Témoignage d’Adem, enfermé au CRA de Lyon puis de Marseille

Adem:
Je m’appelle Adem, je suis là en France depuis 6 ans, bientôt 7 ans. Ce que j’ai vu qu’il y a ici, je trouve que c’est un peu incroyable. Je suis venu mineur à l’âge de 14 ans en foyer. J’suis resté jusqu’à 17 ans et demi. Et c’est là où ils m’ont dit, on commence à faire les démarches pour que je puisse avoir des papiers et tout. Donc, c’était un peu tard normalement, ils pouvaient me le faire pendant que j’avais 16 ans, 15 ans.
Du coup, ils m’ont fait ça au dernier moment. Je pars proposer mon dossier à la préfecture. Ils m’ont dit, il faut une pièce d’identité. Je vais au consulat de chez moi, je demande un passeport, c’est simple. Ils m’ont dit, reviens après deux mois. Deux mois après, ils m’ont dit, t’es pas reconnu par ton pays d’origine il faut attendre encore deux mois. Alors que la préfecture, elle m’a donné un mois, un délai d’un mois pour que je puisse préparer pour mon dossier. Donc là, je me suis trouvé vraiment dans un grand problème.
 
Le temps que j’ai perdu entre le consulat, la préfecture, le consulat, la préfecture. J’ai eu la réponse, ils m’ont dit que je pourrais pas avoir les papiers. Mon dossier, il était refusé. Je suis sorti, j’ai quitté le pays. Je vais en Allemagne, je vais faire quelque chose là-bas. J’ai pas réussi.
 
Je retourne en France parce que c’est le pays où je me suis intégré le plus. Et je connais des gens un peu ici qui peuvent m’aider. Des gens qui m’ont aidé en quelque sorte.
Donc j’ai fait quoi ? Je viens ici. Dès que je traverse la frontière sur Paris, j’ai rien fait du tout. Je voulais seulement aller aux toilettes à la gare. J’y suis et en sortant je trouve la police aux frontières. J’ai fait aucun délit, aucun problème. Rien du tout. Juste j’étais à la gare, j’attendais mon train. Ils m’ont attrapé pour me ramener en GAV.
 
Après ça, j’ai vécu en étranger sur le territoire avec une obligation de quitter le territoire. J’ai fait une bêtise. J’étais obligé pour avoir un peu d’argent. Des trucs pour que je vive. Et j’essayais de m’en sortir un peu. J’ai fait des conneries. Je suis tombé en prison.
Après la prison, je me trouve au CRA. Mais franchement, je voulais vraiment retourner en prison, mais pas au CRA. Le truc que j’ai jamais imaginé dans ma tête, que j’ai jamais imaginé que j’allais vivre dans ma vie, c’était le CRA.
 
Moi, de base, quand je suis venu ici, j’suis sorti de chez moi. Je suis venu ici. Je me suis dit qu’il y a plus de chance que j’puisse réussir ma vie ici que chez moi.J’arrive ici. Et la police bah voilà l’expression française, elle dit police partout et justice nulle part.
J’arrivais ici. Comme je vous l’ai dit, je suis pris au centre de rétention. Même pour la peine que j’ai eue ici, ils étaient durs pour moi alors que je n’ai rien fait.C’est pas un truc grave. J’arrivais en prison. Ce que j’ai vu, c’était incroyable.
La police française qui disait « oui nous, on est là pour vous, on est là pour le peuple, pour aider et tout. C’est le pays des droits alors que rien n’avoir. » Désolé pour tous les Français qui m’entendent mais votre pays, il ne donne aucun droit. Je rentre au centre de rétention de Lyon. Ils m’ont mis dans un endroit comme si j’étais au zoo.
On n’en parle pas des gens qui étaient dedans. Tellement ils étaient dans le mal, on se comportait trop mal. Les uns envers l’autre, ils réagissaient mal à chaque fois alors qu’on parle tous la même langue, on essaie d’être tous ensemble, à partager et tout. Mais tellement il y a trop de pression, on perd le contrôle. Pourquoi on perd le contrôle et il y a trop de pression sur nous ? À cause de la police.
 
Par exemple, j’étais au CRA de Lyon et au CRA 1 chez les gendarmes. Chez les gendarmes. Tellement ils sont rentrés dans ma tête avec des provocations, avec des histoires, avec des gestes et tout moi-même dans ma tête, j’ai changé. Je suis devenu sauvage, j’ai essayé d’embêter, j’ai détruit des trucs. Mais à chaque fois que je me loupais avec eux, ce qu’ils m’ont fait, comment ils m’ont tabassé, les gestes qu’ils m’ont fait pendant que j’étais en isolement, ils sont restés bien tracés dans ma mémoire, dans ma tête et je ne pense pas que je vais oublier un jour.
Et la haine que j’ai contre la police française et contre les lois des étrangers, je ne pense pas que ça va sortir un jour de moi. J’ai une haine alors que j’ai fait une formation ici, j’ai tout fait bien, j’étais un bon élève à l’école, pendant que j’étais mineur. Je ne sais pas pourquoi ils m’ont fait ça.
 
Je finis à la fin sans papier, dans un centre de rétention, ils veulent me renvoyer chez moi. Je me trouve à faire des trucs comme ça. Le problème, je trouve, c’est pas de ma faute tout ce que je suis en train de vivre. Je me retrouve en rétention, loin des gens que je connais, aucune aide, je ne connais personne, c’est un autre monde. C’est un monde invivable. 
 
Et du coup, ce qu’ils m’ont fait, déjà au CRA de Lyon, l’année dernière et cette année, je ne pense pas que je vais oublier les histoires qui sont restés dans ma tête, et quand je suis sorti, j’ai essayé de me dire que c’est un cauchemar et que c’est déjà passé. Mais quand je suis retombé dedans encore une fois, franchement, psychologiquement, détruit, moral, cassé, vraiment, vraiment brisé.
 
Même de sortir, je sais qu’ils ne vont pas m’expulser. Ils le savent aussi très bien mais ils font ça juste pour me faire comprendre que c’est pas chez moi ici. Ils n’arrivent à rien me faire et ne peuvent pas m’expulser, mon pays d’origine m’a pas reconnu, j’suis venu trop petit. J’suis algérien. Mais je ne comprends pas pourquoi ils veulent qu’on rentre chez nous. Au moins pendant que vous nous prenez, vous nous mettez dans des centres de rétention comme ça, il faut être humain, donner des trucs qui se mangent. Des trucs qui se mangent, un bon comportement au moins, un bon respect dans les deux sens. Pour ne pas rajouter des problèmes encore plus, pourquoi les provocations ? La préfecture, je n’en ai marre. La police, je n’en ai marre. Du centre de rétention j’en ai marre. C’est incroyable, je pensais jamais que j’allais finir comme ça.
 
Je me suis fait tabasser combien de fois ? En 2024, je me suis fait tabasser 14 fois. Les gendarmes, 14 fois, je vais à l’isolément. Dès que tu rentres en isolement, ils peuvent t’attacher avec une ceinture sur un lit, te bloquer, te taper à plusieurs, à faire ce qui veulent, à bouffer ils te donnent même pas. Tu réclames pour tes droits, ils le prennent mal. Moi, je réclame, donnez-moi à manger, donnez-moi un bon truc à manger. Je ne demande pas un repas gastronomique, je demande un repas qui se mange. 
 
La pareil sur Marseille, y a rien qui rentre ici au parloir. Je n’ai jamais vu ça. 
J’arrive ici, il n’y a rien qui rentre par là. Ils vont rentrer avec des gâteaux secs et pas une grosse quantité, pas plus de deux paquets. Par exemple, imaginez-vous, dans une zone, il y a combien de personnes ? Et sur tous ces gens-là, vous n’allez pas voir tout le monde sortir par là ou voir des gens qui les ramènent des trucs. Donc, on n’est pas plusieurs à sortir. Ceux qui ramènent un truc, ils partagent avec les autres. Donc, il ne se passe pas grand-chose.
Maintenant, le pire, c’est pas de contact physique. Une vitre au plein milieu, des petits trous au-dessus, comme ça, on entend pas quand on parle avec le visiteur. Il faut parler à voix haute pour qu’on s’entende. Le comportement avec le visiteur, c’est incroyable. Avec nous, c’est incroyable. C’est du jamais-vu. Un parloir c’est attouchements physiques, un fouille à chaque fois. Le comportement avec les visiteurs, ils les palpent bien, ils font des trucs, je ne sais pas. Ils disent qu’il y a des lames qui rentrent, qu’il y a des trucs qui rentrent, alors qu’il n’y a aucune arme dangereuse dedans qui existe.
 
Ils rentrent (la police), ils parlent avec des gros mots avec la matraque gazeuse à la main pour des détails, pour des trucs banals. C’est quoi ? C’est un nouveau projet qui se passe et ça provoque avec les mains. Moi-même, au parloir, je ne me sens pas bien. Je me sens un animal, je ne sais pas moi. Pourquoi vous mettez une vitre au plein milieu ? 
 
Ce qu’on vit, c’est injuste. Ils veulent rajouter, ils veulent encore. Il y a bien plus de temps, ils veulent mettre 7 mois en centre de rétention. Heureusement qu’ils ne sont pas pu. Mais là, 3 mois, c’est vraiment, vraiment dur. Surtout les derniers jours, ça rend fou.Je ne sais pas si vous avez des questions à poser
 
Anticra:   On peut rester un peu sur le transfert. Quand tu as été transféré à Marseille, qu’est-ce qu’ils t’ont dit à Lyon, la police ? Qu’est-ce qui t’a annoncé le transfert ? 
 
 Adem:
C’était le capitaine, il est venu avec deux policiers. Il est venu me voir. Il m’a dit, on va bientôt te transférer sur Marseille je lui ai dit pourquoi. Il m’a dit, je n’ai pas toutes les informations. Je suis venu juste pour te prévenir.
Et moi, avec le temps, j’ai oublié que j’avais un jugement ici à Marseille. J’avais fait une affaire. Je ne risque pas d’aller en prison juste du sursis, une amende, un truc comme ça. Ils m’ont ramené, ils m’ont dit, on est là, on t’a prévenu. Et après, deux jours après, ils sont revenu me dire, cette fois avec la date. Là, ils m’ont ramené ici. Ils m’ont laissé prendre mes vêtements, mes trucs, tout ce que j’avais chez eux à Lyon. 
 
A Lyon on pouvait me ramené, elle m’a ramené un grand sac de Madeleine, des boissons, des coca, elle m’a ramené du tabac, elle m’a ramené du sirop. Nous, on n’a pas le droit des trucs à boire. On achète sur le distributeur ou il n’y aura rien. 
Anticra       Ok, donc vous avez un distributeur. 
 
 Adem
Ouais, un distributeur, mais le pire, c’est qu’il n’est pas tout le temps chargé.
Il vient une fois dans la semaine pour le charger, et imaginez, il y a six blocs qui achètent dessus. Donc la plupart du temps il est vide. 
 
Anticra:     Sinon, je voulais savoir comment ça se passe, la relation avec Forum (l’association Forum Réfugiés). Tu vois qui c’est ou pas ? 
 
En fait, il y en a un, il était au CRA de Lyon, il travaillait, je l’ai vu là-bas en 2024.Et là, je l’ai vu ici. Mais franchement, là, un exemple, il s’est passé un truc avec eux, ils m’ont fait tourner la tête. Je les appelle et je leur ai dit, ouais, j’ai besoin de tous les papiers du jugement, des derniers jugements que j’ai eu administratifs envoyez-les à cette personne-là sur email, s’il vous plaît. Ils me disent quoi ? Ils me disent, pardon, on n’a pas vos papiers, on a juste le premier jugement, alors qu’il y avait des cours d’appels, des trucs. Ils m’ont dit, ouais, on va voir si on peut les récupérer ils vont les envoyer. Même tu leurs donnes une attestation d’hébergement, je leur ai donné. Je les ai donné deux, je me suis trompé. La personne de dehors, elle a donné deux. Il y avait une ancienne et une nouvelle. Ils ont mis l’ancienne. Ils sont pas conscients. Pour les avoir, il faut appeler du matin jusqu’au début d’après-midi pour pouvoir avoir un rendez-vous et des fois, c’est même pas possible.
Quand tu descends avec un truc, expliquez-moi, je risque quoi ? Est-ce qu’il y a un vol pour moi ? Est-ce qu’ils vont m’expulser ? Ils disent rien, à part qu’ils peuvent t’aider juste pour savoir si tu veux faire appel ? Ouais, je veux faire appel. Ok, c’est bon. Au final.
 
Anticra:   Ouais, ils sont pas trop présents pour vous, quoi. Même la nourriture et tout, ils font rien. 
Adem:
Non, Il y a plusieurs familles d’ici qui les ont contactées. Ils donnent le numéro de vos collègues de Marseille (AntiCRA de Marseille). Mais eux, ils peuvent pas gérer, Ils peuvent pas gérer 50 000 personnes. Ils peuvent pas gérer tout le monde, ici.
 
Anticra:       Et les médecins à Lyon, à Marseille, comment ça se passe ? T’as vu des infirmiers, des infirmières ?
 
