombés dans les pommes et tout.  La police leur a dit va manger va manger, ils ont dit « je préfère la mort je mange pas. » « je préfère la mort. » Ils te taillent, ils te frappent, ils te parlent mal. si tu parles mal, si tu réponds, la police taille mais toi t’as pas le droit de répondre. si tu réponds tu vas à l’isolement. C’est pas tous, même le monde, c’est pas tous méchants, c’est pas tous bien. mais ici 98% des gens de ce centre c’est tout le travail qu’ils font, ils sont méchants avec nous.  imagine, je suis dans mon lit,  je pense à mes enfants, ma femme, pour les voir, pour sortir, pour au moins la visite. y’a un policier le soir il vient me voir il me dit « donne moi ta carte sale pute ».

y’a des copains normalement ils ont une opération. ils doivent être opérés. y’en a un c’est la police qui a cassé son bras. ils ont serré les menottes, il a pas dit au médecin comme quoi c’est la police qui a cassé son bras. et le médecin quand il a fait la radio il a dit « normalement tu vas sortir en urgence pour faire une opération de l’épaule ». après quand il a dit à la police « je vais sortir le monsieur pour faire une opération de l’épaule » la police elle a dit « non on n’a pas le droit d’amener les gens à l’hôpital ».

« J’ai peur, franchement vous me faites peur, je pense il suffit qu’on vous donne quelques droits là, et vous allez commencer à tuer des gens vous ».Témoignage de X., tabassé par la PAF, le 02.11.2020

Salut, comment ça se passe à l’intérieur pour toi ?

Franchement, moi depuis que je suis là, comme je t’avais dit, j’ai fait le Centre de rétention quatre fois dans ma vie, bah celui de Lyon, c’est le pire, les policiers, je veux pas tout mélanger, pas tout le monde, mais les policiers qui ont frappé Mr. Bokoko la dernière fois, ils m’ont frappé avant-hier moi aussi, pour rien, ils m’ont mis en garde à vue 24h, attaché, scotché sur un lit où il y a même pas de matelas, il y a rien, je sais même pas pourquoi, parce que je suis rentré quand ils sont sortis, j’ai rien fait en fait. Il y’a rien, il y avait rien du tout, je suis resté 24 heures. Ils m’ont coupé le chauffage la nuit, ils ont ouvert la fenêtre, il y avait pas de matelas, pas de draps, pas de couverture, rien. Le policier là qui m’a frappé, il fait plus que 45 ans, il est métisse, peut-être Indien, je sais pas, il a une tâche noire sur son front. Lui il n’arrête pas de frapper les gens, surtout dans les chambres.

C’est pas la première fois qu’il frappe des gens, c’est ça ?

Nan, c’est pas la première fois. Hier, il est passé devant moi, il y avait presque 8 personnes à côté de moi. Heureusement, il y avait des civils. Il est passé, j’ai dit aux gens : « Regardez, c’est lui le policier qui frappe tout le monde, il m’a frappé sur la tête, c’est lui qui a frappé Mr. Bokoko la dernière-fois ». Il l’avait démonté. Après, le policier a marché un peu, il s’est retourné et il a dit « écoute, écoute, j’ai entendu que tu m’as dit sale fils de pute ». Alors que j’ai rien dit. J’ai même pas commencé à parler, les 8 personnes à côté de moi elles ont commencé à crier : « Arrête de mentir, on a jamais entendu ça ». Moi j’insulte personne ici, j’ai jamais insulté.

Et Forum Réfugié et le médecin, ils t’ont dit quelque chose ?

