Lettres d’Andrei, détenu russe au 2ème CRA de Lyon

Andrei,  prisonnier au Centre de Rétention de Lyon depuis plus de 60 jours, témoigne de sa situation à travers ces lettres envoyées au Préfet, à deux consulats et aux journalistes. Sont ici publiées les traductions de l’anglais et du russe au français. Les liens vers les originaux sont en bas de page.


Lettre au Préfet :

Bonjour réspecté Monsieur ou Madame le ou la Préfet.
Mes excuses, mais je vais vous écrire en langue Russe pour une meilleure compréhension, pour mieux exprimer mes idées.
Donc :

Bonjour, Monsieur le Préfet.

Je m’appelle Andrei Gurov, je suis né le 9 juin 1975 en Russie, en URSS.

En ce moment, comme vous le savez,  je suis dans le centre de déportation de Lyon St Exupery. À votre demande, parce que j’ai purgé ma peine dans la prison de Bourg en Bresse.

Vous exigez mon renvoi immédiat du pays, et je suis entièrement d’accord. Je comprends parfaitement que j’ai transgressé la loi française en utilisant gratuitement le transport ferroviaire à de nombreuses reprises. En fait, j’ai été mis en prison pour ça, mais.

Tout d’abord, vous dites au tribunal que je suis illégalement sur le territoire de la France, je suis d’accord, mais je n’ai pas traversé les frontières de la France, et encore moins prévu de venir ici. Vous ignorez que j’ai été arrêté en Suisse par vos autorités, c’est-à-dire la douane de la France, et pas par les Suisses, le 4 octobre 2021. A ce moment-là, mon passeport était expiré de 4 jours, mon passeport expirait le 1 octobre 2021.

Et je n’ai pas en aucune façon traversé les frontières françaises, je ne pouvais pas entrer sur le territoire du pays n’en ayant pas le droit.

En outre, vos autorités m’ont arrêté à Genève sur le sol suisse avec mon chien et ils m’ont emmené sur le territoire français illégalement car, comme je l’ai déclaré plus tôt, mon passeport était déjà expiré.

Tout d’abord, j’étais sur le territoire suisse pour demander l’asile politique là-bas mais pas en France. Parce que je connaissais parfaitement la contradiction et l’absurdité de la législation française. La Suisse n’est pas un État européen, où la plupart des fonctionnaires ont peur de se salir les manches lorsqu’ils ont devant eux une foule de gens qui sont dans la boue toute leur vie, contrairement même à votre France, ils respectent les droits des hommes et ne m’ont pas craché au visage. Mais je reviens au commencement. Je ne m’installe pas en France pour une autre raison, une raison plus fondamentale pour moi.

Le chien avec lequel j’ai été arrêté de la race Rottweiler. Et en France, une permission spéciale est nécessaire pour lui. Une fois j’ai eu l’occasion d’assister à une arrestation illégal, et ils ont été arrêté seulement à cause de cette race de chien. Je n’ai jamais traversé la frontière de votre territoire avec mon chien.

Et la police agit sans impunité, pas tous, bien sûr, mais certains d’entre eux le sont,  et vos agents là-bas le peuvent. Et vos services ont violé la loi en m’arrêtant en Suisse sans en informer les autorités locales et quand je me suis senti obligé d’appeler la police locale ils m’ont ri au nez. Et j’ai été emmené de force à bord d’un train le 4 octobre 2021 avec un chien, illégalement à travers la frontière française avec un passeport expiré. Ils m’ont jeté en prison sans que je puisse demander l’aide d’un avocat.

J’aimerais rappeler la responsabilité de déclarer qu’aucun accord international que Mme la Justice a essayé d’invoquer devant la Cour d’appel le 18 mars 2022 ne permet le transport de personnes sans un document valide pour traverser la frontière. Si c’est permis, alors qu’attendez-vous de l’ambassade roumaine et pourquoi ne m’avez pas encore expulsé, quel est le problème ? Le problème vient de mes DOCUMENTS !! Et bien ce n’est pas moi qui est enfreint la loi en traversant le territoire français illégalement mais c’est vos autorités françaises qui l’ont enfreint.

Et qu’en est-il de la Border Crossing Act, et de vos employés français, ils ont dû en informer les autorités suisses. Mais ils se sont moqué d’eux, et je m’excuse d’être franc, parce qu’il n’y a pas d’autre façon de d’écrire ce qu’ils ont fait.

Maintenant, le principal problème sur lequel j’ai une réclamation :

J’avais avec moi le chien Rottweiler comme j’ai déjà eu la chance de le dire un peu plus tôt dans cette lettre. En ce moment, le chien est à Oyonnax.

Je dois vous demander, où était mon chien du 4, date de mon arrestation, jusqu’au 15 ? ce qui était avec elle et pour quels motifs? J’ai reçu une lettre de la gendarmerie indiquant que mon chien y avait été placé le 5 octobre, et non le 15, et seulement pour la durée d’emprisonnement

Mon chien a été conduit de force avec moi et je n’ai pas eu le choix. En fait, vous vous préparez à me déporter aujourd’hui et je suis d’accord. Je souhaite quitter le pays dans lequel le très beau peuple vit et mais aussi le gouvernement le plus sale et le pouvoir des hommes !!! Je n’ai pas et ne veux pas avoir quoi que ce soit à faire avec vous, ce n’est pas moi qui suis venu chez vous.

Vu dans la situation dans laquelle je me trouvais, je devais me tourner vers OFPRA pour la demande d’asile. J’ai été forcé de faire comme Votre Seigneurie tente de me chasser non seulement du pays, mais aussi de me fermer l’espace Schengen dans lequel vivent mes enfants, qui sont encore mineurs. Et les autorités roumaines, même si elles m’ont donné permis de séjour temporaire. En fait, ils ne sont pas en mesure de me protéger ou mes enfants, au contraire, ils sont trempés jusqu’à l’os avec la corruption. Mais cela est totalement confidentiel et je ne compte pas le dire ici, je l’ai simplement mentionné dans cette lettre car je me suis tournée vers OFPRA. Pas pour être libéré du centre de déportation, mais le centre, à votre avis, ou vos conseillers sur la situation ? C’est pourquoi je voulais demander l’asile en Suisse, pas ici. Mais vous avec vos décisions, qui n’ont pas étudié attentivement ma situation, me mettent devant les faits accomplis des accords de Dublin, qui me prive de demander l’asile en suisse.