 Ouais, ici à Marseille, par exemple, mon traitement que je prenais avant, ils m’ont pas donné le même. Ils voulaient pas me donner. C’était des Gabapendin, ils me l’ont donné à Lyon, en 2024, parce que j’ai un grosse cicatrice sur le genou. J’avais des douleurs fortes. En sortant de prison et tout, j’arrive là-bas au CRA du Lyon. Le médecin de là-bas, le généraliste, il m’a donné ce médicament. Et je l’utilise toujours, et je l’utilise toujours, toujours, toujours, même quand je suis sorti. Je suis retourné ici. J’arrive ici après le transfert à Lyon. Je le prenais encore la deuxième fois à Lyon. Je le prenais, ils m’ont autorisé. Et après, ils me disent quoi ? J’arrive ici, ils me disent, ouais, pas de Rika, pas de Tramadol, mais je suis pas le genre de personne qui consomme ça. Je demande juste Gabapentin. Ils m’ont dit, ouais, mais elle fait partie de la famille de ces cachets qui shootent. Mais c’est rien à voir. C’est juste un cachet pour les fortes douleurs.
Je lui ai demandé de voir le généraliste, et ils m’ont ramené voir le généraliste. Je l’ai vu, il m’a dit, non, j’ai pas le droit de te donner ça. De toute façon, c’est le capitaine d’ici, il a interdit ce genre de médicament, je sais pas quoi. Et là, avec le froid, les cicatrices, c’est une grande cicatrice, c’est 15 points de suture. Et quand il fait froid, c’est là où je sens vraiment les douleurs. L’été, normal, ça me dérange pas. Je prends de temps en temps, quand j’ai vraiment des fortes douleurs. Parce que ça a touché l’os. Là, cette fois-ci, ils veulent pas me donner. Il y a que du Doliprane et des cachets pour qu’on s’endort comme des pandas pendant 24 heures, 48 heures.
 
Anticra:      Et comment ça se passe, par exemple, avec les autres
 
Adem: Ouais y a que des problèmes, parfois des blessés grave. Il y en a qui sont obligés d’être des escrocs. Ouais. Soit un escroc ici, y en qui était intelligent, et il va te voler. Par exemple, je viens d’arriver ici, je me suis fait voler. Ouais. Je me suis fait voler, il y a eu une grosse bagarre, des trucs de fous, ça a failli y avoir une plainte, encore une affaire. Mais heureusement, il a compris que la faute, elle vient de lui, et l’histoire, elle est terminée.
 
Anticra:       Et tu croises, parce que du coup, il y a la police, il y a le médecin, et tu croises d’autres gens qui travaillent ou pas ? Il y a d’autres gens que tu croises qui travaillent au CRA, qui ne sont pas la police? 
 
Adem: Ouais, c’est les CAEL, ils les appellent ici, en gros comme les civils à Lyon. Franchement, il y en a trois, non, quatre. Un, il travaille au greffe, celui qui ramène en gros les papiers, les convocations et tout. Et il y en a deux qui sont corrects, et il y en a deux qui ne sont pas. Ils sont là juste pour essayer de faire mal au crane, ou essayer de chercher un truc qui nous amène en prison. Heureusement que c’est pas tout le monde qui est comme ça. Heureusement qu’il y en a deux. 
 
Ouais, et la plupart des policiers ici, je sais pas, moi je crois qu’il y a 70 policiers qui travaillent ici, ou je sais plus, ça m’a dit ça, askip. Sur ça, j’en ai vu trois. Trois, ils entendent très très bien avec tout le monde, ils rendent des petits services, ils font des petits gestes. Mais vraiment, c’est… Comme je vous ai dit, les façons de parler, les provocations ici, c’est encore pire. Ouais.
 
Anticra:       Ok. Et là, à Marseille, en ce moment, il y a beaucoup d’expulsions ou pas ? 
 
Adem: Là, ils m’ont dit qu’il y en avait avant que j’arrive ici, il y avait vraiment trop d’expulsions et tout. Et là, en ce moment, depuis je suis arrivé, il y en a un, ils l’ont ramené jusqu’à Paris, après ils l’ont fait retourner ici, je sais pas pourquoi, alors qu’il devait prendre l’avion. Avant que je vienne ici, y avait 2 collègues à moi, j’étais en contact avec eux, 4 jours avant, ils étaient expulsés les deux en même temps, ils étaient dans la même chambre. 
 
Anticra:        Vous parlez entre vous de l’actualité avec l’Algérie qui va peutêtre recommencer à accepter des vols et des retours
Adem:       
C’est tout le monde qui est en stress, comment ils réagissent, comment ils se comportent, c’est encore pire. Il y a vraiment des dégâts, parce que vous savez très bien, on est là le plus à chaque fois, on est les Algériens le plus dans les centres d’attention.
 
Anticra:       Et donc, toi, tu disais tout à l’heure, t’as fait un passage en prison, et ça n’a rien à voir avec le CRA. Le CRA, c’est différent, et c’est même pire ?
 
Adem: Ouais, moi, quand je suis arrivé ici, j’ai déjà demandé de retourner là-bas, s’il y a moyen que je finisse ce que j’ai à faire ici, je vais finir en prison. Et j’ai même essayé de faire des trucs, tellement j’ai pété les plombs, j’ai essayé de faire des trucs pour retourner en prison. Là-bas, c’est plus à l’aise. Imaginez, vous, quelqu’un qui trouve la prison plus à l’aise qu’ici.
 
Anticra:       Comment ça se passe avec l’OFII, qu’est ce qu’ils vendent ? c’est comment ? 
 
 Adem
Ils peuvent pas ramener beaucoup, ils te disent si tu veux une aide au retour comme à Lyon et après pour sortir dehors les achats, t’as pas le droit au pot de tabac, t’as que les blagues de tabac qui peuvent rentrer, ils ont le droit qu’à ça. 
 
Anticra:        C’est eux qui vendent les téléphones ?
 
Adem: Non c’est pas comme à Lyon, ici ils donnent juste des cartes SIM sinon c’est eux ils viennent en début de journée et ils reviennent en début d’aprem, fin d’aprem et ils donnent les achats. Le problème c’est que les traitements ils le donnent que 3 fois par semaine pour plusieurs jours et donc tellement les gens ils sont énervés, ils prennent tout d’un coup. 
 
Anticra: A Marseille y a 6 bloc tu disais, c’est comment entre les blocs ? Savoir ce qui se passe etc ? 
Adem:
Chaque fois qu’on parle avec les autres, c’est juste pour des contrats, jte donne et tu fais ça, tu fais une vidéo tu le tapes, les 3 blocs en bas c’est les pires, en haut c’est moins pire. A Lyon c’est différent, entre les blocs ça va, on a pour faire passer des trucs, se dépanner, on se voit tous les jours pour l’heure de repas, l’heure du traitement, petit déj on se voit tous presque. Ici c’est impossible, y a pas grand monde qui ont des choses donc plus compliqué de s’entraider. 
 
Anticra      Avec le ramadan c’est comment en ce moment ?
Adem
 
J’ai l’impression, comment ils réagissent avec nous, on dirait c’est eux qui font le ramadan, c’est pas nous. Ils sont trop vénères à l’heure du repas, ça te provoque quand tu vas récupérer le repas pour le ramadan. Ça te provoque, ça te parle mal. On dirait c’est eux qui ont pas fumé toute la journée, ils ont as mangé, ils ont pas bu d’eau. Ils sont super provoquants mais on prend sur nous, y en a quelques-uns qui craquent et qui prennent cher, j’ai peur que ça m’arrive un jour. Ici ils transfèrent encore plus de personnes en prison qu’à Lyon tellement y a trop de pression. 
Ils nous donnent le repas avec du retard, 1h après des fois, que des problèmes, chaque fois une histoire. 
 
Anticra     Pour toi c’est comment la suite, comment tu peux essayer de te projeter ? 
 
Adem Il se passe tellement de trucs, j’arrive pas à savoir qu’est-ce qui peut m’arriver demain ou après demain? Je réfléchis juste sur le moment où je suis en train de vivre et essayer de faire attention à tout ce qui se passe devant moi, je pense même pas demain. Je sais même pas si je veux vivre, continue de vivre ce soir ou que je ne me pompe pas ou que je me fais parce que à chaque fois. Des idées noires aussi il y a des il y a des gestes qui sont et tout et ils te font perdre l’équilibre Je pense pas plus loin en ce moment.
 
Anticra:      Tu disais que t’avais une formation ? 
 
 Adem:
J’ai fait une formation CAP cuisine chef de cuisine. J’étais un bon élève pendant 3 ans. Je faisais des stages. J’ai des convocations, des fiches de feuilles de paie. Et j’ai essayé de prouver que que je suis vraiment motivé, je vais faire quelque chose mais après des fois j’étais trop petit, j’avais pas l’habitude d’avoir quelqu’un sur moi qui me dit tu peux pas faire ci et ça. J’étais petit, des fois je fuguais mais par contre au travail je venais toujours. Ils ont pris une haine contre moi, la chef de service du foyer. Il se passait plein de trucs dans ce foyer entres les éducateurs, dans nos chambres, ils buvaient quand on partait en activité, des trucs entre eux. La chef de service c’est elle qui fait les papiers, les fait avancé mais pour certains mais pas pour tout le monde, pour ceux qu’elle aime pas elle leur fait juste mal à la tête, ils font des plans pour pas avoir des papiers. J’ai fait une demande d’accompagnement, elle a été refusée. 
Elle aurait du être accepté, il me restait 1 mois et demi après ma majorité pour que j’ai mon CAP cuisine, c’était sur à 10000% que j’allais l’avoir, oui j’ai fait des petits bêtises mais j’ai jamais tiré sur quelqu’un j’sais pas moi, pas de trafic de stup dans le foyer, j’étais correct, juste des bêtises de gamin. 
Là depuis mes 18 ans j’suis seul dans la vie comme un vrai combattant et obligé de faire des trucs pour que je vive, pourtant j’suis intégré, j’parle bien français, jle comprends bien, jsais faire des trucs, malheureusement du fait que j’me suis trouvé tout seul dehors pour vivre, j’ai fait des conneries que j’savais même pas qu’elles allaient m’amener en prison. Mais bon c’est le passé et là j’suis en train de payer mais bon j’ai l’impression que je paye un peu trop cher.
La dernière condamnation j’ai pris 8 mois j’ai fait 7 en ferme alors que c’est pas normal et en plus je sors je me retrouve en CRA alors qu’ils savent très bien ma situation et que ça sert à rien, ils ont essayé la première fois ils ont pas réussi. C’est la 3e fois en fait, la première fois c’était à Toulouse ils m’ont lâché au bout de 5jours quand c’était 45 jours à l’époque. Après vous connaissez Lyon. Lyon et puis là Marseille. 
 
Anticra: T’as encore des choses à dire Adem ?
Adem:
J’veux juste que les gens ils entendent cette phrase là : si vous nous gardez et vous voulez qu’on soit plus là, au moins soyez gentil, humain et pensez aux gens comment ils sont en train de galérer dedans le CRA, essayez de nous aider et trouver une solution parce qu’avec une seule main on peut pas applaudir comme on dit. Là, vraiment, on veut juste la paix et chacun sa situation mais faut voir les gens dedans qui sont déjà venu qui sont connu pour des trucs légers mais qui ramassent encore plus que les autres. Même si on fait des erreurs, soyez moins compliqué, soyez humain envers nous, on peut rien faire, on est chez la police ok on respecte mais faut avoir le respect dans les deux sens aussi, on est traité comme des chiens devant une vingtaine d’homme, mettez vous à notre place ils viennent ils vous voient entre collègue et ils vous traitent de chien. Et quand nous on répond on finit en zonz ou en isolement et ils peuvent faire ce qu’ils veulent là bas, Dieu seul sait ce qui se passe là bas. A Lyon, les gendarmes ils ont essayé de me faire des trucs, j’ai jamais pensé qu’un policier ferait ça, tellement ils ont la haine contre nous parce qu’on est des arabes et c’est des fachos. Pourtant j’suis comme tout le monde, un cerveau 2 bras 2 jambes 1 cœur tu me respectes et j’te respecte. Ici, on fait du mal parce qu’on a besoin, on vole on fait des trucs, les gens ont une mauvaise image de nous mais on est obligé, désolé mais par contre on est obligé parce que votre pays on n’a pas pensé qu’il allait être comme ça ou devenir comme ça. 
 
[Quelques mots où il dit que ça fait plaisir qu’on fasse ce qu’on fait, ça remonte le moral.]

Adem:

Je m’appelle Adem, je suis là en France depuis 6 ans, bientôt 7 ans. Ce que j’ai vu qu’il y a ici, je trouve que c’est un peu incroyable. Je suis venu mineur à l’âge de 14 ans en foyer. J’suis resté jusqu’à 17 ans et demi. Et c’est là où ils m’ont dit, on commence à faire les démarches pour que je puisse avoir des papiers et tout. Donc, c’était un peu tard normalement, ils pouvaient me le faire pendant que j’avais 16 ans, 15 ans.
Du coup, ils m’ont fait ça au dernier moment. Je pars proposer mon dossier à la préfecture. Ils m’ont dit, il faut une pièce d’identité. Je vais au consulat de chez moi, je demande un passeport, c’est simple. Ils m’ont dit, reviens après deux mois. Deux mois après, ils m’ont dit, t’es pas reconnu par ton pays d’origine il faut attendre encore deux mois. Alors que la préfecture, elle m’a donné un mois, un délai d’un mois pour que je puisse préparer pour mon dossier. Donc là, je me suis trouvé vraiment dans un grand problème.
 