Le médecin, il est venu me voir après qu’ils m’ont détaché. Parce que je t’ai dit, ils m’avaient attaché en fait, je frappais derrière la porte, parce que je ne comprenais pas ce que je faisais là, ils m’ont menotté et ils m’ont scotché. Ils m’ont menotté derrière le dos et ils m’ont mis du scotch en haut de mes bras et ils m’ont scotché les pieds en bas, et les jambes. 3 heures après, ils sont revenus, ils m’ont détaché parce que j’avais trop mal aux épaules, elles étaient toutes gonflées, jusqu’à maintenant j’ai mal. Ça veut dire que si je vais voir un vrai médecin maintenant, il va me donner au moins une semaine d’arrêt maladie ou plus, parce que j’ai des cicatrices bleues tout ça, bref. Il y a une chose que je n’ai pas comprise, parce que Mme. Elodie, elle, c’est la cheffe de Forum, elle était là quand ils m’ont pris pour rien et j’ai rien fait. Mais attends, je finis d’abord au mitard. Dès qu’ils m’ont détaché, le médecin est venu me voir 10 minutes après. Pour moi, c’est pas un médecin. C’est pas un médecin. Il m’a dit « ouais, je vois, t’as une cicatrice sur ton front, t’as des bleus sur la tête », mais  il y avait le policier à côté de lui, mais franchement, vous prenez les gens pour quoi ? Je lui ai dit, « toi t’es pas un médecin en fait, tu viens me voir au mitard, tu me dis montre tes bras, montre tes jambes, mais déjà, quand tu viens me voir, devrait pas y avoir la police à côté de toi là,  et la vérité, je lui ai dit, t’es pas un médecin toi, t’es un policier, t’es plus qu’un policier ». C’est plus qu’un policier lui, je sais, je suis parti à l’infirmerie le lendemain, je suis allé voir l’infirmière pour porter plainte, tout ça, ils m’ont donné 0 jours d’ITT, j’ai montré à l’infirmière, regarde, hier j’étais pas bleu comme ça, j’étais pas gonflé comme ça ». Elle m’a dit, « ouais, c’est vrai, je vais parler avec le médecin ». Ils m’ont pas appelé. Et Mme Elodie, elle, la cheffe là, moi je voulais bien que ça soit elle qui prenne la plainte, je sais pas, elle a assisté, je voulais bien que ça soit elle qui prenne la plainte, elle était comme un témoin quand ils m’ont pris pour rien. J’ai rien fait, j’ai pas insulté, rien. Les gens qui les insultent, je vois, ils sont là, tous les jours : « nique ta mère », mais les policiers ils les amènent pas. Et moi, j’ai rien fait, ils m’ont amené 24h dans le froid.

Pourquoi tu penses qu’ils t’ont fait ça à toi ?

Bah parce que c’est lui le flic contre qui j’ai témoigné [en septembre]. C’est lui qui m’a frappé. Ça se voit comment il est, comment il parle, je suis désolé de dire ça, mais il m’a pris les couilles et il m’a pincé, j’ai jamais vu ça de ma vie, et quand j’ai bougé, il m’a pris ma tête contre le mur, je sais pas, contre un coin, il y a une cicatrice, et en fait, il a eu peur quand il a vu qu’il y avait un peu de sang et tout ça, et à partir de là, dès qu’il a vu que j’ai saigné un peu, je l’ai plus vu, il a disparu. Je l’ai juste vu hier soir, il est venu dans notre truc, j’ai dit « regardez, c’est lui qui frappe tout le monde, pourquoi tu frappes tout le monde ? ». Il a marché un peu […] avec son collègue, et puis il s’est retourné et il a dit « Ecoute, écoute, Mr. X, j’ai entendu que tu as dis sale fils de pute ». Moi, j’ai pas parlé, les gens ont dit « arrête, arrête, il a pas dit, on a jamais entendu qu’il a dit ça ». Après, je suis allé voir les civils, ils m’ont dit, « oui, on a entendu pas mal de choses à propos de lui [du flic] ». La vérité, lui, la dernière fois, il a failli tuer le mec, il l’a défoncé,  il a mis son pied sur son cou, il arrivait plus à respirer, comme moi avant-hier, j’arrivais plus à respirer, parce qu’ils m’ont trop attaché, ils m’ont trop scotché, j’arrivais plus à respirer. Je bougeais trop, je me suis fait mal.

 

Tu veux parler un peu de la situation dans le CRA avec le nouveau confinement ?

Ça change rien. Il y a plus de visites, ça c’est normal. Je te dis, depuis qu’il m’a frappé, je vais plus à la cantine, je vais plus manger. Franchement, je vais pas à la cuisine. Sinon, dans le CRA, il y a 80 personnes. C’est tout dégueulasse. Ils ont libéré deux Algériens.