Je veux quitter la France le plus vite possible, mais seulement avec les membres de ma famille, qui m’ont été enlevés un moment donné, mon chien. Ce n’est pas un chien, mais un membre de la famille tout aussi respecté. Je refuserai tous les tests PCR et les avions sans lui. Mais avec mon chien je quitterai le pays immédiatement. C’est la chose la plus importante que je vais vous transmettre avec cette lettre, rendez-moi mon membre de ma famille, ou bien je renonce à ma LIBERTE de façon responsable !!!

La décision vous appartient. Respectueusement, Andrei Gurov.


Lettre aux rédactions :

Respecté rédacteur !
Mon nom est Andrei Gurov. Je suis Russe mais sous protection subsidiaire en Roumanie depuis le 04.09.2004. J’envoie deux lettres : une que j’adresse au Consulat Suisse et où j’explique ce qui est arrivé au jour du 04 octobre 2021 sur le territoire Suisse, et la seconde, un rejet de l’OFPRA que j’ai eu ici, au Centre de Rétention Administrative à Lyon Saint-Exupéry.
S’il vous plait, lisez-les et vous comprendrez clairement ma situation et comment les autorités françaises se portent au-dessus de la loi, la brisent, dissimulent des actions illégales tandis que la justice ferme les yeux.
Pour faire court ! J’ai été kidnappé en Suisse dans la ville de Genève le 4 octobre 2021 avec mon chien, par la douane française, et illégalement transféré en France alors que mon passeport avait expiré. Mon chien m’a été retiré. Je voulais demander la protection de la Convention de Genève de 1958 en Suisse mais la douane française m’a kidnappé et je n’ai pas eu d’autre choix que de demander l’asile ici en France.
Si vous lisez ces deux lettres, vous aurez une meilleure compréhension de la situation qu’avec ce que j’écris sur ce présent papier.
Actuellement je suis au Centre de Rétention : S.P.A.F CRA. St.Exupéry B.P.106.
J’étais à la prison « Bourg-en-Bresse » du 05.10.2021 au 14.02.2022, puis ils m’ont transféré ici. Je n’étais en prison que pour avoir voyagé plusieurs fois sans billet de train, mais ils m’ont considéré comme un assassin ou un vendeur de drogue. Ils essaient de voler mon chien, un Rottweiler. Le chien est présentement à la SPA d’Oyonnax et ce centre pour animaux cherche à récupérer illégalement la propriété de mon chien.
J’ai été arrêté illegalement dès le début et mon chien et moi, on a été transférés illégalement en France. Je n’ai personne ici. Seulement quelques personnes qui veulent m’aider et les personnes dans la même situation que moi, mais personne le pouvoir d’agir comme vous !
S’il vous plaît, lisez ces lettres et aidez moi comme vous pouvez. Je vous donne le droit d’utiliser ma situation, de la rendre publique. L’Audience avec l’O.F.P.R.A peut être publiée, je vous en donne les droits.
Aussi, j’ai écris une lettre au Consulat Mauricien mais ils ont rejeté ma demande car ils n’ont pas le droit de décider.
Donc, vous avez trois lettres, s’il vous plaît lisez les et aidez-moi comme vous le pouvez.
Je vais prier pour ça.
Avec tous mes respects, Andrei Gurov
21.03.2022

Lettre au consulat suisse :