Le temps que j’ai perdu entre le consulat, la préfecture, le consulat, la préfecture. J’ai eu la réponse, ils m’ont dit que je pourrais pas avoir les papiers. Mon dossier, il était refusé. Je suis sorti, j’ai quitté le pays. Je vais en Allemagne, je vais faire quelque chose là-bas. J’ai pas réussi.
 
Je retourne en France parce que c’est le pays où je me suis intégré le plus. Et je connais des gens un peu ici qui peuvent m’aider. Des gens qui m’ont aidé en quelque sorte.
Donc j’ai fait quoi ? Je viens ici. Dès que je traverse la frontière sur Paris, j’ai rien fait du tout. Je voulais seulement aller aux toilettes à la gare. J’y suis et en sortant je trouve la police aux frontières. J’ai fait aucun délit, aucun problème. Rien du tout. Juste j’étais à la gare, j’attendais mon train. Ils m’ont attrapé pour me ramener en GAV.
 
Après ça, j’ai vécu en étranger sur le territoire avec une obligation de quitter le territoire. J’ai fait une bêtise. J’étais obligé pour avoir un peu d’argent. Des trucs pour que je vive. Et j’essayais de m’en sortir un peu. J’ai fait des conneries. Je suis tombé en prison.
Après la prison, je me trouve au CRA. Mais franchement, je voulais vraiment retourner en prison, mais pas au CRA. Le truc que j’ai jamais imaginé dans ma tête, que j’ai jamais imaginé que j’allais vivre dans ma vie, c’était le CRA.
 
Moi, de base, quand je suis venu ici, j’suis sorti de chez moi. Je suis venu ici. Je me suis dit qu’il y a plus de chance que j’puisse réussir ma vie ici que chez moi.J’arrive ici. Et la police bah voilà l’expression française, elle dit police partout et justice nulle part.
J’arrivais ici. Comme je vous l’ai dit, je suis pris au centre de rétention. Même pour la peine que j’ai eue ici, ils étaient durs pour moi alors que je n’ai rien fait.C’est pas un truc grave. J’arrivais en prison. Ce que j’ai vu, c’était incroyable.
La police française qui disait « oui nous, on est là pour vous, on est là pour le peuple, pour aider et tout. C’est le pays des droits alors que rien n’avoir. » Désolé pour tous les Français qui m’entendent mais votre pays, il ne donne aucun droit. Je rentre au centre de rétention de Lyon. Ils m’ont mis dans un endroit comme si j’étais au zoo.
On n’en parle pas des gens qui étaient dedans. Tellement ils étaient dans le mal, on se comportait trop mal. Les uns envers l’autre, ils réagissaient mal à chaque fois alors qu’on parle tous la même langue, on essaie d’être tous ensemble, à partager et tout. Mais tellement il y a trop de pression, on perd le contrôle. Pourquoi on perd le contrôle et il y a trop de pression sur nous ? À cause de la police.
 
Par exemple, j’étais au CRA de Lyon et au CRA 1 chez les gendarmes. Chez les gendarmes. Tellement ils sont rentrés dans ma tête avec des provocations, avec des histoires, avec des gestes et tout moi-même dans ma tête, j’ai changé. Je suis devenu sauvage, j’ai essayé d’embêter, j’ai détruit des trucs. Mais à chaque fois que je me loupais avec eux, ce qu’ils m’ont fait, comment ils m’ont tabassé, les gestes qu’ils m’ont fait pendant que j’étais en isolement, ils sont restés bien tracés dans ma mémoire, dans ma tête et je ne pense pas que je vais oublier un jour.
Et la haine que j’ai contre la police française et contre les lois des étrangers, je ne pense pas que ça va sortir un jour de moi. J’ai une haine alors que j’ai fait une formation ici, j’ai tout fait bien, j’étais un bon élève à l’école, pendant que j’étais mineur. Je ne sais pas pourquoi ils m’ont fait ça.
 
Je finis à la fin sans papier, dans un centre de rétention, ils veulent me renvoyer chez moi. Je me trouve à faire des trucs comme ça. Le problème, je trouve, c’est pas de ma faute tout ce que je suis en train de vivre. Je me retrouve en rétention, loin des gens que je connais, aucune aide, je ne connais personne, c’est un autre monde. C’est un monde invivable. 
 
Et du coup, ce qu’ils m’ont fait, déjà au CRA de Lyon, l’année dernière et cette année, je ne pense pas que je vais oublier les histoires qui sont restés dans ma tête, et quand je suis sorti, j’ai essayé de me dire que c’est un cauchemar et que c’est déjà passé. Mais quand je suis retombé dedans encore une fois, franchement, psychologiquement, détruit, moral, cassé, vraiment, vraiment brisé.
 
Même de sortir, je sais qu’ils ne vont pas m’expulser. Ils le savent aussi très bien mais ils font ça juste pour me faire comprendre que c’est pas chez moi ici. Ils n’arrivent à rien me faire et ne peuvent pas m’expulser, mon pays d’origine m’a pas reconnu, j’suis venu trop petit. J’suis algérien. Mais je ne comprends pas pourquoi ils veulent qu’on rentre chez nous. Au moins pendant que vous nous prenez, vous nous mettez dans des centres de rétention comme ça, il faut être humain, donner des trucs qui se mangent. Des trucs qui se mangent, un bon comportement au moins, un bon respect dans les deux sens. Pour ne pas rajouter des problèmes encore plus, pourquoi les provocations ? La préfecture, je n’en ai marre. La police, je n’en ai marre. Du centre de rétention j’en ai marre. C’est incroyable, je pensais jamais que j’allais finir comme ça.
 
Je me suis fait tabasser combien de fois ? En 2024, je me suis fait tabasser 14 fois. Les gendarmes, 14 fois, je vais à l’isolément. Dès que tu rentres en isolement, ils peuvent t’attacher avec une ceinture sur un lit, te bloquer, te taper à plusieurs, à faire ce qui veulent, à bouffer ils te donnent même pas. Tu réclames pour tes droits, ils le prennent mal. Moi, je réclame, donnez-moi à manger, donnez-moi un bon truc à manger. Je ne demande pas un repas gastronomique, je demande un repas qui se mange. 
 
La pareil sur Marseille, y a rien qui rentre ici au parloir. Je n’ai jamais vu ça. 
J’arrive ici, il n’y a rien qui rentre par là. Ils vont rentrer avec des gâteaux secs et pas une grosse quantité, pas plus de deux paquets. Par exemple, imaginez-vous, dans une zone, il y a combien de personnes ? Et sur tous ces gens-là, vous n’allez pas voir tout le monde sortir par là ou voir des gens qui les ramènent des trucs. Donc, on n’est pas plusieurs à sortir. Ceux qui ramènent un truc, ils partagent avec les autres. Donc, il ne se passe pas grand-chose.
Maintenant, le pire, c’est pas de contact physique. Une vitre au plein milieu, des petits trous au-dessus, comme ça, on entend pas quand on parle avec le visiteur. Il faut parler à voix haute pour qu’on s’entende. Le comportement avec le visiteur, c’est incroyable. Avec nous, c’est incroyable. C’est du jamais-vu. Un parloir c’est attouchements physiques, un fouille à chaque fois. Le comportement avec les visiteurs, ils les palpent bien, ils font des trucs, je ne sais pas. Ils disent qu’il y a des lames qui rentrent, qu’il y a des trucs qui rentrent, alors qu’il n’y a aucune arme dangereuse dedans qui existe.
 
Ils rentrent (la police), ils parlent avec des gros mots avec la matraque gazeuse à la main pour des détails, pour des trucs banals. C’est quoi ? C’est un nouveau projet qui se passe et ça provoque avec les mains. Moi-même, au parloir, je ne me sens pas bien. Je me sens un animal, je ne sais pas moi. Pourquoi vous mettez une vitre au plein milieu ? 
 
Ce qu’on vit, c’est injuste. Ils veulent rajouter, ils veulent encore. Il y a bien plus de temps, ils veulent mettre 7 mois en centre de rétention. Heureusement qu’ils ne sont pas pu. Mais là, 3 mois, c’est vraiment, vraiment dur. Surtout les derniers jours, ça rend fou.Je ne sais pas si vous avez des questions à poser
 
Anticra:   On peut rester un peu sur le transfert. Quand tu as été transféré à Marseille, qu’est-ce qu’ils t’ont dit à Lyon, la police ? Qu’est-ce qui t’a annoncé le transfert ? 
 
 Adem:
C’était le capitaine, il est venu avec deux policiers. Il est venu me voir. Il m’a dit, on va bientôt te transférer sur Marseille je lui ai dit pourquoi. Il m’a dit, je n’ai pas toutes les informations. Je suis venu juste pour te prévenir.
Et moi, avec le temps, j’ai oublié que j’avais un jugement ici à Marseille. J’avais fait une affaire. Je ne risque pas d’aller en prison juste du sursis, une amende, un truc comme ça. Ils m’ont ramené, ils m’ont dit, on est là, on t’a prévenu. Et après, deux jours après, ils sont revenu me dire, cette fois avec la date. Là, ils m’ont ramené ici. Ils m’ont laissé prendre mes vêtements, mes trucs, tout ce que j’avais chez eux à Lyon. 
 
A Lyon on pouvait me ramené, elle m’a ramené un grand sac de Madeleine, des boissons, des coca, elle m’a ramené du tabac, elle m’a ramené du sirop. Nous, on n’a pas le droit des trucs à boire. On achète sur le distributeur ou il n’y aura rien. 
Anticra       Ok, donc vous avez un distributeur. 
 
 Adem
Ouais, un distributeur, mais le pire, c’est qu’il n’est pas tout le temps chargé.
Il vient une fois dans la semaine pour le charger, et imaginez, il y a six blocs qui achètent dessus. Donc la plupart du temps il est vide. 
 
Anticra:     Sinon, je voulais savoir comment ça se passe, la relation avec Forum (l’association Forum Réfugiés). Tu vois qui c’est ou pas ? 
 
En fait, il y en a un, il était au CRA de Lyon, il travaillait, je l’ai vu là-bas en 2024.Et là, je l’ai vu ici. Mais franchement, là, un exemple, il s’est passé un truc avec eux, ils m’ont fait tourner la tête. Je les appelle et je leur ai dit, ouais, j’ai besoin de tous les papiers du jugement, des derniers jugements que j’ai eu administratifs envoyez-les à cette personne-là sur email, s’il vous plaît. Ils me disent quoi ? Ils me disent, pardon, on n’a pas vos papiers, on a juste le premier jugement, alors qu’il y avait des cours d’appels, des trucs. Ils m’ont dit, ouais, on va voir si on peut les récupérer ils vont les envoyer. Même tu leurs donnes une attestation d’hébergement, je leur ai donné. Je les ai donné deux, je me suis trompé. La personne de dehors, elle a donné deux. Il y avait une ancienne et une nouvelle. Ils ont mis l’ancienne. Ils sont pas conscients. Pour les avoir, il faut appeler du matin jusqu’au début d’après-midi pour pouvoir avoir un rendez-vous et des fois, c’est même pas possible.
Quand tu descends avec un truc, expliquez-moi, je risque quoi ? Est-ce qu’il y a un vol pour moi ? Est-ce qu’ils vont m’expulser ? Ils disent rien, à part qu’ils peuvent t’aider juste pour savoir si tu veux faire appel ? Ouais, je veux faire appel. Ok, c’est bon. Au final.
 
Anticra:       Et les médecins à Lyon, à Marseille, comment ça se passe ? T’as vu des infirmiers, des infirmières ?
 
 Ouais, ici à Marseille, par exemple, mon traitement que je prenais avant, ils m’ont pas donné le même. Ils voulaient pas me donner. C’était des Gabapendin, ils me l’ont donné à Lyon, en 2024, parce que j’ai un grosse cicatrice sur le genou. J’avais des douleurs fortes. En sortant de prison et tout, j’arrive là-bas au CRA du Lyon. Le médecin de là-bas, le généraliste, il m’a donné ce médicament. Et je l’utilise toujours, et je l’utilise toujours, toujours, toujours, même quand je suis sorti. Je suis retourné ici. J’arrive ici après le transfert à Lyon. Je le prenais encore la deuxième fois à Lyon. Je le prenais, ils m’ont autorisé. Et après, ils me disent quoi ? J’arrive ici, ils me disent, ouais, pas de Rika, pas de Tramadol, mais je suis pas le genre de personne qui consomme ça. Je demande juste Gabapentin. Ils m’ont dit, ouais, mais elle fait partie de la famille de ces cachets qui shootent. Mais c’est rien à voir. C’est juste un cachet pour les fortes douleurs.
Je lui ai demandé de voir le généraliste, et ils m’ont ramené voir le généraliste. Je l’ai vu, il m’a dit, non, j’ai pas le droit de te donner ça. De toute façon, c’est le capitaine d’ici, il a interdit ce genre de médicament, je sais pas quoi. Et là, avec le froid, les cicatrices, c’est une grande cicatrice, c’est 15 points de suture. Et quand il fait froid, c’est là où je sens vraiment les douleurs. L’été, normal, ça me dérange pas. Je prends de temps en temps, quand j’ai vraiment des fortes douleurs. Parce que ça a touché l’os. Là, cette fois-ci, ils veulent pas me donner. Il y a que du Doliprane et des cachets pour qu’on s’endort comme des pandas pendant 24 heures, 48 heures.
 