Mais vous avez pas d’informations précises ?

Nan. Il y a 80 personnes. Les 20 plus anciens,  ceux qui ont passé le plus de temps, il y a moi et un autre gars qu’ils ont emmené en GAV, parce qu’il a refusé un test. Il y a deux mecs on sait pas où ils sont, leurs parents ils appellent, mais on sait pas où ils sont.

Tu veux rajouter quelque chose ?

Franchement, on comprend rien. L’équipe de nuit, il y en a deux ou trois c’est des racistes pire que lui je pense. Hier, il y en a un, il m’a poussé dans la chambre… Parce qu’avant-hier, en fait, quand j’étais en GAV, il y avait une caméra. Il m’a dit quoi ? « J’ai envie de te défoncer, vas-y j’ai envie de t’éclater la gueule, dommage je peux pas faire ça ». C’est un gros avec un crâne rasé. Hier, dans la chambre, il me dit « T’attends quoi pour faire une autre carte ». Je lui dis « Bah, demande à tes collègues ». Il me dit, « Toi, tu fermes ta gueule ». je lui ai  dit « nan, moi je ferme pas ma gueule ». Il est venu, il m’a poussé,  je suis tombé. C’était dans la chambre, hein. Il m’a dit : « Quand je parle, toi tu fermes ta gueule ». J’ai rigolé, ça m’a fait rire, j’ai dit, « j’ai peur, franchement vous me faîtes peur, je pense il suffit qu’on vous donne quelques droits là, et vous allez commencer à tuer des gens vous ». C’est un truc de fou. Il y a deux équipes, en fait. Dans celle de la nuit là, il y en a quelques uns, ils sont dégueulasses, c’est des dégueulasses, ils ouvrent la porte la nuit, ils prennent ta carte, ils ferment la porte sur la gueule. Quand t’essayes de l’ouvrir, ils poussent, ils disent « ferme ta gueule, sinon je t’éclate la gueule ». Hier, j’essaye d’ouvrir la porte, il a tiré la porte, il m’a poussé, il m’a dit : « Là je peux t’éclater la gueule, mais j’ai pas trop le temps ». Parce qu’il y a pas les caméras dans la chambre en fait. Il me dit : « toi, je vais pas t’oublier ». Mais je fais rien […]. Là, j’arrive pas vraiment à marcher, ni à lever les bras.

 

BLOCAGE EN COURS DU CRA DU MESNIL-AMELOT, LES PRISONNIERS DEMANDENT LA LIBERATION DE TOUS !!!

 » Les retenus annoncent qu’ils vont passer la nuit dehors et qu’ils entament une grève de la faim !
le 11.04 en soirée
 
« On a bloqué on s’est mis tous dans une cour, c’est à dire les 4 bâtiments qui étaient ouverts dans la cour tous ensemble. Tant qu’ils trouvent pas de solution on bougera pas d’ici ! Tout à l’heure ils nous ont gazé matraqués ils ont des boucliers, depuis tout à l’heure on subit des violences pour rien ! Là ils sont à la sortie de la cour vers la grille matraque à la main, casque et ce qui va avec ! Que les journalistes nous appellent mais là ! Maintenant ! »
 
 
Au centre de rétention de Mesnil Amelot hier soir et ce matin : témoignages audio de la révolte !
le 12.04 au matin

 
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Liberté pour tou-te-s ! Force et soutien aux prisonnier-e-s ! A bas les CRA !! Feu aux frontières !!

“Les consulats doivent refuser de délivrer des laisser passer” Témoignages de prisonniers du CRA3 au Mesnil-Amelot

Article du site abaslescra.noblogs.org : https://abaslescra.noblogs.org/les-consulats-doivent-refuser-de-delivrer-des-laisser-passer-temoignage-de-prisonniers-du-cra3/, publié le 17/02/2020.