Bonjour respecté Monsieur l’Ambassadeur.
Mon nom est Andrei Gurov, né en Russie le 09 juin 1975. Je vous écris cette lettre pour exprimer la détresse et l’injustice auxquelles je fais face depuis le 04.10.2021. À cette date j’étais dans la ville de Genève, attendant mon ami qui est le Directeur du « Star Ballet Russe », et l’avocat Philippe Bogard concernant ma demande d’asile à Genève.
   Après cela, autour de 16h50 (+ ou -), un homme marche vers moi. Il est de la Douane française (P.A.F) et commence à parler de mon chien. Il me demande si je suis au courant des règles concernant les Rottweiler dans le Canton de Genève ? Je réponds oui, je connais les règles mais je suis seulement en transit à Genève et à Bern cette race n’est pas interdite, et mon chien avait un masque. Et il fait partie de la famille et il participe souvent dans les spectacles de chiens. Il a même été deux fois vainqueur « Champion d’Europe » et champion absolu d’Italie. J’ai dit à ce monsieur que mon chien a tous les documents nécessaires au voyage et lui ai demandé comment il pouvait avoir le droit de contrôler nos documents alors que j’étais en Suisse et qu’il est de la Douane française. Je lui ai aussi expliqué que ce chien est absolument légal à Bern, ma destination.
   L’officer de la Douane Française s’est énervé et m’a demandé mon identité et je lui ai donné mes documents de voyage. Je lui ai expliqué que mon passeport venait d’expirer le 01 octobre, donc je n’ai pas de documents pour moi, mais mon chien en a.
   Alors, il a pris mon passeport et m’a demandé de le suivre dans ses bureaux. Quand nous sommes arrivés là-bas, il a réalisé une copie de mon ID, et a passé un appel, et il est revenu à moi et m’a dit de lui montrer mes mains. Il m’a immédiatement passé les menottes et m’a dit que dès maintenant je suis arrêté car j’ai été contrôlé par la douane française et je n’avais pas mon billet.
   Je lui ai tout de suite demandé d’appeler la police suisse car je n’étais pas sur le territoire français (la gare de Genève). Il a rigolé, puis refusé de me permettre d’appeler la police suisse, et m’a forcé à entrer dans un train avec mon chien et mes baggages. Il m’a dit que la Douane frnnçaise a plus de pouvoir que la police suisse, qui n’est rien.
   À la gare suivante nous étions déjà en France et un de ses collègues nous attendait quand nous sommes arrivés là. Après, ils ont rédigé un rapport rempli de fausses informations, que je voyageais avec un passeport expiré et que j’ai passé la frontière illégalement. Ils m’ont forcés à venir ici illégalement mais ont écrit que c’était moi qui était venu. Ils m’ont arrêté à Genève et amené par eux en France. Donc, j’ai été kidnappé. Après ça, ils ont appelé la police (celle française) et m’ont envoyé avec eux dans une autre ville. Moi et mon chien sommes arrivés à la Gendarmerie et après ils m’ont pris de force mon chien, et le jour suivant j’étais transféré à la prison de Bourg-en-Bresse.
   Je ne savais pas que voyager plusieurs fois sans billet était jugé en France pour 6 mois de prison. C’est pour cette raison qu’ils m’ont mis en prison et mis mon chien dans un centre spécial pour animaux à Oyonnax pendant la durée de ma détention. Je suis sorti de la prison le 14.02.2022 (après 4 mois). Maintenant, je suis au Centre de Rétention comme le Préfet considère que j’ai illégalement traversé la frontière ce qui est complètement faux, et refuse de me rendre mon chien. Ils ont dit que mon chien n’est plus ma propriété comme ils n’ont pas dit au tribunal que mon chien et moi avons été kidnappés à Genève. Le juge a statué que, sachant que mon passeport est expiré et que je n’ai pas de logement en France, ils vont me garder en rétention jusqu’à ma déportation. Ils ne veulent pas entendre que je n’ai pas voulu venir en France mais souhaitait demander l’asile en suisse, mais que cette situation ayant eu lieu, tout a changé et finalement je fais une demande d’asile ici en France. Tous les documents à propos de mon arrestation illégale ont disparu. Ils dissimulent ce kidnapping à la justice et par le même temps couvrent les actions illégales qu’ils font.
    Je vous demande votre aide pour faire face à ce cauchemar comme vous monsieur avez accès aux caméras CCTV dans la gare de Genève le 04.10.2021 pour voir et prouver mon kidnapping illégal par la douane française.
Je suis sûr, respecté ambassadeur, que vous accordez une attention particulière aux droits humains et ne tolèrerez pas l’injustice qui a eu lieu à cause de la Douane Française sur le territoire suisse.
   Je vais envoyer une copie de mon verdict de l’O.F.P.R.A. aux journalistes, et espérer que quelqu’un lira ces lettres pour que tout le monde sache que cette situation illégale a eu lieu sur le territoire suisse.
   Comme je l’ai dit précedemment mon chien fait partie de ma famille et je ne serais pas capable de vivre sans lui.
   Donc Monsieur l’Ambassadeur, par cette lettre je vous annonce ce qui est arrivé en Suisse et vous verrez que votre pays n’est pas considéré par les français comme un pays de liberté et de droits humains.
   Sur moi je n’ai rien vu, aucun pouvoir, droits humain ou démocratie comme en Europe, même en Suisse – surtout la ville de Genève « ville de la paix ».
   Ou j’ai tort. Si j’ai tort et qu’un pays respecte les droits humains, surtout la Suisse (Convention de Genève de 1951) s’il vous plaît répondez-moi et je prierai pour bénir la Suisse.
   Actuellement j’ai vu ce que les autorités françaises se sentent en Suisse comme dans leur propre maison, et ne respectent pas les règles internationales qu’ils ont signés. Ils ont ri de la police française.
  Donc, comment est-ce possible d’être kidnappé d’un pays et de cacher ça ???
Faites quelque chose, je vous en prie !!!
Respectueusement, Andrei Gurov
Centre de Rétention de Lyon Saint-Exupéry

21.03.2022



Lettre au consulat Mauricien:

Bonjour respecté Monsieur l’Ambassadeur.
Soussigné Andrei Gurov, né dans la ville de Naltchik (Russie) le 09 juin 1975, avec une protection subsidiaire en Roumanie, vous demande à vous et votre gouvernement des Mauriciens de m’accorder la protection de la convention de Genève de 1951.
    En ce jour je suis au Centre de Rétention Administrative à Lyon Saint-Exupéry (France) dans l’attente de ma déportation en Roumanie car j’ai une protection subsidiaire de la Russie en Roumanie depuis le 01.09.2004. Mais malheureusement la situation politique en Roumanie a changé au cours des dernières semaines et les autorités roumaines commencent à recevoir des réfugiés de l’Ukraine (actuellement ils sont plus de 100 000 personnes). Je suis citoyen Russe et je n’ai rien contre les Ukréniens. Au contraire, je suis contre la politique du président Russe M. Poutine, mais j’ai malheureusement la citoyenneté russe et ce point me place dans une situation dangereuse en Roumanie. J’ai demandé l’asile ici, en France mais elle a été rejetée car la Roumanie est un pays européen.
   Je souhaite et espère, que finalement je puisse aller aussi loin que possible du continent européen pour me sauver et continuer à vivre comme un humain normal.
   Je suis professeur de théâtre dramatique et de danse classique (ballet), toute ma vie j’ai travaillé sur la scène et créé des milliers de spectacle au théâtre comme au cinéma. Je voudrai faire la même chose et créer une école d’art et de théâtre dans votre pays Maurice et apprendre aux jeunes générations l’Histoire, la litterature et l’art classique. Vous pouvez regarder sur internet sur google : Andrei Gurov – qui est-il ?
   Je cherche un endroit protégé sur notre Terre et prie le Seigneur tous les jours, mais la réalité en ce moment pour moi est l’obscurité.
   S’il vous plaît, aidez-moi ! J’ai besoi de protection pour survivre sur notre planète et continuer à vivre ma vie avec fierté.
   Désolé de ma grammaire anglaise ( je parle bien mieux que je n’écris).
   S’il vous plaît, ne jetez pas cette lettre à la poubelle mais lisez-là et essayez de me comprendre. La Roumanie n’est pas un pays où je suis en sécurité, il y a déjà eu le kidnapping de mon fils il y a cinq ans, et les autorités ne s’en préoccupent pas. La police ne veut même pas prendre ma plainte à propos de la disparition de mon fils.
   Toute l’Europe est complètement corrompue et il n’y existe aucune démocratie. Je veux dire que les lois et les gouvernements – pas les personnes simples  qui sont vraiment de bonnes personnes mais n’ont vraiment aucun pouvoir !!!
   S’il vous plaît, contactez votre gouvernement et racontez-lui ma situation. Peut-être qu’ils accepteront au moins un réfugié.
Mon adresse, actuellement : SPAF CRA ST EXUPERY BP 106 69125 Lyon St-Exupéry.
Malheureusement je n’ai pas accès à internet et aucun moyen d’accéder à mes mails.
Dans tous les cas, dans l’attente de votre réponse,
Dieu vous bénisse et votre décision
Avec espoir et respect,
Andrei Gurov