Anticra:      Et comment ça se passe, par exemple, avec les autres
 
Adem: Ouais y a que des problèmes, parfois des blessés grave. Il y en a qui sont obligés d’être des escrocs. Ouais. Soit un escroc ici, y en qui était intelligent, et il va te voler. Par exemple, je viens d’arriver ici, je me suis fait voler. Ouais. Je me suis fait voler, il y a eu une grosse bagarre, des trucs de fous, ça a failli y avoir une plainte, encore une affaire. Mais heureusement, il a compris que la faute, elle vient de lui, et l’histoire, elle est terminée.
 
Anticra:       Et tu croises, parce que du coup, il y a la police, il y a le médecin, et tu croises d’autres gens qui travaillent ou pas ? Il y a d’autres gens que tu croises qui travaillent au CRA, qui ne sont pas la police? 
 
Adem: Ouais, c’est les CAEL, ils les appellent ici, en gros comme les civils à Lyon. Franchement, il y en a trois, non, quatre. Un, il travaille au greffe, celui qui ramène en gros les papiers, les convocations et tout. Et il y en a deux qui sont corrects, et il y en a deux qui ne sont pas. Ils sont là juste pour essayer de faire mal au crane, ou essayer de chercher un truc qui nous amène en prison. Heureusement que c’est pas tout le monde qui est comme ça. Heureusement qu’il y en a deux. 
 
Ouais, et la plupart des policiers ici, je sais pas, moi je crois qu’il y a 70 policiers qui travaillent ici, ou je sais plus, ça m’a dit ça, askip. Sur ça, j’en ai vu trois. Trois, ils entendent très très bien avec tout le monde, ils rendent des petits services, ils font des petits gestes. Mais vraiment, c’est… Comme je vous ai dit, les façons de parler, les provocations ici, c’est encore pire. Ouais.
 
Anticra:       Ok. Et là, à Marseille, en ce moment, il y a beaucoup d’expulsions ou pas ? 
 
Adem: Là, ils m’ont dit qu’il y en avait avant que j’arrive ici, il y avait vraiment trop d’expulsions et tout. Et là, en ce moment, depuis je suis arrivé, il y en a un, ils l’ont ramené jusqu’à Paris, après ils l’ont fait retourner ici, je sais pas pourquoi, alors qu’il devait prendre l’avion. Avant que je vienne ici, y avait 2 collègues à moi, j’étais en contact avec eux, 4 jours avant, ils étaient expulsés les deux en même temps, ils étaient dans la même chambre. 
 
Anticra:        Vous parlez entre vous de l’actualité avec l’Algérie qui va peutêtre recommencer à accepter des vols et des retours
Adem:       
C’est tout le monde qui est en stress, comment ils réagissent, comment ils se comportent, c’est encore pire. Il y a vraiment des dégâts, parce que vous savez très bien, on est là le plus à chaque fois, on est les Algériens le plus dans les centres d’attention.
 
Anticra:       Et donc, toi, tu disais tout à l’heure, t’as fait un passage en prison, et ça n’a rien à voir avec le CRA. Le CRA, c’est différent, et c’est même pire ?
 
Adem: Ouais, moi, quand je suis arrivé ici, j’ai déjà demandé de retourner là-bas, s’il y a moyen que je finisse ce que j’ai à faire ici, je vais finir en prison. Et j’ai même essayé de faire des trucs, tellement j’ai pété les plombs, j’ai essayé de faire des trucs pour retourner en prison. Là-bas, c’est plus à l’aise. Imaginez, vous, quelqu’un qui trouve la prison plus à l’aise qu’ici.
 
Anticra:       Comment ça se passe avec l’OFII, qu’est ce qu’ils vendent ? c’est comment ? 
 
 Adem
Ils peuvent pas ramener beaucoup, ils te disent si tu veux une aide au retour comme à Lyon et après pour sortir dehors les achats, t’as pas le droit au pot de tabac, t’as que les blagues de tabac qui peuvent rentrer, ils ont le droit qu’à ça. 
 
Anticra:        C’est eux qui vendent les téléphones ?
 
Adem: Non c’est pas comme à Lyon, ici ils donnent juste des cartes SIM sinon c’est eux ils viennent en début de journée et ils reviennent en début d’aprem, fin d’aprem et ils donnent les achats. Le problème c’est que les traitements ils le donnent que 3 fois par semaine pour plusieurs jours et donc tellement les gens ils sont énervés, ils prennent tout d’un coup. 
 
Anticra: A Marseille y a 6 bloc tu disais, c’est comment entre les blocs ? Savoir ce qui se passe etc ? 
Adem:
Chaque fois qu’on parle avec les autres, c’est juste pour des contrats, jte donne et tu fais ça, tu fais une vidéo tu le tapes, les 3 blocs en bas c’est les pires, en haut c’est moins pire. A Lyon c’est différent, entre les blocs ça va, on a pour faire passer des trucs, se dépanner, on se voit tous les jours pour l’heure de repas, l’heure du traitement, petit déj on se voit tous presque. Ici c’est impossible, y a pas grand monde qui ont des choses donc plus compliqué de s’entraider. 
 
Anticra      Avec le ramadan c’est comment en ce moment ?
Adem
 
J’ai l’impression, comment ils réagissent avec nous, on dirait c’est eux qui font le ramadan, c’est pas nous. Ils sont trop vénères à l’heure du repas, ça te provoque quand tu vas récupérer le repas pour le ramadan. Ça te provoque, ça te parle mal. On dirait c’est eux qui ont pas fumé toute la journée, ils ont as mangé, ils ont pas bu d’eau. Ils sont super provoquants mais on prend sur nous, y en a quelques-uns qui craquent et qui prennent cher, j’ai peur que ça m’arrive un jour. Ici ils transfèrent encore plus de personnes en prison qu’à Lyon tellement y a trop de pression. 
Ils nous donnent le repas avec du retard, 1h après des fois, que des problèmes, chaque fois une histoire. 
 
Anticra     Pour toi c’est comment la suite, comment tu peux essayer de te projeter ? 
 
Adem Il se passe tellement de trucs, j’arrive pas à savoir qu’est-ce qui peut m’arriver demain ou après demain? Je réfléchis juste sur le moment où je suis en train de vivre et essayer de faire attention à tout ce qui se passe devant moi, je pense même pas demain. Je sais même pas si je veux vivre, continue de vivre ce soir ou que je ne me pompe pas ou que je me fais parce que à chaque fois. Des idées noires aussi il y a des il y a des gestes qui sont et tout et ils te font perdre l’équilibre Je pense pas plus loin en ce moment.
 
Anticra:      Tu disais que t’avais une formation ? 
 
 Adem:
J’ai fait une formation CAP cuisine chef de cuisine. J’étais un bon élève pendant 3 ans. Je faisais des stages. J’ai des convocations, des fiches de feuilles de paie. Et j’ai essayé de prouver que que je suis vraiment motivé, je vais faire quelque chose mais après des fois j’étais trop petit, j’avais pas l’habitude d’avoir quelqu’un sur moi qui me dit tu peux pas faire ci et ça. J’étais petit, des fois je fuguais mais par contre au travail je venais toujours. Ils ont pris une haine contre moi, la chef de service du foyer. Il se passait plein de trucs dans ce foyer entres les éducateurs, dans nos chambres, ils buvaient quand on partait en activité, des trucs entre eux. La chef de service c’est elle qui fait les papiers, les fait avancé mais pour certains mais pas pour tout le monde, pour ceux qu’elle aime pas elle leur fait juste mal à la tête, ils font des plans pour pas avoir des papiers. J’ai fait une demande d’accompagnement, elle a été refusée. 
Elle aurait du être accepté, il me restait 1 mois et demi après ma majorité pour que j’ai mon CAP cuisine, c’était sur à 10000% que j’allais l’avoir, oui j’ai fait des petits bêtises mais j’ai jamais tiré sur quelqu’un j’sais pas moi, pas de trafic de stup dans le foyer, j’étais correct, juste des bêtises de gamin. 
Là depuis mes 18 ans j’suis seul dans la vie comme un vrai combattant et obligé de faire des trucs pour que je vive, pourtant j’suis intégré, j’parle bien français, jle comprends bien, jsais faire des trucs, malheureusement du fait que j’me suis trouvé tout seul dehors pour vivre, j’ai fait des conneries que j’savais même pas qu’elles allaient m’amener en prison. Mais bon c’est le passé et là j’suis en train de payer mais bon j’ai l’impression que je paye un peu trop cher.
La dernière condamnation j’ai pris 8 mois j’ai fait 7 en ferme alors que c’est pas normal et en plus je sors je me retrouve en CRA alors qu’ils savent très bien ma situation et que ça sert à rien, ils ont essayé la première fois ils ont pas réussi. C’est la 3e fois en fait, la première fois c’était à Toulouse ils m’ont lâché au bout de 5jours quand c’était 45 jours à l’époque. Après vous connaissez Lyon. Lyon et puis là Marseille. 
 
Anticra: T’as encore des choses à dire Adem ?
Adem:
J’veux juste que les gens ils entendent cette phrase là : si vous nous gardez et vous voulez qu’on soit plus là, au moins soyez gentil, humain et pensez aux gens comment ils sont en train de galérer dedans le CRA, essayez de nous aider et trouver une solution parce qu’avec une seule main on peut pas applaudir comme on dit. Là, vraiment, on veut juste la paix et chacun sa situation mais faut voir les gens dedans qui sont déjà venu qui sont connu pour des trucs légers mais qui ramassent encore plus que les autres. Même si on fait des erreurs, soyez moins compliqué, soyez humain envers nous, on peut rien faire, on est chez la police ok on respecte mais faut avoir le respect dans les deux sens aussi, on est traité comme des chiens devant une vingtaine d’homme, mettez vous à notre place ils viennent ils vous voient entre collègue et ils vous traitent de chien. Et quand nous on répond on finit en zonz ou en isolement et ils peuvent faire ce qu’ils veulent là bas, Dieu seul sait ce qui se passe là bas. A Lyon, les gendarmes ils ont essayé de me faire des trucs, j’ai jamais pensé qu’un policier ferait ça, tellement ils ont la haine contre nous parce qu’on est des arabes et c’est des fachos. Pourtant j’suis comme tout le monde, un cerveau 2 bras 2 jambes 1 cœur tu me respectes et j’te respecte. Ici, on fait du mal parce qu’on a besoin, on vole on fait des trucs, les gens ont une mauvaise image de nous mais on est obligé, désolé mais par contre on est obligé parce que votre pays on n’a pas pensé qu’il allait être comme ça ou devenir comme ça. 
 
[Quelques mots où il dit que ça fait plaisir qu’on fasse ce qu’on fait, ça remonte le moral.]

Témoignages pour la Commémor’action de Grenoble

Le 6 février est un jour d’action contre le régime des frontières et pour demander justice, vérité et réparations pour les victimes des politiques migratoires et leurs familles.

Ce jour a été choisi car le 6 Février 2014, plus de 200 personnes sont parties des côtes  Marocaines pour rejoindre à la nage l’enclave coloniale espagnole de Ceuta. La « Guardia Civil » à utilisée des équipments anti-émeute pour les empécher de toucher le « sol espagnol » pendant que les soldats marcocains observaient la scène sans rien faire. 15 personnes ont été tuées et plus de douzes sont portées disparues. Les survivant.es ont été refoulé.es, certain.es sont mort.es au Maroc.

Pour répondre à cet appel à Commémor’action, une journée de  lutte et de soutien a eu lieu place Félix Poulat, le 7 février à Grenoble. Différents témoignages et hommages ont eu lieu. Nous avons pu entendre trois détenus du CRA de Lyon. Voici la retransmission de leurs témoignages.

(Les témoignages ont été coupés et montés pour faciliter la compréhension).

Témoignage de M.

Moi je suis guinéen et la police ils m’ont forcé pour partir au consulat guinéen. J’ai rentré jusqu’à là-bas mais le consulat il a dit il n’est pas d’accord pour signer pour me ramener en Guinée. Ils m’ont sorti de là-bas et après ils m’ont envoyé ici. Je suis parti avec eux, ils m’ont forcé. C’est la police en civil qui m’a ramené là-bas. J’ai rien fait. Ils voulaient me rentrer dans mon pays comme ça… J’ai rien fait.

Dans mon pays y a rien, j’ai pas de famille là-bas, ma famille elle est morte. Depuis 2012, j’ai rentré ici (en France). Je connaissais personne, je suis rentré et j’ai demandé l’asile à Lyon ici. Jusqu’à maintenant y a pas d’aide, y a pas d’hébergement, y a pas de papier, y a pas de travail. Je dors dehors. Avec ça ils m’ont pris et ils m’ont amené dans le centre de rétention. Ça fait maintenant deux fois que je viens ici. En 2023 et en 2025. (inaudible) Ici on est dans la merde. Je veux sortir du centre de rétention. On en a marre.

Témoignage Inskander

J’ai pris le bateau. J’ai fait 250 kms de Annaba jusqu’à Cagliari en Italie, dans l’eau, dans un petit bateau avec un moteur 40. C’est à dire qu’on a vraiment risqué nos vies. J’étais en pleine conscience, vraiment en pleine conscience. C’est pas un gros bateau de plusieurs mètres où par exemple le moteur c’est 500. On a assumé nos actes.

Voilà je suis au CRA. Je suis quelqu’un qui a pas de papiers et et je suis vraiment intégré. J’ai fait 16 mois pleins en prison. C’est la première fois malgré que j’ai fait 6 ans ici en Europe, surtout en France. J’avais aucun truc, aucune violence, aucun vol avant. Et voilà, j’ai assumé mes actes on va dire. J’ai assumé, j’ai passé les 16 mois. Et ils m’ont mis encore au CRA.