 

Depuis l’incendie du bat2A à la prison pour sans papier de Vincennes, le mardi 4 février, il est plus possible de faire rentrer de la bouffe au CRA3. Pour s’opposer à cette nouvelle interdiction des keufs, une trentaine de prisonniers ont refusé les repas ce lundi midi.

Hier, le dimanche 16 février un camarade enfermé au CRA3 de Mesnil-Amelot, a décidé de faire passer le téléphone pour que les prisonniers qui le veulent puissent témoigner.

« Je pense qu’il faut dire que voila les consulats doivent refuser d’accorder des laisser passer. On est partit à la base pour essayer de mieux s’en sortir. Donner un laisser passer c’est parfois anéantir toute une famille, parce qu’y a du monde derrière nous.Le retour au pays c’est dur. Ca peut créer beaucoup de pensée dans la tête parce que tu sais pas forcément comment ça sera pour toi là bas.C’est pas parce qu’on est partit qu’on veut pas revenir au pays, un jours on voudra y rentrer surment. C’est pas parce qu’on est étrangers qu’on a pas le droit de rêver ou de voyager. On part pas forcément tous pour des questions d’argent, aussi pour voyager voir autres chose ; réaliser des projets pour ceux qui viennent de la pauvreté. On quitte pas seulement comme ça nos pays, on a beaucoup essayé pendant longtemps là bas et ça a pas marché . Tout le monde à droit de partir si il en a envie. On fait des rencontres ici, on aime des gens et on a pas forcément envie de quitter ceux qu’on aime. On a pris des risques quand même pour venir ici, on abandonne nos mamans, nos familles et nos frères pour prendre des risques. Quand on monte sur le zodiac c’est qu’on est déterminé. C’est qu’on a perdu espoir chez nous. C’est pas qu’on crache sur nos pays. On est des êtres humains, on doit pas être traité comme des animaux, comme des chiens. Ici on nous met beaucoup de pressions surtout psychologiquement on nous détruit petit à petit. On meurt intérieurement doucement. On est sous les avions toute la journée, donc tout le monde entend tout le temps les avions.

Chez nous, dans la majorité des pays africains y a pas de cra. Tout le monde vient et il ne faut pas impérativement un visa. Parfois ici on nous traite de clandestins ou d’immigré économique. Mais quand les employés des grandes entreprises vont dans nos pays, c’est pas des immigrés économiques ? Les grandes entreprises nous prennent tout. Qu’ils nous traitent comme des êtres humains, nous ne sommes pas des animaux. On nous parle tout le temps de mondialisation mais c’est que dans un sens. Les grandes entreprises nous prennent tous chez nous. En fait c’est ça que je veux dire. Y a un frère qui veut rajouter quelque chose. »

 

« On est tous la par rapport à la situation, par rapport au condition. Sans te mentir on a vraiment un gros soucis par rapport à l’encadrement. On est tous des renois en fait. C’est les keufs qui choisissent. Ils placent les rebeu d’un côté, et les renois d’un autre.

Psychologiquement ici c’est vraiment dur. Puis c’est pas pareil si t’es un arabe ou un renoi.

On sait que nous avons tous les mêmes problèmes. C’est la préfecture qui nous enferme.

Et on vit tous l’injustice. La manière dont on nous traite comme des chiens.

Les astuces que les policiers utilisent pour nous arrêter en nous traitant de voleurs. C’est difficile à accepter. Souvent tu te poses la question : « Mais qu’est ce que j’ai fait pour être ici? ». Ca te travaille. Pourquoi nous faire souffrir comme ça. Tous ça c’est difficile à vivre.

Je me pose beaucoup de questions, pourquoi est ce qu’on est là. Tous ce qu’on peut nous reprocher c’est d’être des sans papiers. Alors ils ont pas à nous traiter de voleurs ou de violeurs. Quand ils nous traitent de violeurs, de voleurs qu’ils sortent les preuves. Au lieu de créer des astuces qui permettent de nous arrêter.

Si ils peuvent pas même trouver une preuve contre toi ils hésiteront pas a créer des preuves pour nous arrêter et nous mettre en cra.

Qu’ils nous traitent des êtres humains, comme des hommes déjà. Mais on voit comment ils reagissent avec le peuple français. C’est chaud. Ils pourraient commencer par faire autrement avec les gilets jaunes.