Témoignage de X. du nouveau CRA le 24/01 : « Donc lorsque l’avion est en train de décoller vous êtes dans votre chambre, vous sentez le mur qui est en train de bouger »

Le lundi 17 janvier, le nouveau CRA de Lyon-St Exupéry est ouvert. Il double le nombre de place en rétention pour la région Auvergne-Rhône-Alpes. Depuis des semaines, les flics promettent des conditions de vie amélioriées… Pourtant, les premiers témoignages qui nous parviennent sont sans ambigüité : si pour l’instant les locaux sont plus salubres, les prisonni.ères doivent désormais supporter le vacarme assourdissant des pistes de décollage et, privé.es du réseau mobile, iels subissent encore plus l’isolement. Amélioration des conditions ou pas, l’enfermement reste inhumain.

Par rapport à l’ancien emplacement, c’était dégradé, mais ici c’est neuf, c’est flambant neuf, c’est bien, c’est tranquille, mais le problème qu’on a ici…  Si tu as le Sfr, tu n’as pas de problème. Mais la plupart des personnes qui sont ici, ils ont le réseau lycamobile, et ça pose problème pour que tu puisses avoir la possibilité de te communiquer avec tes proches à l’extérieur. Tu vois ? Alors il faut déplacer, il y a des moments il fait très froid dehors, il faut que tu sortes vers la cours de promenade.

Là bas, c’est barricadé avec du béton bien sûr, c’est muré avec du béton bien sûr, au dessus il y a le grillage, c’est ouvert et l’air pénètre, vous voyez. Ici on est à peu près à 60m de l’aéroport, des trucs, des pistes d’atterrissage, vous voyez là où les avions atterissent, là ou les avions décollent. Donc lorsque l’avion est en train de décoller vous êtes dans votre chambre, vous sentez le mur qui est en train de bouger, même le train, tu vois le train, lorsque le train passe, le tgv le inoui là tout ça, qui s’arrête à l’aéroport de Saint-Exupéry, lorsque le train là passe, vous sentez vraiment, le mur qui est en train de bouger.
On a pas de problème covid, personne va mourir.

C’est comme ça ici, les gens qui sont ici, ils sont dans des moments ils sont dépassés tu peux pas discuter avec, comme c’était là bas ! ici aussi ça rebelotte, mais bon chacun fait ce qu’il veut dans sa vie hein, moi je suis là j’attends demain je vais passer, bon ; on verra, on verra ce que la la préfecture dira, comme ce juge qui détient le baton de mon avenir, qui decide si je vais mourir ou si je vais avoir un travail, ou je sais pas quoi. Moi j’attends.

Les locaux sont propres, la chambre est bonne, mais ça commence à déborder déjà –  si je veux prendre la douche, y a plus le passage de l’eau;  les égouts sont bouchés, je sais pas si quelqu’un a jeté quelque chose dans le chiotte, après ça a bouché les égouts, donc ça je comprends je l’ai déjà signalé mais bon ils font rien, je fais à l’ancienne, j’ai coupé une bouteille, dès que j’ai fini de me laver, je commence à récupérer la bouteille que j’ai coupé, et je le verse sur la toilette, ouais, après je tire bon.

Dans le centre, pour ceux qui veulent manger, des fois ils donnent ratatouille. La restauration n’a pas changé, la restauration est toujours le même, lemeilleur qu’ils donnent c’est le pain.

  • – Le pain ?
  • – ça se vend 20 centimes ou 25 centimes, tu as ça le matin au déjeuner, tu as ça à midi tu as ça le soir. Voilà. C’est ça que j’ai mangé. La nourriture des hommes tu veux manger un tout petit, comme nos enfants à la crèche, un petit morceau de viande, un morceau, des fois une cuisse de poulet, une cuisse de poulet un gabarti, d’un vieux comme moi j’ai 60 ans je veux manger la nourriture pour résister jusqu’à demain matinn j’ai pas le temps.

Témoignages de plusieurs grévistes de la faim du 09.12


 Témoignage de A.

R. :  Est-ce que tu peux déjà commencer à me raconter comment a commencé la grève de la faim et pourquoi?

A. : Euh ça a commencé parce qu’il y a 3 ici il y a 3… il y a 2 tunisiens.. au moins 3 personnes il y a mal du corona. Après toutes les personnes font la grève de la faim pour les personnes seules.

R. : Et pourquoi une grève de la faim, comment elles sont traitées, qu’est-ce qui se passe?

A. : Ici normalement.. comme A. qui a parlé avec toi ça fait 5 ans en prison et 3 mois ici, c’est trop non ! Y a des gens ici y a des cas, des cas trop trop mal.

R. : Et alors qu’est ce qu’ils font les policiers avec les personnes qui sont malades du covid, ils font quelque chose ou pas?