Et en plus je suis malade, je suis asthmatique moi, vous pouvez vérifier si vous voulez. Par exemple au CRA, les cellules elles sont trop chaudes par rapport au chauffage et ça fait de l’humidité et moi je suis asthmatique. La dernière fois je suis parti voir le juge, je lui ai dit « voilà moi je suis asthmatique, j’ai fait une crise deux fois, voilà l’ordonnance pour la ventoline, le symbicort ». J’ai même une adresse ! En plus j’ai respecté l’assignation à résidence, de l’OQTF. Par exemple quand ils nous donnent l’OQTF, je suis obligé chaque lundi de passer au commissariat de la PAF pour faire la signature pour dire que voilà je suis présent, je suis ici. J’ai toujours respecté, j’ai tout donné. Mais y a rien qui change, avec l’adresse, avec la maladie, avec tout… et jusqu’à maintenant y a rien qui change, ça veut dire, ni ils veulent nous envoyer au bled ni ils nous laissent tranquille.

Par exemple moi j’ai demandé de sortir d’ici, je suis quelqu’un d’intégré, je voulais tourner la page et ils veulent pas. Et en plus au CRA, les repas c’est de la merde. Nous on est là au CRA parce qu’on a fait des bêtises, parce qu’on est hors-la-loi. Mais l’Algérie c’est bloqué, ils peuvent envoyer personne au bled, le consulat algérien ne répond pas. Ça veut dire pour des personnes qui ont l’expérience… Voilà il y a des personnes qui ont fait des bêtises mais voilà son casier il est bien, il est intégré, il a une adresse, on le lâche. Peut-être qu’il peut faire quelque chose, peut-être qu’on peut lui donner une chance qu’il fasse pas de la merde en plus. Parce que si eux ils pensent que quand ils le mettent ici, quand on sort on va avoir peur mais non, ça va pas faire ça, ça va faire le contraire. De perdre du temps ici, ça va faire une boule de haine pour moi et je vais sortir, je vais rester exprès ici. Il faut donner une chance aux gens, peut-être il sort et il va vous oublier, il va partir dans un autre pays et il va faire sa vie.

Pour d’autres personnes, comme j’ai dit aussi, au CRA si y a un problème je suis obligé de le signaler aux policiers, par exemple aux policiers en civil ou Forum. Je dis par exemple voilà, moi j’ai un problème avec quelqu’un et si on s’embrouille ils nous envoient en prison. Normalement eux ils vont nous changer (de bloc) et y a pas de problème. Et eux ils ont dit non la dernière fois et ils m’ont mis encore au mitard et le mitard normalement c’est interdit pour moi parce que je suis asthmatique. Et voilà ils m’ont pas changé, ils m’ont mis encore… j’ai fait 24h dans le mitard et ils m’ont mis encore dans le même bâtiment. Même les policiers je vous jure, ils m’ont dit quand j’ai parlé et que j’ai dit « votre commandant il fait exprès », ils m’ont dit « ouais je sais pas quoi vous dire, mais vous avez raison monsieur, nous on peut rien faire parce que c’est pas nous qui gèrent, c’est lui qui gère ». Par exemple (inaudible), j’étais en prison à Villefranche, puis au CRA maintenant. Je vais vous donner mon point de vue par rapport à ça. Par exemple, je vous signale un problème, changez moi ! Comme ça moi je m’embrouille pas avec ces personnes là et je sors le plus vite possible. Si je m’embrouille, on m’envoie encore en prison, après je me retrouve au CRA et encore en prison.

Ici, il y a des gens qui comprennent pas la langue et qui connaissent par leurs droits et alors, ils font de la merde sur ces gens. Si il y a des gens comme quelqu’un comme moi, qui parle français, qui comprend, ils peuvent pas faire ça. Y a quoi d’autre… Bah voilà par exemple y avait des gens, là maintenant on parle d’autres personnes que moi, y a des personnes qui parlent espagnol, qui ont des enfants par exemple en Espagne, ils ont fait 28 ans en Espagne et eux, ils les laissent ici, au CRA ! Ils vont pas les renvoyer en Espagne. Ils vont prendre deux mois, après ils les envoient. Pourquoi ils font pas les démarches en un mois ? Un mois c’est pas un jour ! Ils font exprès comme ça avec le stress tu retournes en plus en France. Mais ça ça va faire sortir de la haine !

Témoignage de Omar

Moi j’ai 25 ans, je suis en France depuis que j’ai 20 ans, je suis en France depuis 5 ans. Je suis en France depuis 2020. Je fais tout, j’ai payé mes impôts, j’ai travaillé comme jamais. J’ai payé les associations. J’ai fait tout… Ooh… Là j’ai 0,14 de sucre, ça veut dire… c’est bon… Moi j’aimerais mourir ici plutôt que d’aller en Tunisie.

J’ai travaillé avec mon patron pendant 3 ans. Il m’a pas payé. Il m’a donné tous les papiers pour que je règle ma situation, je lui ai dit « donne moi un peu d’argent quand même, j’ai besoin d’argent ». Il m’a dit non, je lui ai dit que j’allais aller aux prudhommes. Il m’a dit « si tu vas aux prudhommes je te tue ». Ça veut dire que j’ai peur de lui, je suis allé à Annecy, j’ai travaillé avec Azaé pendant 5 mois comme aide à domicile. J’aide les personnes âgées. Si vous allez voir tout le monde et que vous demandez « c’est qui Omar », ils vont dire, tous les vieux avec qui je travaillais ils vont vous dire (inaudible), ils me connaissent très bien. Je fais du sport, je travaille, je rentre chez moi. Jamais de garde à vue de ma vie. Jamais jamais la police m’a arrêté, jamais de ma vie. Les gens ils sont fous, ils font tout et ils sont dehors maintenant. J’ai travaillé 1 mois aussi et on m’a augmenté, j’ai pris un autre poste, ça veut dire qu’ils sont contents de moi.

Mon dossier il est chez l’avocat… Là ils ont dit que je suis terroriste ! Je suis terroriste ! Ou je sais pas comment on dit. Je suis terroriste ça veut dire qu’ils veulent niquer ma vie, ils veulent me tuer. J’ai 25 ans, j’ai rien vu de ma vie, j’ai rien vu. Mon père il est décédé, je l’ai vu avec les caméras mon père. Là je rentre en Tunisie, même si j’ai rien, eux ils entendent ça, je vais mourir. Ça c’est sur. Moi je préfère mourir ici, c’est mieux qu’après 5 ans je vois ma mère et qu’entre nous y a le mur, même pas je peux lui faire un câlin, après 5 ans. Je suis un humain moi, je suis un humain. Je suis comme tout le monde, je suis comme tout le monde. Moi si j’ai fait quelque chose, ok je mérite. Ici tout le monde, si ils ont volé ils disent c’est pas grave, on mérite ça. Mais pourquoi je suis là ? Pourquoi je suis pas en prison ? Le juge il m’a libéré une fois. La deuxième fois il m’a tout enlevé, l’interdiction de retour de 10ans, il m’a laissé 2 ans, enfin la préfecture a rajouté 2 ans. Si j’ai fait quelque chose pourquoi ils ont pas laissé tout ça ? L’avocat je l’ai payé 1200 euros. Si je rentre en Tunisie, pour rendre l’argent pour les gens qui m’ont donné pour payer mon avocat, je fais comment ? Il faut que je vende un terrain moi là bas pour payer les gens.

J’ai commencé ma grève de la faim le 17 janvier à 18h, après manger. Le lendemain, ah non, après 2 jours, ils m’ont donné un papier pour signer, c’est à dire le 19. J’ai signé et à la place de mettre le 17 à 18h, ils ont mis le 18 à 18h. Je suis allé voir le policier et j’ai dit « comment vous mettez ça » et il a dit « t’ajoutes un autre jour tu manges pas », c’est à dire qu’il s’en fout de moi, il s’en fout. Moi j’ai besoin juste de quelque chose. Moi je suis venu en France pour voir la loi, parce qu’il y a la loi. C’est pour ça que je suis là moi. Mais je me suis trompé. Ils veulent (inaudible). Moi j’ai rien fait, ils ont rien trouvé. Si je suis comme ça, pourquoi ils m’ont pas fait ça avant ? Pourquoi je suis pas en prison ? Pourquoi je suis au CRA ? Pourquoi ? Je suis dégoûté… je te jure je suis dégoûté, je suis pas bien du tout.

Feu aux CRA – Liberté de circulation ! 

Témoignage de personnes enfermées au CRA 1 de Lyon (22 avril 2025)

– Bonjour. tu veux qu’on témoigne de quoi ?

– Nous on est un collectif qui essaie de faire savoir ce qui se passe dans les centres de rétention et du coup si y a des choses que vous avez envie de raconter comment ça se passe, on enregistre et on publie.

– On est une vingtaine de personnes, on est enfermés dans une cage à oiseaux, voilà tout simplement. On manque de sucre, on est en manque d’alimentation, voilà. Et d’autres choses.
il y a des jours où le repas ça va on va dire que c’est satisfaisant, il y a des jours c’est médiocre voil,. il y a des jours on dort avec le ventre noué, on a faim, on est là, on mange des clopes. On a pas de sucre, pas assez de sucre. on est 21, chacun son cas, chacun sa situation. On est là, des africains, des tunisiens, des marocain,s des algériens, Tchad, Gitan, Guinéens… Si vous voulez je vous passe un gitan qui est là. Moi je sais pas, les gitans, moi j’ai grandi ici j’ai appris que les gitans ils étaient ancestrals, qu’il y ait un gitan en centre de rétention… un autre qui a eu deux fois sorti de séjour. des gens qui ont des enfants ici qui sont en centre de rétention. Voilà y a pas de violeurs, y a pas de criminels. moi je vois que des gens avec des droits, des affaires en commun. ya des entrepreneurs, si ils viendraient des prendre des gens ici, ça serait… Voilà, chacun il a un métier, chacun il a un talent, on a le temps pour voir ça quoi. Des talents cachés, comme des talents qu’on voit tout de suite. Voilà. Maintenant je vous passe si vous voulez bien une deuxième personne.

– Bonjour. Moi en fait je suis gitan j’ai pas envie de dire mon nom et tout ça, mais en fait il y a deux trois choses ici que je suis pas d’accord. En fait, comment dire… je suis ici je suis malade, j’ai une plaque au pied, j’ai même pas l’assitance pour ça et j’ai un problème à la colonne vertébrale et j’ai même pas l’assistance pour ça. Quand je dis que j’ai mal ils font pas les analyses correctes, ils me donnent que des médicaments, il fait rien d’autre. mais vasy c’est pas grave ça. Il y a des autres trucs que j’aime pas ici, par exemple ici c’est vraiment sale. Il y a même pas de l’eau chaude, on a même pas ça. La chasse se tire pas. Il fait froid. Les portes, on a des cellules qui ont même pas de portes. On est est vraiment traités comme des animaux. Le chauffage, il y a beaucoup de cellules où ça fonctionne pas. Après il y a ça que, on est même pas en prison, on a même pas droit à accéder à internet, je trouve pas la logique. Moi j’ai fait de la prison, je suis d’accord qu’en prison on a pas le droit d’accèder à internet. mais ici on n’est pas en prison! C’est quoi ça? on va retourner dans notre pays? C’est quoi ça ? c’est la france ou c’est une prison? je comprend pas en fait. Vas y je vais passer à une autre personne qui parle mieux le français.

– Bonjour, Comme ils ont dit mes amis là, mes voisins. Il faut que vous veniez ici et que vous regardiez tout ça en face.

– quelqu’un d’autre : ils peuvent pas venir! c’est interdit, ils laissent personne rentrer constater, filmer. il y a que eux qui ont le droit de nous filmer, tu vois pas? ils ont tout le temps des caméras sur eux les gendarmes. n’importe qui peut venir ici ?? c’est mort, ils vont pas le laisser rentrer.

– je te passe le collègue.

– bonjour. je m’appelle .., je suis algérien. alors on parle de quoi ? ma situation là?
ya un petit truc pour jouer le tennis là, comment ça s’appelle… le ping pong. ya pas les raquettes, ya rien. ya la mosquée, on fait la prière. mais les barres fixes pour faire le sport.. j’étais bien en forme franchement la première fois que je suis rentré, mais maintenant je suis fragile franchement à cause du manger. Manger froid, chaud, dans le plastique, des repas congelés, en conserve… t’as compris? bah c’est ça. médicalement, par exemple moi j’ai une ordonnance dehors que m’a donnée mon médecin spécialiste à l’hôpital, il m’a donné un traitement. quand je suis rentré là, j’ai demandé mon traitement, ils m’ont dit non, ils ont changé mon traitement. pour y comprendre quelque chose… c’est des choses de fou ici.

– quelqu’un d’autre : par exemple ils vont te donner un calmant, c’est pas ton calmant. et après tu fais des bêtises. après coup ils l’ont pris, ils ont dit lui c’est une menace, nanani nanana, ils l’ont marqué dans les papiers. t’as tout compris ? c’est ça. ya des gendarmes qui font leur travail exactement. mais le chef, le capitaine, c’est le capitaine qui normalement a une grosse tête, pour que ça marche avec ses collègues et tout.

– tu veux dire qu’avec la police, yen a avec qui ça se passe bien et d’autres avec qui ça se passe pas bien?