Ils font tout pour nous empêcher d’être bien, ils nous mettent pas les documents qu’on demande.

On nous juge sans avocat, sans rien du tout. Des fois on se demande elle est où la compassion des êtres humains ? Comment je me défends sans avocat ?

On veut que nos ambassades ne délivrent plus de sans papiers avec les gens. On veut les papiers et la stabilité. On nous reproche d’être sans papier mais est ce qu’on l’a décidé ?

Ils essayent de monter les gens les uns contre les autres. Voila je le dis ce que je ressens. Juste on a besoin d’un bon changement par rapport à notre situation.

Nous ce qu’on c’est vivre, normal quoi.

Pour certaines procédures certains collègues ne voient même pas le consulat et ils ont des laisser passer. Pendant qu’ils sont non documenté on leurs met un destination de leurs pays. Ici ils ne nous font pas de cadeaux. Si ça peut aider les suivants, on espère quoi. Je passe le téléphone. »

 

« Moi mon cas est très particulier. J’suis mineur à l’heure où je vous parle. J’ai quitté l’Allemagne, le 4 janvier. Et depuis janvier je me suis présenté à la préfecture de Saône et Loire à Macôn. Et de la j’étais partit pour qu’on m’évalue et qu’on me considère comme mineur.

En fait j’avais demandé le visa depuis le pays avec le passeport de mon frère en 2018 mais ils m’ont refusé. Mon frère m’a amené au Maroc et il s’est battu pour me faire passer. Je suis passé en Espagne au 3e mois. Et je suis partit vers l’Allemagne.

J’ai des documents qui atteste que je suis mineur comme mon extrait de naissance. L’ambassade a juste eu la copie de mon passeport. La je me bats avec la Cimade. Il me refuse même le système Dublin. Ils veulent te renvoyer en Guinée alors que je devrais être renvoyé en Allemagne. Franchement même si on me libère, je pars de France dès que je peux. »

 

«  Le problème pour moi c’est qu’on m’amène a l’ambassade mais j’ai jamais eu de documents même au pays. Pourtant j’suis demandeur d’asile en italie mais rien à faire.

Maintenant il faut que je reporte mon audience en Italie. Ca fait bientôt deux mois que je suis la. Ils doivent faire mon empreinte sur le fichier Eurodac mais ils refusent. Vu que c’ était la grève des avocats j’avais pas eu d’avocats au début. J’ai pris un avocat privé. »

 

« Ca fait bientôt 8 ans que je suis là, j’ai un contrat de travail. J’ai des preuves. Je suis partit à la préfecture pour faire une demande après on m’a donné une attestation de depôt comme quoi ma demande elle est en cours de traitement. Mais les policiers qui m’ont contrôle ils en ont rien fait. Ils m’ont amené en centre de rétention.

Ils ont dit qu’ils m’ont donné le repas dans leurs procès verbal mais c’est leurs paroles contre la mienne. En 24h j’ai mangé qu’à mon arrivé au centre de rétention. Entre temps même pour boire j’ai eu des problème mais jamais eu à boire. J’ai eu des maux de tête a cause de cette garde a vue.. J’ai attestation de domiciliation et tout les papiers. Mais ils n’en ont rien a foutre. Pour eux je suis juste un sans papiers.

On est toujours dans le même pétrin. Ils arrêtent pas de nous donner des laisser passer frauduleux pour nous mettre des vols. »

 

« Moi je suis venu ici depuis 1994. J’ai 67 ans aujourd’hui. J’étais malade de tuberculose le préfet m’a donné le papier. Après il m’a arraché le papier. Et chaque année moi je suis dans le centre de détention là. Ca fait 5 fois que je suis là dans le même centre de rétention. Malheureusement le juge n’a jamais dit au préfet de me donner les papiers. Ca fait 26 ans maintenant. Même la Cimade est au courant. »

 

« Nous on est la. Ils veulent m’expulser mais c’est un faux laisser passer.

Le consulat m’a envoyé un papier comme quoi il m’a jamais livré de laisser passer à mon nom. Depuis tout ce temps ils m’ont proposé deux vols.