A. : Ils font un isolement et {inaudible} … y a deux personnes là bas et y a une troisième personne il rentre.. la quatrième personne qui rentre aujourd’hui. B., il rentre là bas aussi.

R. : La quatrième personne c’est à dire? Y a quatre personne avec le covid?

A. :  C’est la quatrième personne qui a le covid aujourd’hui.

R. : Ah donc y a quatre personnes qui ont le covid !

A. : Oui aujourd’hui !

R. : Ok. Et t’as l’impression…Toi tu te sens comment par rapport à ça? Les gens sont protégés, sont pris en charge? Ils sont soignés?

A. : Ah ils protègent pas ! Ils protègent pas {inaudible}. Ils te laissent comme ça. Hier, ils ferment tout, nous laissent devant les chambres. Même pas fumer y a pas, feu y a pas. Wallah al radim. Feu y a pas. Maintenant devant toi j’appelle pour feu, il m’a dit non direct. Wallah.

R. : Ok et est-ce que t’as envie de raconter plus précisement les conditions ?

A. : Aujourd’hui le préfet va venir, il est venu et il a pas parlé avec nous,il est parti direct. Il m’a dit « oui oui je vais parler avec une personne », y’a une personne qui parle, et après il sort direct. Il y a des gens malades, et la grève de la faim ça va être un gros problème.

R. : Et est ce que tu veux raconter comment s’est passée la grève de la faim ? Comment ça se passe ? Qu’est ce que vous faite ?

A. : La première fois ça se passe normal. Et après les policiers avec les casques bleus, avec les matraques, les batons, ils sont rentrés côté bleu, ils rentrent, ils ferment toutes les chambres. Et après ils ont fermés pour la machine de manger, la machine tu connais, la machine pour acheter.

R. : C’est quoi la machine ?

A. : Une machine pour acheter des chocolats et tout.

R. : Ah oui, le distributeur.

A. : Oui. Ils l’ont fermés. Pour le café, tout, ils ont fermés. C’est ça.

R. : Et tu dis qu’ils sont arrivés avec les casques bleus, les matraques, ils ont fait quoi ?

A. : Oui, nous on fait un peu de « hebs », euh, comment on dit ?

R. : De bazard ?

A. : Oui, et là ils sont venus avec les casques bleus, les matraques, direct. Aujourd’hui y’a beaucoup de personnes, comme A, il va au jugement aujourd’hui, il attend la réponse. Ca fait 5 ans miskine.

R. : Ca fait 5 ans parce qu’il était en prison avant c’est ça ?

A. : Oui, 5 ans de prison et après ici. Ici-prison, prison-ici (rires). C’est trop, wallah c’est trop.

R. : Et dis moi, les policiers avec les matraques, qu’est ce qu’ils font ?

A. : Oui, ils frappent normal, ils frappent normal, tu sais déjà, il y a une personne à l’isolement. Hier, il s’appelle (inaudible). Il est à l’isolement. Maintenant déjà il est à l’isolement, jusqu’à maintenant. D’hier jusqu’à maintenant.

R. : Qu’est ce qu’il s’est passé hier jusqu’à maintenant ?

A. : Il fume pas, il mange pas, ils veulent rien, rien du tout.

R. : Ah oui en isolement ?

A. : Isolement oui. Comme moi j’ai 2 mois ici, j’ai rien, ni test, ni vol, ni rien. Au moins test ou vol ou une chose, normal, je pars au bled, je vais partir normal. Mais toi tu me laisse ici 3 mois, rien, ni test ni vol ni rien, c’est pas normal ça. Y’a pas de vol à l’Algérie. Tout le monde connaît l’Algérie fermée. Tout le monde. Pourquoi nous ici ?

R. : C’est une situation absurde.

A. : Ouais.

R. : Tu veux me dire un peu en ce moment les conditions avec le froid, avec la nourriture, si tu as des choses à dire en particulier sur les conditions de vie ?.

A. : Ouais très froid. C’est le moment ou tu peux pas rester en promenade. Ils fermaient nous à 11h.. les chambres, et laissaient nous en promenade, et ouvert à 14h les chambres. Maintenant, quand t’as appelé, la tout de suite, ils ont ouvert les chambres. Mais tu peux pas rester en promenade. Il y a des gens ils ont pas de vetements, ils ont rien. C’est pour ça.

R. : Donc pour toi la grève de la faim, c’est pour…

A. : Y’a beaucoup de problèmes, c’est pour ça. C’est pour ça y’a beaucoup de problèmes wallah.

R. : Ok, donc c’est pour, la grève de la faim c’est à cause du Covid mais aussi à cause de tout le reste ?

A. : Ouais à cause du Covid mais les autres problèmes, c’est ça. Ouais. C’est pour ça nous, tout le monde, grève de la faim. C’est normal moi 1 semaine je mange pas, je m’en balecouille. Wallah la radim je reste comme ça normal. Moi, les gens qui ont Covid, ils sortent, normal. Reste nous ici, mais les malades, il est grave, pourquoi tu le laisse ici ? C’est ça.

R. : Est-ce qu’il y a d’autres choses que tu aimerais dire ?

A. : Il y a des choses, euh, comment, des fois les policiers, il fait le raciste avec nous, surtout les arabes. Surtout les arabes.

R. : Ok, tu as des exemples ?

A. : Les policiers il fait des choses bizarres avec nous les arabes.

R. : Qu’est ce qu’ils font ?

A. : Ils aiment pas les arabes ici. Ils aiment que les Albanais, les Roumains et tout (rires). Nous, wallah la radim, ils aiment pas. Je sais pas pourquoi.


Témoignage de K.

R – Tu veux me raconter la grève de la faim?

W–  Ça fait 3 jours on .. si on est pas condamné on mange pas… {inaudible} il faut que vous venez voir s’il vous plait.

R –  Ok tu veux raconter la grève de la faim? Tu veux dire comment ça se passe? Qu’est-ce que vous avez fait?

W- Oui ça se passe mal avec nous, ils sont pas gentils.

R –  Qu’est-ce qu’ils font?