– pour le moment ça va un peu. mais il manque des choses. les gendarmes ils sont bons, mais il manque beaucoup de choses. de la connexion par exemple, un ballon, des barres fixes pour faire le sport..

– et avec Forum Réfugiés ça se passe comment?

– Forum la première fois que je suis venu j’ai dit pourquoi t’es là c’est quoi ton travail, il m’a dit « au cas où tu as besoin, tes papiers et tout nanani, moi je suis là ». j’ai dit c’est bon! c’est à dire moi maintenant quand j’ai besoin des papiers, je suis parti au Forum. le Forum pour les papiers, pas plus! Forum ça va, ils sont bien.
il y a le psychologue. moi j’ai parlé avec le psychologue, je lui ai dit la dernière fois, ben il faut un journal par exemple pour qu’on parle, on passe à la télé, je sais pas moi. moi il me reste 15 jours je sors. mais ya des gens qui restaient dehors qui sont venus là et après ça commence à mal. juste la bagarre, des fois la bagarre, des fois nani, des fois nana, machin.. les vols.. mais là pour le moment comme par exemple ils ont ramené des choses qui passaient pas, ya pas comme ça, ya pas comme ça, ils créent des problèmes dans les chambres, et tout. allez je vais te dire quoi, bonne journée, je vais te passer quelqu’un d’autre.

– j’ai pas envie de m’exprimer c’est bon !

– mais non mais ya pas ton nom dedans !

– je sais mais…

– oui bah.. voilà quoi. on vous a passé le nécessaire.

– et toi tu voulais redire quelque chose même si t’avais déjà témoigné la dernière fois?

– bah ouais pourquoi pas. moi j’ai des trucs à dire. moi ça fait 24 ans que je suis là. ma mère est française. ils sont là, ils mélangent tout le monde à cause des trucs des algériens tout ça, que les algériens ils défient l’état, ils veulent pas les expulser. ils veulent pas les expulser. à cause de ça ils menacent tout le monde dans le même sac. et puis voilà, les conditions ici c’est sale, les chiottes ça fuit, la douche c’est le calcaire, c’est pas ça, on mange mal, quand ya des parloirs c’est que des gâteaux, on est en manque de sucre, franchement.. ils nous aident pas franchement.

– quelqu’un d’autre : on est dans le droit normalement !

– on est dans le droit normalement. on est comme tous les êtres humains mais ils nous rejettent ici comme des.. comme un système des rejetés de l’état. les médicaments, t’as mal à la tête ya que des dolipranes, t’es malade ya que des dolipranes. moi ya 2 jours ils m’ont donné des médicaments, je vous jure hier j’ai failli.. j’ai fini aux urgences. j’ai fini aux urgences, j’ai failli mourir hier ici.

– comment ça ? t’es allé à l’hôpital ?

– ouais j’ai fini à l’hôpital. j’étais malade, avant-hier je pars voir le médecin il me donne des médicaments, toute la nuit toute la journée je dors. hier je me lève la journée, à partir de 11 h j’arrivais plus à respirer, toute ma langue elle a enflé, j’ai fini aux urgences, j’ai dormi là bas. ils m’ont ramené ce matin exactement. ils m’ont ramené ce matin des urgences, ils m’ont dit quoi ? « c’est rien ». à peine quand j’étais arrivé sur la route ça a recommencé. je sais pas moi. j’ai failli mourir, j’ai failli mourir de ces 24 heures, à cause de ces conditions. ils te ramènent aux urgences, ils te disent rien, ils te donnent des médicaments..

– ils t’ont rien dit sur ce qu’il s’est passé ?

– ils m’ont même pas ausculté. ils m’ont même pas pris ma tension, rien du tout. ils m’ont dit « ouais ça va, tu vas y aller ». je sais pas moi, si cette nuit je dors je peux pas me réveiller!? t’as vu ? on sait pas qu’est-ce qu’il se passe!

– mais le médecin du CRA tu l’as vu? il a dit quoi?

– bah il m’a dit « ouais ça va tu vas mieux déjà ». il m’a donné des vieux médicaments qu’il m’a donnés ici. je sais pas c’est quoi le titre.. il m’a donné ces médicaments, je les ai pris ce matin et on verra. pour l’instant j’ai rien, mais j’espère pas que ça va me faire ça dans la nuit quand tout le monde il dort. parce que la nuit quand ils dorment eux, t’appelles t’appelles, ils t’oublient. ils t’oublient franchement.

– …tu sais c’est quoi le nom du médicament qui t’a rendu malade ?

– non je sais pas c’est quoi. Même le médecin, on lui a dit « ouais c’est à cause de vous je suis parti la veille parce que vous m’avez donné des médicaments » même lui il sait pas c’est quoi.

– ok… et toi quand t’étais dehors tu prenais déjà des médicaments comme ça ou c’est la première fois ?

– je prenais aucun médicament moi. le seul médicament c’est que je fumais la cigarette tout ça, sinon je fumais pas. je fais rien du tout, je me drogue pas à la drogue dure. je suis pas en manque d’un truc, je sais pas. Je suis normal, depuis toujours, comme tout le monde.

– les autres derrière : on est comme tout le monde! voilà!

– et aussi tu m’avais dit que la semaine dernière il y avait quelqu’un d’autre qui avait été hospitalisé ?

– ben ouais ben il y a que ça ici . Hier ya un collègue à moi aussi qui jouait au foot. Hier il s’est explosé toute la jambe, ils l’ont pas ramené. la journée s’est passée, il a vomi partout, ils lui ont donné des dolipranes et puis c’est tout. il lui ont dit « t’as rien du tout » il a la jambe pétée le pauvre il peut même pas bouger.
En fait c’est un abattoir ici franchement. C’est un abattoir.

– Et tu m’avais aussi parlé d’une autre personne qui a failli mourir récemment…

– Un comorien ouais… lui aussi il a pris des médicaments il a failli mourir. ils l’ont réanimé tout ça ils l’ont ramené à l’hopital le lendemain il est revenu ils ont dit « il a rien du tout ».

– et là il est avec vous ?

– Là il est là mais pas dans la même zone que nous.
Dans d’autres centres dans d’autres CRA les téléphones ils captent les caméras, les vidéos. T’as le droit d’utiliser whatsapp, parler avec tes proches nanani. ici tu peux pas. Tu peux pas. il y a pas de distributeur, on a même pas de micro-onde pour chauffer l’eau, on a rien du tout, franchement on a rien.

– et toi ils t’ont donné un vol la semaine dernière ?

– ouais, ouais.

– Et t’as pu refuser ?

– j’ai refusé ce vol, j’ai refusé. parce que moi ils ont assassiné mon père là-bas en Afrique. c’était un sous prefet. j’ai fait la guerre. Je suis arrivé ici… ça veut dire… j’ai vu son décès devant moi, ça m’a traumatisé. jusqu’à mes 17 ans j’étais un turbulent, je faisais que de la merde. et ben à cause de ça depuis mes 17 ans ils ont pris toutes mes conneries quand j’étais mineur, ils m’ont dit quoi que j’étais un trouble public, une menace publique. Alors qu’il y a des violeurs, des pointeurs ils sont là. ils violent les enfants, des petits enfants et ils sortent. eux ils sont bien vus en France, c’est ça que je comprends pas. Les violeurs ils sont bien vus, nous ils nous font passer comme des criminels. Laisse tomber, franchement, laisse tomber. c’est vraiment honteux.
C’est qu’à Lyon ils font ça, tu vas à Paris, c’est pas comme ça, à Marseille c’est pas comme ça, il y a que ici à Lyon.

– tu penses que c’est le pire CRA ici ?

– ouais c’est le pire, franchement moi je suis parti à Rennes c’était pas commme ça. Je suis parti en 2017 à Rennes c’était pas comme ça. Maintenant ici franchement, c’est le pire des pires.

– Mais toi normalement tu devais pas avoir de laisser-passer non ?

– Ouais ben ils me l’ont donné le laisser passer ! j’ai eu un vol.

– ouais ils te l’ont donné même si c’est trop la merde là bas quoi.

– ouais et ben là j’attends le JLD et puis on verra quoi qu’est-ce qui va se passer. franchement voilà c’est tout ce que j’ai à dire. et c’est bon.

– est-ce que quelqu’un d’autre veut rajouter qq chose ?

– il y a personne non, ya personne d’autre.

– merci beaucoup d’avoir partagé tout ça. on va le publier, on va l’envoyer au maximum de gens possible pour qu’ils entendent parler de comment c’est horrible là-bas.

Témoignage de L., enfermé depuis plus de 75 jours au CRA 1 de Lyon

L.: Bonjour je m’appelle L., je viens d’arriver.. Ca fait une vingtaine d’années que je suis en France, ma mère elle a la nationalité française. Je sors de prison, je me retrouve ici, ils veulent m’expulser.. J’ai pas compris, ils mélangent tout le monde, ils me traitent comme si j’étais un sans papier alors que j’ai fait mes études ici, j’ai travaillé. J’ai été jusqu’ en BEP deuxième année, voilà quoi. L’hygiène elle est pas bien, on nous parle comme des sauvages, comme des animaux. Ils te réveillent toutes les secondes, c’est sale. Les avocats essayent de rien comprendre, tu leur dis bonjour ils te mettent 30 jours, le juge : au revoir 45 jours. C’est la merde. Ils sont pas avec nous, ils sont pas compréhensifs, c’est pas ça la liberté, c’est.. c’est pas comme ça. Franchement, il faudrait faire un truc.. On a pas le droit d’avoir des tels avec des caméra, rien du tout..
Tu disais que toi c’était pas la première fois que t’étais au CRA ?
L. : J’ai été là-bas en 2017, je suis sorti. C’était pas comme ça, ils m’avaient mis une OQTF et ils m’ont sauté l’OQTF. Mais là c’est.. Quand tu sors d’ici ils te mettent l’assignation à domicile, après tu dois signer, tu dois signer, des fois c’est 40 jours et ça se trouve des fois le dernier jour que tu signes ils te ramènent encore ici [au CRA].. En fait t’es pas libre quoi.
Et en 2017, t’étais pas au CRA de Lyon ? 
L. : Nan j’étais dans l’ouest, c’était mieux déjà dans l’ouest.
Ah ouais,  qu’est-ce que tu vois comme différence avec Lyon ?
L. : Là bas les juges sont compréhensifs, ils écoutent. J’ai fait un mois là bas, ils ont vu un vice de procédure. Ca fait longtemps que je suis venu en France, j’ai pas le droit de.. je dois pas être là ici, ils m’ont libéré. Mais à Lyon, laisse tomber à Lyon, ils comprennent pas, ils s’en foutent. Ce qu’ils veulent comprendre c’est t’as le vol t’as le vol, c’est tout.
– La dernière fois tu me parlais de violences psychologiques?
L.: Ils te réveillent à 6-7 heures, ils appellent y’a une [inaudible] psychologique, après ils viennent pour le ménage alors tu dois faire le ménage. Ils mettent 4 balais pour le faire.. Même en prison t’es mieux, t’es mieux ils ont pas [inaudible] pour moi. Les gens ils pètent les plombs en plus en plein mois de Ramadan comme ça c’est pas sain.
Depuis que t’es là les équipes elles ont changées? Tu vois des différences?
L. : Franchement ils ont changés l’équipe depuis hier, il y a rien qui change. La première équipe, elle était plus cool, plus compréhensive, mais là ils viennent de Perpignan, ils veulent rien comprendre. En plus ils ont niqués des mecs. Pour cogner des gens,[inaudible] pas compréhensifs. On est là dans la merde, on mange pas, on mange des surgelés.. C’est psychologique, c’est pas sain. On a pas le droit de se faire ramener de la bouffe, rien du tout.. Moi je sors de prison même là bas c’était 5 étoiles. Je te jure j’avais tout. Là je comprend rien, les bouffes surgelées, comme j‘ai travaille en cuisine je sais c’est quoi ça. Ils mettent dans des barquettes et voilà hein..  Psychologiquement j’en peux plus moi, il faut faire un truc. [Inaudible]
Tiens mon collègue il va témoigner aussi.
Ok toi tu veux dire un dernier truc?
L. : Non j’ai rien d’autre à dire franchement. C’est pas sain, ils nous font que de la merde, psychologiquement on a plus le moral on a plus rien. Moi je suis sorti de 2 ans de prison j’ai même pas vu ma mère, ils veulent rien comprendre. Là ça va j’ai appelé le consulat pour pas qu’ils leur donne des laisser passer mais voilà, laisse tomber..
– A Lyon toi en plus tu connais personne, t’es hyper isolé non?
L : Ben oui ils ont fait exprès, je connais personne. J’ai pas de famille, j’ai personne. Moi ils m’ont dit quoi quand je suis passé au tribunal ? j’ai envoyé la quittance de loyer, j’ai envoyé les papiers de ma mère, j’ai envoyé les fiches de paie. J’ai tout envoyé, mais ils veulent pas, ils m’ont dit non. Parce que quand ils m’ont arrêté j’étais à Annemasse, ils savent pas où je dors, nanani je sais pas.
– Toi t’avais demandé une assignation à résidence chez ta mère en région parisienne et à ton JLD ils ont dit non.
L : Ma mère ouais.. Et ils m’ont dit non, ils ont dit non parce qu‘ »on vous a attrapé dans une ville à la frontière« , j’ai dit « Donc vous m’avez attrapé dans une ville à la frontière mais j’ai payé moi ma dette t’as vu. Normalement je sors, normalement vous m’accordez ça. Là ils commence à te sortir ce que t’as fait dans ta jeunesse, .. Ils sont là que pour t’enfoncer en fait, ils t’enfoncent.
A ton prochain JLD tu penses que ton avocat pourra redemander l’assignation?
L : Bah oui bah oui, sinon ma mère elle va déménager, elle va être dans le Nord. J’vais demander dans le Nord c’est mieux, comme ça il y a pas de galère. En soi j’ai pas le choix, je suis arrivé qu’avec ma mère ici moi ils ont assassiné mon père, j’étais tout petit. Ils l’ont assassiné devant mes yeux j’avais 8-9 ans et voilà ma mère m’a ramené ici. J’ai que ma mère.. J’ai que ma mère, j’ai personne d’autre moi ici. Mon pays de naissance, en Afrique Centrale, j‘y étais en 2012 ils ont voulu de m’assassiner ils m’ont empoisonné là bas, je peux pas y aller là bas moi.  C’est la guerre, tout ça. Mais ils mélangent tout là avec l’Ukraine, qu’est ce qui se passe, ils veulent expulser tout le monde mais je comprends plus rien. Je comprends plus rien.. Alors que tu vois l’équipe de France il y a que des noirs, tu... Vas comprendre. Il y a des noirs, des algériens, des marocains, des mélangés. En fait j’sais pas je comprend rien c’est un pays de facho. C’est devenu facho ici. Ils comprennent plus ils sont là « Bonjour » et ils te mettent 30 jours. Ils nous traitent comme des animaux.. Eh vas y c’est trop.. Franchement c’est trop. C’est des trucs tu pètes les plombs, tu sors dehors tu deviens fou. En fait il faut être fort mentalement, si t’es pas fort c’est mort. Wallah c’est mort si t’es pas fort. Je vous passe mon collège après au pire vous me reprenez.
–  Merci beaucoup
L : Ouais c’est normal, c’est normal et merci vous aussi parce que vous êtes compréhensifs. On est à l’abandon ici franchement. Je vous passe mon collègue.