Il faut d’abord que je parte voir le consulat pour voir si je suis de cette nationalité. La ils me présentent un faux laisser passer. C‘est pas le même modèle que ceux que donnent le consulat d’habitude. La police dit que c’est pas son problème et que le préfet a décidé comme ça.

Par rapport à ca l’avocat me dit que je dois faire une demande d’asile.

Ca fait 6 semaines, et j’ai déjà eu deux vols. Le deuxième vol c’était un caché. Je prends ma douche ca toc et toc la c’est la police. J’avais pas vu mon nom sur la liste. Ils me disent « Nous c’est pas notre problème. »

J’ai demandé et j’ai montré mon papier au policier, mais il me dit « Ouai normalement t’as raison mais nous on fait que notre boulot et si le préfet dit de t’emmener la bas on le fait. » J’ai dit non en disant je veux voir mon consulat.

Je leurs ai dit de toute façon il me faut du temps pour préparer le retour au pays.

Moi je savais pas que si t’avais pas de papier tu pouvais pas porter plainte. Pendant un an j’ai demande de l’argent a quelqu’un qui m’a employé. J’ai décidé de porter plainte mais finalement j’ai été en GAV. J’ai fait 48h au poste et ils m’ont amené au centre de rétention.

Au commissariat on me dit tu vas signer et après on te ramène. Je dis « Tu veux me ramener ou ? »

Y a carrément des gens qui sont malade ici, des diabétique ou des gens qui attendent des hospitalisations et on les laisse toujours là. Il va faire 90 jours et après on le libère.

Si y a des visites on a plus le droit de ramener rien du tout. On mange a 18h jusqu’au lendemain demain matin. Avant on pouvait ramener les gâteaux, maintenant faut manger ça sur place.

Y a pas de raisons. Ils disent que c’est a cause de Vincennes, qu’ils ont brûle a cause de ça, qu’ils rentraient les choses avec la nourriture ou les bouteilles de coca.

Ici sincèrement ils s’en foutent de nous. On leur a dit ici on est pas a Vincennes.

Même les douches elles sont tellement sale mais ils s’en foutent. Ils passent la serpillière vite fait dans les chambres et c’est tout.

Moi j’ai fait deux ou trois fois des demandes de régularisations mais ca a pas marché. J’ai personne au bled, j’ai pas de toits pas de famille la bas. Je vais dormir ou après l’aéroport ?

Parce que moi mon asile est politique.

On dort pas tout le temps on est la. Carrément on sait pas comment ca va se passer. On nous prévient pas, au moins que je prévienne la famille qu’elle me ramène tout mes vêtements et un peu d’argent.

J’aimerai bien qu’on me fasse libérer. Etre libéré ce serait bien. Regarde on demande que la liberté c’est tout. Mais ça c’est pas leurs problème c’est le préfet jsais pas.

On nous mets dans des conditions vraiment abusifs. On espère sincèrement que ça va changer. »

 

« Je suis au centre de rétention depuis un mois et huit jours. Et je suis sans famille. Sans aucune ressource. Je suis vraiment dans un cas précaire. Ca fait 46 ans que je suis en France. Ils m’ont retiré les papiers depuis 84. Depuis 84 je suis sans papier. Ils m’ont retiré mon fils a l’époque qui a été placé à la DASS. Ils l’ont placé dans une famille d’accueil. Jusqu’à maintenant je sais pas où il est.

Chaque fois mon pays refuse de donner un laisser passer. J’ai un certificat comme quoi j’ai pas . Je suis tombé plusieurs fois. Ils m’ont envoyé voir le consul une deuxième fois. Ils attendent vraiment la réponse du consul, mais il veut pas répondre. Au maximum tu vas faire trois mois et tu vas être libéré m’ a dit le consul.

Une fois que je suis dehors la Cimade m’a dit qu’il faut faire un recours d’apatride.

Ils veulent pas me laisser sortir faire une opération pour la prostate. Alors que j’ai fait les test et qu’il faut que je me fasse opérer. »

A BAS LES CRA

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