W – Ils sont pas gentils . On demande… {inaudible}, pas de jugement y a pas de libération… {inaudible}. On est pas des voleurs ici nous on est pas… on est des victimes. On a besoin de la liberté, c’est tout madame s’il vous plait.


Témoignage de L. et R.

L. : Allo? Bonjour ça va ? Do you speak english?

R. : Yes

L. : I’m here so… no food and… problems… buy cigarettes…

R. : Yes.. You want to explain how the strike has begin?

L. : Yeah?

R. : Why did you chose to stop eating ?

L. : I’m here 1 year, 5 months {inaudible}… 6 months after they say you go back in P. so I have find a lawyer after lawyer but lawyer say : « don’t possible you ..{inaudible}  in Poland … you refugee in P. »  so i have no refugee in P. but after police catch me in here.  Yeah, so here big problems. Help me.

R. : We will try to let your voice be heard.

L. : {inaudible} Thank you so much.

 

Lettre du 08/12 d’une proche d’un gréviste de la faim

 

    Depuis la semaine dernière, des exilé.e.s sont malades au CRA de Lyon.
Hier et aujourd’hui, plusieurs personnes ont été testées positives au Covid dans tous les quartiers du CRA. Aucune mesure de protection pour les personnes retenues qui vivaient déjà dans une grande  promiscuité et dans un contexte où une personne malade peut attendre plusieurs jours avant de voir  un médecin.

  De nouvelles personnes arrivent tous les jours, alors même que la machine à expulser est enrayée par  l’épidémie de Covid. Cela s’ajoute à des conditions de vie quotidiennes qui violent les droits humains les plus fondamentaux
pour des personnes dont le crime est de ne pas être en situation régulière sur le territoire.

      La colère est montée et une grève de la faim a été décidée ce matin dans l’ensemble du CRA. Le quartier le plus touché avec 4 retenus positifs au Covid a été appelé pour le repas. La tension est  montée et il y a eu des cris et des coups sur les portes. Une équipe d’intervention a été envoyée et a  réglé le problème à coups gaz lacrymogène et de matraques, blessant certains. Les retenus ont alors  été enfermés dehors, sous la pluie (y compris les personnes malades) pendant plus de 2 heures avant  de pouvoir rentrer.
La grève de la faim est reconduite pour ce soir.

 

Voici les paroles d’un retenu dont je suis proche :

« Y’a pas 3 solutions, y’a 2 solutions, soit on sort, soit on meurt
La France, c’est un pays, y’a pas de droit
Le pays des Droits de l’Homme ?
Quels Droits de l’Homme ? Ils sont où les Droits de l’Homme ?
Y’a des gens ici qui n’ont rien fait
Y’a des gens qui refusent le test et qui vont en prison et qui reviennent, c’est des allers-retours
On s’en fout si on mange pas une semaine, 2 semaines,
C’est même pas la rage, c’est même pas la colère,
C’est la hagra
C’est pas quand je vais être mort que je vais être en colère, c’est maintenant !
Je veux que quelqu’un vienne voir ce qui se passe ici, on devient fou »

« Ils shootent la plupart des personnes. » Covid, maltraitance et violences policières au CRA de Lyon… témoignages des prisonnièr·es, 3-7/06

Témoignages enregistrés et retranscrits les 3 et 7 juin.

« – Je vais expliquer. Ici franchement on est dans un centre de rétention, mais ça change rien du tout, la rétention c’est pire que des prisons en fait. On est arrivés ici, pour des gens ils sont pour rien en fait. Aucune raison, aucun jugement, aucun rien du tout. On passe devant le juge mais après il y a aucune explication. Du coup là quand ça arrive, il y a des gens ils sont mélangés, il y a des gens ils sont malades, il y a des gens ils prennent des médicaments. Là maintenant ça commence en fait, il y a du covid dedans ici. Il y a un cas il est avec moi, un gars il est positif du covid. Par rapport au médical donc, rien du tout. Donc du coup moi quand je suis arrivé ici, en 2015 en fait, je veux juste comprendre pourquoi je suis ici. En fait depuis 2015 je suis toujours avec des papiers en règle. En Suisse. J’ai fait une bêtise, je l’ai payée. C’est mon bêtise quand j’ai déjà fait, je l’ai payée, j’ai passé en prison. Je suis sorti de prison, ils m’ont jamais parlé de l’OQTF [Obligation de Quitter le Territoire Français], ils m’ont jamais parlé de quoi que ce soit. C’est juste, voilà. Je suis juste sorti, ils m’ont dit « libération ». je suis sorti, libération, je me trouve dans un centre de rétention. Ici t’as le droit de rien du tout, t’es enfermé dans les cages. Tu sors à 9 heures du matin tu dors, donc tu attends qu’ils fassent le ménage. Là maintenant aujourd’hui, on parle d’aujourd’hui, franchement depuis 9 heures du matin on est fermés [il est midi au moment de l’appel]. Les gens ils veulent faire les toilettes, ils veulent faire quelque chose, rien du tout. Ils sont en train de désinfecter on sait pas quoi… Donc voilà c’était mon cas là maintenant pour moi, là ça fait 30 jours il faut que j’attende ici. Donc plus 30 jours, c’est obligatoire de faire, après il y a encore 30 jours, après il y a encore 30 jours. Je vais passer quelqu’un d’autre aussi, il va parler. »