Témoignage de J., enfermé depuis plus de 30 jours au CRA 1 de Lyon

J. : Oui bonjour, ça va? 
– Salut ça va et toi?
J. : Non ça va pas, ça fait un mois ils nous traitent comme des chiens. Vous imaginez pas comment c’est la vie dedans. Par terre c’est sale, on a pas de couverture, les draps ils sont sales, il y a pas de nourriture.. C’est vraiment la merde, vous imaginez pas on vit comment ici. On a des enfants, on a des vies dehors, on a des familles, on a tout. A la fin ils ont [inaudible], ils nous traitent comme des chiens. Moi j’ai fait 1 an de prison à la fin je me trouve là.. 11 mois de prison après je finis là. On a des enfants, on a des familles, on a des maisons, on a des hébergements on a tout, mais ils veulent pas [faire d’assignations à résidence?].. Je dis à mon avocat [inaudible] j’suis encore là. C’est horrible, horrible. C’est vraiment horrible.  Chaque jour on est en train de souffrir
Ça fait combien de temps toi que t’es au CRA?
J. : Un mois, mais je peux plus. Je dors pas la nuit, je pense qu’à ma famille, je pense qu’à mes enfants. Mais vraiment c’est.. J’ai jamais [inaudible] Même en prison, c’était des vacances pour moi. Ça a rien à voir. De nourriture.. De nourriture on a pas, imaginez.. On a pas de nourriture. Nous ça va un peu on a nos familles, ils viennent nous voir des fois en parloir et tout. Mais il y a des gens vraiment ils ont pas de famille ils ont rien du tout. [inaudible]
– Tu dis ça parce qu‘aux visites ils peuvent faire passer de la bouffe aussi?
J. : La bouffe ils nous donnent de la merde. Une madeleine, et ils nous donnent quoi encore? On a le droit de rentrer par parloir trois paquets de gâteaux, et trois litres de jus ou de soda. On a pas le droit de rentrer plus. Ca veut dire moi j’habite à plus de 100km d’ici, ma famille ils viennent me voir ici pour 20 minutes, en plus ils peuvent pas poser ce qu’ils veulent. Une heure et demi de route pour poser 2 paquets de gâteaux et 2 litres de coca? C’est pour ça et t’sais ils font ça parce qu’ici il y a personne qui vient nous voir. Dedans il y a pas de caméra, ya pas de téléphone. Tu peux pas montrer à l’extérieur comment on vit ici. Ici, à l’extérieur, ils vont voir ce qu’il se passe dans les centres et tout, ils vont vrillé les gens. Jamais ils vont rentrer une caméra ici. [inaudible]
C’est grave, c’est la misère, c’est vraiment la misère. Après j’sais on parle pour rien du tout, ça va rien changer, ça va rien changer mais juste on parle. 
On essaie..
J. : Ouais mais avec ces lois, avec ces racistes là comment ça peut changer? Rien du tout. J’ai des enfants, j’ai une maison à mon nom et mon prénom, j’ai tout et à la fin je me trouve en centre de rétention? Pour quoi? Des petites conneries c’est pas grave, on est pas des terroristes ou.. C’était des petites choses, on a payé on a passé la prison et à la fin on se retrouve ici encore. Tu paies en trois fois. 
On est désolé et on essaie de diffuser pour que les gens en prennent conscience.
J. : Après les gens le savent, tout le monde sait. Tout le monde sait que c’est de la merde. Après frère ils peuvent rien faire. Ils ont pas BFMTV dit wAllah ils ont [inaudible] et tout frère. [BFM] ils sont en train de parler que de nous, que des étrangers, que des trucs comme ça, voilà. C’est grave. Moi depuis 2017 je suis en France, c’était pas comme ça. 2017,2018, 2019 rien, après ça a commencé à être la merde. 2020 ça a commencé à tout changer, oh c’est grave putain. 
– Toi t’as déjà été au CRA?
J. : C’est la première fois, j’étais en prison, j’ai fait des conneries, j’ai fait un an de prison, après je suis sorti de prison, j’ai mon avocate privée, j’ai tout et je me retrouve là. Direct transfert au CRA [en sortant], il y a ma famille devant, il y a tout, il y a la p’tite et la nourrice. Direct prison [CRA], ils ferment la porte et il y a les gendarmes ils vont me ramener là [inaudible]
Et ils ont pas accepté l’assignation à résidence avec ta femme et tes enfants ?
J. : Oui, mais ça c’est risqué. Si je leur donne mon passeport c’est trop risqué. Là ils nous prennent pour des cons ils nous disent ramenez vos passeport et tout, après si je ramène mon passeport, je me retrouve au pays direct. C’est pour ça moi j’ai pas confiance, c’est trop risqué. Avec ces lois là..  Après on a pas le choix, on est là.
C’est bon ça suffit? Vous voulez autre chose?
–  Tout ce que tu veux dire tu peux le dire
J. : On peut parler d’un autre sujet. Là on dort pas bien, on dort pas bien. Moi ça fait bientôt 13 mois que j’ai pas profité de ma fille, je suis en train de souffrir, ça fait 13 mois, je suis en train de souffrir et personne comprend. C’est vraiment grave. Là ils nous traitent comme des chiens, tu fais tout ce qu’ils veulent, comme ils veulent