« – Moi je vais vous expliquer un peu la situation ici en fait, c’est un peu compliqué. C’est une situation franchement que je souhaite à personne. Parce que on est enfermés, on est dans des cages. C’est fermé, au-dessus de nos têtes y’a des cages, sur les côtés c’est des cages, partout, on est comme à la SPA sauf que y’a personne pour nous adopter. On est à la SPA mais y’a personne qui veut nous adopter. Au moins à la SPA ils ont une chance. Moi en fait ici, on est enfermés. Aujourd’hui, du matin ils nous ont sortis à 9 heures. Jusqu’à maintenant, les portes elles sont fermées. On a pas accès aux toilettes, on a pas accès à nos chambres, on a pas accès aux habits, on a pas accès à la douche. Là c’est depuis 9 heures du matin, on nous sort et on attend. On attend encore, on attend qu’ils ouvrent. Parce que soit disant ils nettoient, soit disant ils désinfectent… On a un cas de covid qui était avec nous. On a un cas de covid qui était avec nous. C’est lui-même qui s’est inquiété, ils te proposent pas le test, c’est lui-même qui s’est proposé pour faire le test. Et du coup il était positif, et aujourd’hui ils l’ont ramené, ils l’ont isolé. Mais parmi nous, mais pendant ce temps-là, il a joué avec nous aux cartes, on était tous ensemble, voilà, on est tous mélangés, donc nous aussi on doit l’avoir le covid. Et on demande des dépistages, de nous faire dépister, mais en fait si on le demande pas nous-mêmes ils le font pas. Y’a eu trois cas, et aujourd’hui y’a eu quelqu’un en fait qui a refusé, ça fera 90 jours qu’il était là. Ils l’ont ramené en prison aujourd’hui. Garde-à-vue, et après c’est la prison.
– Juste avant de se faire libérer, ils le remettent en prison ?
– Ils le remettent en prison parce que voilà, il a refusé le test. Quand vous refusez le test ils vous remettent automatiquement en prison. Mais après voilà, au niveau de la bouffe, franchement la bouffe, c’est une cantine, c’est le minimum. Comment vous dire, c’est le minimum, on prend ce qu’il y a. Après on a une machine pour acheter des sandwiches mais tout le monde n’a pas d’argent. »

« – on a appris qu’il y avait eu une grève de la faim la semaine dernière. Tu peux nous en parler un peu ?
– Oui exactement, y’a eu une grève de la faim, c’était le 24 ou le 23 [mai] je me rappelle plus. On avait fait deux jours de grève, mais malheureusement les gens, malheureusement les gens ils ont arrêté parce que au bout d’un moment ils ont vraiment faim, ils ont faim, c’est pas… ils ont pas d’argent la plupart des gens, ils ont pas d’argent, ils ont arrêté parce qu’ils étaient faibles, ils sont malades, y’en a qui sont malades… Y’en a qui… On voyait que ça changeait rien, que ça bougeait pas. »

« – Ce qui se passe en vérité je vais pas vous mentir, c’est la merde, on a des cas de covid qui ont été déclarés. Les conditions dans lesquelles nous sommes ici c’est très très rudimentaire. À chaque fois, dès que vous passez 90 jours, ils vous envoient deux mois de prison automatiquement. En fait le but, c’est de nous menacer, de nous expulser. On essaie même pas d’avoir de la parole, du moment où on essaie de réclamer quoique ce soit ils commencent à frapper certains détenus aussi qui sont un peu schizophrènes. Parce qu’on a des schizophrènes aussi avec nous.
– et le médecin il dit quoi par rapport à ça?
– Bah le médecin vous savez, ils sont pas avec nous. Donc du coup, eux ils sont dans leur bureau, ils savent vraiment pas ce qui se passe, ils sont dans leur coin. sauf quand quelqu’un est malade, mal aux dents, n’importe quoi, c’est doliprane quoi. Après ils essaient de donner aussi des… je vais pas vous mentir hein, ils donnent aussi beaucoup des… ce qu’ils prescrivent aussi beaucoup c’est des… comment ils appellent ça déjà? des calmants, anxiolytiques, voilà. Ils shootent la plupart des personnes. On a essayé de faire une grève de la faim, ils sont venus regarder, parce qu’il y a des portes cassées. on a fait une grève de la faim, ils ont regardé que les portes. Les lumières dans les chambres, dans les salles de bain, ça marche plus. Écoutez, en plus y’a des personnes très très malades, qui selon nous, je pense même pas qu’ils sont en condition d’être en rétention. Mais ils s’en foutent quoi. »

« – ça se passe mal, ils nous traitent comme des animaux. Ils nous mettent la pression, ils nous narguent, ils nous disent : comme mon ami il a la dent cassée, il est dans sa chambre dans l’isolement [car il est positif au covid], il va mourir, il a parlé avec les flics ils ont dit : « prend un doliprane et allonge toi », il a parlé avec le médecin il a dit « prend un doliprane ». On est malmenés quoi ! on est pas des êtres humains, on est du bétail, on est du bétail voilà. Y’a un copain aussi là il est malade, il est trop malade, il est au mitard ça fait cinq jours.
– Pourquoi il est au mitard depuis 5 jours?
– Parce que il est tombé de son lit, il s’est cassé le bras et y’a eu du sang, ils ont dit : « t’as fait exprès », et ils l’ont mis au mitard.
– Et depuis, vous avez de ses nouvelles ?
– On n’a pas de ses nouvelles. Des fois, il demande des cigarettes, on en n’a pas.
– Il sort manger ?
– Je crois qu’ils lui ramènent à manger mais il mange pas. Il fait grève de faim je crois, de ce que j’ai entendu.
– Et vous le voyez ? ou depuis qu’il est au mitard vous ne le voyez plus ?
– On l’a vu qu’une seule fois.
– Et vous savez pas dans quel état il est ?
– On ne sait pas.
– Et ton pote qui s’est cassé le pied, ça s’est passé comment ?
– Ça s’est passé, y’a un copain à lui il était dans la chambre, il faisait une crise d’épilepsie, mon ami dans la chambre il a appelé les flics avec l’interphone, l’interphone, ils ont dit « arrêtez de nous casser nos couilles!! », il a pressé l’alarme, l’alarme, il sort il tape le portail et le pied il est gonflé. Il reçoit maintenant deux béquilles et il marche comme un mort, voilà. Il a demandé une chaise roulante, et ils veulent pas lui donner. Ils lui ont dit « on en a qu’une seule, on te la donne pas si c’est pas nécessaire et tout et tout ». Et depuis, il arrive plus à marcher. Ils appellent pas les pompiers. L’autre fois [pour une autre personne] ils ont appelé les pompiers, ils l’ont emmené à l’hôpital, ils l’ont ramené dans la soirée. Il ne s’est même pas reposé. Ils ont dit « t’as fait exprès » et tout et tout. Toujours on a tort. Toujours. On est du bétail. Y’a pas d’humanité quoi. Le matin, mon ami qui a ses béquilles, il était au réfectoire pour manger, et les flics le poussent : « allé allé marche marche marche marche ». Il reste un moment ils vont le pousser pour le rentrer dans la case. On dit la vérité, rien que la vérité.
– T’as envie de rajouter quelque chose?
– Moi ce que je rajoute, il faut ouvrir une enquête pour voir ce qui se passe là-dedans! On est comme du bétail. Moi je me sens pas un être humain. Voilà, j’ai vidé mon sac.
Ah et je voulais rajouter ! Dimanche ils ont fait un barbeuk énorme les flics. Ils nous ont tué avec l’odeur. Ils ont fait un barbeuk géant. L’odeur elle nous a tué, l’odeur, pendant trois heures. A l’intérieur. On était mal nous. On snif l’odeur mais on a faim nous, on n’a rien. Wallah ils ont fait un barbeuk énorme, ils nous ont tué avec l’odeur. Avec des rigolades, des cris, des rires, et nous, comme des animaux là-dedans, dans la cage. Ils ont pas le droit de faire un barbeuk dans un lieu de travail ! L’odeur elle nous a tué, l’odeur, vraiment, on était malade.  »