Témoignage de M. enfermé à plusieurs reprises en CRA

Nous publions le témoignage de M. enfermé à deux reprises en CRA.
TW: violence physique – violences policières
A. : Est-ce que tu veux nous raconter ton parcours et comment tu es arrivé au CRA ?
M. : Oui. En fait moi je suis né en Guinée. J’ai quitté mon pays à 14 ans avec mon oncle. Ma mère est tombée malade, elle est partie dans son village natal et du coup je partais plus à l’école. Je me débrouillais en faisant de la mécanique avec mon oncle, il faisait aussi du commerce. On partait dans les pays à coté, au  Mali, au Sénégal, pour acheter des trucs. A la fin, j’étais tout gamin, il a décidé de nous faire sortir, moi je savais pas. Je l’ai suivi parce que c’était mon oncle. Il m’a dit, viens on va bouger. Je suis parti avec lui, il m’a dit on va aller acheter des affaires, des objets. Je l’ai suivi, on est passés par le Mali, après on est passés par le Niger et on est rentrés en Algérie. Mais avant tout ça sur le parcours, on a été condamné, on a vu les Touaregs comme on les appelle. Ils ont frappé mon oncle, ils l’ont torturé et il a payé. Même moi, ils m’ont un petit peu frappé vite fait. Mais comme, j’étais jeune ils m’ont laissé un petit peu. Il a payé les passeurs jusqu’à ce qu’on rentre au Maroc. Au Maroc, je lui demandais ce qu’il se passait, je savais pas où on allait. Il m’a dit qu’on allait aller en Europe pour que j’aie une vie stable, que je puisse aller à l’école, étudier et jouer au foot. J’ai dit, je sais pas, je veux retourner chez moi. Mais bon, on était dans un centre où ils font passer les gens, on était enfermés, on pouvait pas sortir de là-bas. Et moi je pouvais pas faire la route pour retourner chez moi, j’avais 14 ans. Du coup, je suis resté.  Un jour, une voiture noire est arrivée, ils nous ont mis dans la voiture et ils nous ont envoyé vers la mer. On est sortis, je vois la mer, j’ai peur, je vois les vagues et tout. J’ai dit, je monterai pas dans le zodiac. Les passeurs de là-bas, ils ont sorti des kalachnikovs, ils m’ont dit soit tu montes , soit on te tue. Mon oncle il était déjà dans le bateau. Il a dit viens vite, les flics arrivent, sinon on va te faire je sais pas quoi. J’étais obligé de monter dans le bateau, dans le zodiac. On était plus de je sais pas combien j’ai oublié. Et je suis monté. On a fait 11h-12h sur la mer. La Croix Rouge et les secours espagnols nous ont récupéré.es. Il y a eu un hélicoptère car a un moment on s’est perdu.e.s. Ils ont appelé les secours en Espagne, en Allemagne,  ils sont sortis nous chercher jusqu’à ce qu’ils nous retrouvent. Quand je suis arrivé en Espagne, ils m’ont tout de suite envoyé dans un centre pour mineur.e.s. Ils ont séparé les majeur.es d’un côté et les mineur.e.s de l’autre. Ils m’ont séparé de mon oncle, je l’ai pas revu. Ils m’ont envoyé à Bilbao. Quand j’étais à Bilbao, j’étais dans un centre pour mineur.e.s. Comme je parlais un peu français, j’ai décidé de venir en France. Avec le collègue avec qui j’étais dans le centre, on a pris la route, on est passés par Gérone , Bayonne. A Bayonne, on est restés dehors, il faisait froid. On a pris le train et on est arrivés à Paris. A Paris, je savais pas me repérer. J’ai dormi dehors et je savais rien de ce qu’il se passait. J’ai décidé de prendre le train pour être au chaud et j’ai atteri à Grenoble et de Grenoble je suis sorti à la gare et j’ai vu les flics qui m’ont expliqué un petit peu et ils m’ont montré le département pour les jeunes et je suis allé là bas et j’ai été reconnu en tant que mineur. Et y a un monsieur qui s’appelle… je vais pas dire, mais il s’est occupé vraiment de moi. J’ai passé le diplôme en langue française et j’ai eu le diplôme et du coup j’ai décidé de faire une formation en mécanique en aviation. J’ai pas trouvé d’école du coup ils m’ont affecté dans une école à Annecy en carrosserie. J’étais dans l’école, j’ai passé 2 ans en CAP, j’ai eu mon diplôme et quand j’ai fini j’ai pas trouvé de travail en carrosserie à Annecy. Du coup je suis allé à la Mission locale et là en gros ils se sont occupés de moi, ils m’ont trouvé un travail en tant que serveur. J’étais serveur là bas en CDI, j’ai travaillé pendant 4 mois, 5 mois je crois. D’un coup après à la sortie du travail, je rentrais chez moi, je me suis posé avec des collègues un petit peu et on a picolé et c’est parti en couilles, on s’est bagarrés. Les flics sont arrivés et tout de suite c’était… j’avais 19 ans, 20 ans… et tout de suite ils m’ont envoyé au tribunal. Comme j’avais un CDI ils ont pas pu me mettre en prison pour ça. Alors que c’était juste une petite bagarre, ils m’ont mis 8 mois de sursis. Là tout de suite après ça, j’ai fait juste un petit délit et ils m’ont condamné direct, ils m’ont mis en prison alors que j’avais un récepissé, demande de titre de séjour mais travailleur. J’avais un titre de séjour étudiant on va dire. Depuis 2022, ils entendaient pas parler de moi et du coup en 2024… moi je savais même pas que j’étais condamné à aller en prison… je vais à la préfecture et ils me disent que je suis en OQTF, comment ça OQTF? Ils me disent « ouais vous avez été condamné, on vous a enlevé les papiers, on peut pas renouveller donc OQTF ». Ils m’ont attrapé et ils m’ont mis en prison en 2024 là et je suis sorti parce qu’en fait j’ai ma famille en France, j’ai mes frères ici, je les ai retrouvés en France. J’ai 3 frères et une soeur. J’ai un grand frère lui, il a la nationalité française, y a l’autre il a un titre de séjour et y a l’autre aussi il a un titre de séjour. Et je suis sorti, ils m’ont assigné à résidence chez mon frère. Et là bas je me suis disputé avec mon grand frère et ils l’ont obligé à porter plainte et mon frère, il voulait pas porter plainte, la vie de moi, il était en mode c’est mon petit frère je vais pas porter plainte contre lui. Et de là bas, d’un coup je me suis retrouvé au CRA, alors que j’avais une assignation à résidence que je respectais, j’allais signer et tout et tout de suite ils ont annulé tout et mes papiers, j’ai essayé de renouveller, renouveller mais j’ai l’interdiction d’aller en administratif pour renouveller mes papiers. Et de là bas, ben je me suis retrouvé ici, au CRA. Et au CRA premier jour quand je suis rentré ils m’ont fait dormir dans une cellule en isolement, alors que moi je me suis dit, si je suis au CRA c’est pour être ramené chez moi ou être en sécurité. Ils m’ont mis à l’isolement, y avait pas le chauffage, y avait rien du tout, je suis resté dans le froid. Le lendemain ils m’ont envoyé dans une cellule sans télé, j’ai dit « comment, c’est quoi ce truc? ». En fait c’est pire que la prison, ils nous font manger des trucs pas possible qui sont périmés, les dates sont périmées. Moi j’ai fait l’école, je sais comment faire tous les trucs et tout. Et après ils m’ont changé de bloc ils m’ont envoyé dans un autre bloc. J’ai demandé ce qu’il se passe, je leur ai expliqué, ils ont rien compris, ils veulent rien savoir. Et là ils me font me réveiller le matin pour le petit-dej, mais le petit déj en fait quand ils arrivent ils ont pas le temps. Ils appellent « petit-dej ? » et en gros si tu bouges pas ils ferment. Même si tu fais grève de faim ou même si toi t’as envie de manger ils t’obligent à faire la grève de la faim. Et en gros moi j’appelle ça de la maltraitance. On a pas de droits. Y a des gens ici qui disent qu’ils nous aident mais c’est pas une aide pour nous. Après je suis passé au tribunal administratif et eux aussi ils ont confirmé les 26 jours, pour que je reste ici au CRA, pour me ramener chez moi. Et chez moi en ce moment ils peuvent pas me renvoyer parce que la Guinée donne pas de laisser-passer, parce que moi je suis Guinéen. Et normalement quand on est au CRA, c’est pour nous renvoyer chez nous. Ils m’ont privé de ma liberté pendant 90 jours, parce que pendant 90 jours j’étais assigné à résidence et la préfecture faisait son boulot pour me ramener mais ils ont pas pu. Et là ils me ramènent au CRA alors que j’ai une adresse, j’ai une attestation d’hébergement, j’ai les fiches de paie, j’ai mes fiches de paie à moi, j’ai toutes les affaires de mes parents et tout, je leur ai tout envoyé. Je suis passé en appel et cet appel aussi ils ont décidé de mettre 26 jours plus les 4 jours que j’ai fait avant de passer au tribunal, ça fait 30 jours en fait. Et là ça fait 9 jours que je suis là et je comprends pas ce qu’il se passe dans ma vie. Normalement je devrais passer au tribunal pour être libéré avec une assignation à résidence mais ils me disent quoi « monsieur on est désolés, on va renouveler ». Et voilà encore 3 mois, 90 jours. 
A. : Quand tu dis y a des gens qui vous aident à l’intérieur du CRA, tu parles de forum réfugiés? 
M. : Ouais je parle de forum réfugiés. Mais forum réfugiés aussi… je sais pas si c’est vraiment pour nous aider… si on leur demande ils peuvent pas nous expliquer comment on fait. Ils nous demandent des pièces. Ils m’ont demandé ma confirmation à la préfecture, j’ai envoyé ça, j’ai envoyé mon acte de naissance, j’ai envoyé tout ce qu’ils m’ont demandé en gros pour que je puisse prouver que j’ai eu un titre de séjour en France, que j’ai été arrêté. C’est juste que j’ai fait des trucs qui m’ont enlevé ma pièce d’identité alors qu’on va dire que j’ai risqué ma vie pour être ici, pour pouvoir vivre une meilleure vie, fonder une famille et rester dans la société, payer des impôts et tout. Et là j’ai pas de droits, ils m’ont couper mes droits. Normalement la mission locale jeunes ils me donnaient de l’argent, ils m’ont coupé tout ça. Et là j‘en sais rien, je suis enfermé, j’attends, j’attends. C’est pire que la prison en fait. Là ils m’ont coupé mes droits ils m’ont coupé tout, normalement la Mission Locale Jeunes ils me donnaient de l’argent ils ont coupé tout ça, et du coup j’en sais rien en fait bah je suis là j’attends j’attends j’attends en gros je suis enfermé et c’est pire que la prison en fait voilà moi je dis c’est pire que la prison parce que ils font péter des câbles aux gens, même si t’as mal à la tête tu peux pas aller à l’infirmerie, il faut attendre pendant je sais pas combien de temps pour qu’ils viennent te chercher et ils te disent c’est pas toi qui décide c’est nous qui décidons et je dis ouais monsieur c’est parce que vous avez l’autorité je sais que c’est vous qui décidez mais si j’ai mal j’ai envie de voir un médecin et j’ai le droit de voir un médecin j’ai le droit de voir ça mais en fait voilà et quand eux ils veulent tu le vois si ils veulent pas tu vas pas le voir et je demande à voir un psy [problème de son]. Parce qu’en fait j’suis là je te jure que en fait euh en fait on dirait je me sens un peu fou on va dire j’ai perdu l’espoir j’ai plus d’espoir j’ai mal à la tête je commence à parler tout seul et ils me matrixent vraiment et même quand on est dans la salle en train de manger alors que c’est fermé ils sont là ils nous regardent ils nous chab et tout et en fait ils nous mettent la pression tu vois même si on veut pas faire des conneries ils t’obligent à faire des conneries tu vois et après entre eux ils rigolent, ils rigolent sur nous voilà c’est ça.
A. : Ouais c’est ce que tu me disais la dernière fois qu’ils essayent de vous faire vriller pour faire des problèmes.
M. : Ouais 
A. : Et euh on est pas obligés d’en parler mais si t’as envie enfin la dernière fois qu’on avait parlé au tel tu m’avais parlé des médicaments, est-ce que t’as envie d’en parler ou pas ? On est pas obligés hein.
M. : Ouais euh j’ai pas compris tu peux répéter.
A. : Ouais euh tu me parlais que la dernière fois tu m’avais dit que ils vous donnaient des médicaments genre des anxiolytiques et tout et que toi t’en prenais pas avant de venir au CRA mais que maintenant ils t’en donnent ?
[problème de son, question répétée]
M. : Ouais ouais ouais ouais voilà ouais voilà oui oui oui bien sûr bien sûr ils m’ont donné des médicaments et j’ai demandé c’est quoi ces médicaments et eux mêmes ils peuvent pas nous expliquer c’est quoi le médicament et quand tu leur demandes ils disent ah c’est pour que tu dormes ou pour que je sais pas quoi alors que moi ces médicaments ils nous obligent à les prendre, et moi ça me dégrade, ça me dégrade parce que moi de base, je prends pas de médicaments moi, dehors je fume pas de stups et tout moi j’ai rien à foutre de tout ça, tu vois je buvais que l’alcool vite fait et je fumais juste des cigarettes pendant les soirées, je buvais l’alcool et tout mais euh ils nous donnent des médicaments eux-mêmes, ils nous disent pas c’est quoi, ils disent juste prends et bah je me sens bizarre, j’ai perdu du poids, j’ai je sais pas j’ai des hallucinations, je me vois deux on dirait y a deux personnes dans ma tête qui me disent bah suicide toi, suicide toi ou fais ça fais ça et je sais pas en fait je sais pas ce qui m’arrive.
[problème de son, question répétée]
A : Tu disais que t’étais enfin, que vous étiez obligés de les prendre les médicaments ? 
M. : Ah oui oui ils t’obligent ils t’obligent à les prendre ou ils te convainquent que ça va t’enlever du stress où je sais pas quoi, pour que tu les prennes tu vois comment? Voilà c’est ça. Alors que moi dans mon truc, moi j’ai pas de trucs de psy ou je sais pas quoi, moi j’ai pas ça. Ici ça me rappelle des moments quand j’étais tout petit. Parce qu’en gros quand je suis arrivé en France, j’avais 15 ans et demi. Du coup bah même chez moi, là où ils veulent m’envoyer, je reconnais plus parce que j’ai quitté quand j’étais jeune. J’ai plus de famille là bas, ma mère elle est morte et mon père, je sais plus où il est. Moi je connais même pas bien, je connais juste là où j’ai grandi un petit peu mais si je retourne vers là bas je vais aller où? Et mes affaires même, ils me laissent même pas avoir mes affaires, c’est vous que j’appelle pour avoir quelques trucs, pour que je puisse avoir quelques habits… Ici ils me donnent pas un truc chaud, rien du tout. Et j’ai des collègues qui me dépannent quelques trucs chauds
A : Quand ils t’ont arrêté t’étais en t-shirt et depuis t’as pas eu de pull, c’est ça que tu disais? 
M : Ouais ils m’ont arrêté en bas de chez moi, en bas de chez mon grand frère, là où j’étais assigné. J’étais en t-shirt, j’avais mon téléphone là bas, j’avais ma veste, j’avais toutes mes affaires et je voulais prendre et c’est juste à côté normalement j‘devais aller prendre mes habits, mes trucs. Et ils veulent me ramener chez moi et ça fait je sais pas combien d’années que j’habite ici en France et avec un complet de nuit que j’ai là bas pour dormir en gros… Pendant toutes ces années… Et comme ça renvoyé voilà… Et moi je vais me retrouver là-bas, je sais même pas où aller, je sais même pas quoi faire. Ils veulent niquer ma vie en fait, moi je le vois comme ça.
A : Est ce que ça te va si on arrête le témoignage ici juste pour qu’on arrête d’enregistrer mais on peut continuer à parler ?
M : Ouais on peut arrêter tout de suite l’enregistrement…
(Certains lieux ont été modifiés.)

Témoignage de Y.

Nous diffusons ce témoignage de Y. détenu en CRA qui a été déporté depuis.

Ce témoignage a été fait en novembre en Russe et il s’agit d’une traduction. Malheureusement, nous avons perdu quelques passages entre la mauvaise qualité de l’appel et certains moments que nous n’avons pas su traduire.

Le début de la discussion manque.
Y : Ils m’ont mis avec d’autres gens qui m’ont attaqué, qui me forcent à acheter de la cocaïne. Ici, ils vendent partout de la cocaïne de la marijuana. J’ ai écrit une plainte, ils l’ont pris et n’ont rien fait de plus.
Je ne vois personne, ne rencontre personne, personne ne me parle. Il y en a un qui est venu me voir.
Je lui demande: tu peux écrire ça au directeur? il dit non. Tu peux écrire aux droits humains? Non.
Sans tramadol je peux pas, ça fait 7 jours que j’ai pas mangé parce que je peux pas aller aux toilettes parce que la douleur me rend fou. J’ai dit, demandez à mon médecin.
Ils sont venus hier et ils ont pris ma tension, ça ne va pas mais ils ont dit qu’ils ne peuvent rien faire de plus. Ils attendent que je meure. Parce que je suis un mauvais témoin: je leur dis qu’ils vendent de la drogue partout ici et ils font rien de plus. Ils cachent tout. Mon médecin leur a écrit que je suis malade et ils cachent tout.
Le médecin a écrit que je suis malade, que j’ai besoin de médicaments. J’ai tellement mal.
Je suis juste un cadavre. Ici, je suis un cadavre qui marche, c’est tout.
L : Je suis vraiment désolée pour vous, je vous soutiens… Est-ce que les médecins vous ont donné d’autre médicaments ? Ils disent qu’ils vous ont donné un générique, c’est-à-dire le même médicament mais d’une autre marque. Est-ce que c’est ça ?
Y : Je suis invalide, avant, je prenais du tramadol et ça m’aidait. J’ai des douleurs à la tête, du bruit dans l’oreille. Si on me frappe à le tête je ne le sens pas parce que la douleur est déjà tellement grande. Ils m’ont dit de boire ça j’ai dit d’accord je vais boire ce qu’ils proposent. Mais en fait la seule chose que ça me fait c’est que j’ai envie de dormir, c’est juste un somnifère ce qu’ils me donnent. Mais je peux quand même pas dormir tellement j’ai mal. Je bois ce médicaments qu’ils me donnent, mais ça fait rien. Je leur dis j’ai le nez qui saigne et, eux, tout ce qu’ils font c’est mesurer ma tension puis ils s’en vont. Ils se moquent de moi !
Je leur ai dit, écrivez à mon médecin il vous dira c’est le seul médicament qui m’aide au moins un peu. Je leur ai écrit une plainte : donnez moi le seul médicament qui m’aide ou relâchez moi. Je leur ai écrit qu’on m’a empêché de dormir toute la nuit et on a essayé de me forcer à acheter de la cocaïne. J’ai signé la feuille qui dit que je vais collaborer. Ils me donnent pas de tramadol ils veulent que j’achète de la cocaïne. Ils attendent que je meure.
J’ai une vidéo où on me menace de mort j’ai demandé à un procureur de venir voir cette vidéo et rien ils font rien. Je veux parler à un procureur, à une personne qui me poserait des questions. Je veux répondre, il y a une personne qui voulait me tuer et ici tout se vend.

Continuer la lecture de « Témoignage de Y. »