Au cours des différents appels, les détenu·es ont aussi voulu faire passer d’autres informations à l’extérieur :

Il y a des chambres sans portes, et où les toilettes et douches n’ont pas de porte non plus. Parfois l’eau fuit, et quand des prisonniers sont libérés ou expulsés, ils laissent des habits qui s’entassent dans l’humidité. C’est vraiment sale, les maladies se développent dans cet environnement.

Une personne est à l’isolement car elle a le covid. Elle réclame le résultat de son test depuis une semaine, et le médecin comme les flics refusent de lui donner. Elle a peur de rester à l’isolement, car pour un autre détenu, le médecin a déclaré qu’il était fou, et qu’il ne devait pas sortir de l’isolement. Depuis deux jours, sa dent s’est cassée en deux, il l’a dans sa poche et souffre énormément. Tout ce que lui répond le médecin c’est « prends un doliprane et allonge toi ».

Grève de la faim au CRA de Lyon depuis le 24 mai : communiqué des prisonnièr·es en lutte!

Les prisonnièr·es du CRA de Lyon sont en grève de la faim depuis le lundi 24 mai ! Voici leur communiqué. Force et soutien dans leur lutte !

« Pour commencer le matin ils nous sortent à 9h pour le ménage jusqu’à 12h30, on a pas accès aux toilettes et à nos affaires pendant ce moment, ensuite on a 10 min pour manger un repas immangeable et insuffisant, on nous donne un masque de canard par jour, on a pas accès a aucune activité, pour les visites y a certains pères de famille qui leur refusent de voir leur enfants, on peut pas recevoir des mandats d’argent, on a pas droit à des briquets y a qu’un seul briquet fixé sur un support dehors, du coup quand ils ferment les portent a 22h30 on ne peut plus fumer, de plus y a des personnes âgées fragiles, vulnérables et handicapées mentales on est mélangés. La plupart des policiers nous provoquent et nous traitent comme des animaux, on a le sentiment d’être dans un zoo. En plus niveau médical c’est vraiment scandaleux, le médecin qui vient deux ou trois fois par semaine il nous ordonne des cachetons pour nous endormir. »

MANIFESTATION DES PRISONNIERS DU CRA DE LYON ST-EXUPÉRY LE 8 FÉVRIER // Violences policières, nourriture infecte, humiliations, isolement prolongé, non transmission systématique par Forum des documents juridiques, prisonniers drogués aux médicaments par les médecins… Témoignages de prisonniers du CRA de Lyon St-Exupéry, le 09/02/2021

Témoignages de 5 prisonniers retenus au CRA de Lyon Saint-Exupéry, le 09 février 2021. La veille au soir, les prisonniers de plusieurs blocs s’étaient retrouvés et avaient manifesté contre les violences de la police, ainsi que pour dénoncer la nourriture du centre, celle infecte qu’on leur sert, ou les distributeurs toujours vides.

TÉMOIGNAGE 1

 

– Bonsoir ! ça va?

– Ça va et toi ?

– Ça va hamdoullah.

– Est-ce que y’a des trucs que t’as envie de raconter sur comment ça se passe à l’intérieur, ce qui s’est passé hier soir…?

– Je te dis la vérité, moi j’ai quitté la France ça fait 4 ans. J’ai ma femme et ma fille en Espagne. J’étais passager pour aller en Suisse, ils m’ont attrapé dans le train, ils m’ont ramené ici. J’ai 48 jours. L’Algérie a fermé ses frontières, et je suis là je sais pas pourquoi moi ! Pose les questions, moi je réponds, pose, pas de souci.

– Est-ce que t’as envie de parler de ce qui s’est passé hier soir ?

– Ouais. Hier c’est moi qui ai fait le bordel.

– Qu’est-ce qui s’est passé en fait?

– Parce que y’a pas de respect. Moi j’ai mangé, le policier il a mis ses pieds devant moi. Moi j’ai mangé sur la table, alors je me suis énervé. J’ai ramené tout le monde et on a fait la guerre.

– Vous avez fait quoi?

– On a fait la manifestation. Mais y’a pas de mal, y’a rien de mal. On a ramené toutes nos affaires en promenade et on est restés là bas. Ils ont amené les casques bleus, les CRS et tout.

– Vous vous avez tous mis vos matelas dans les couloirs c’est ça ?

– C’est tout, c’est tout. Il y a des caméras.

– Et c’était quoi vos revendications?

– Si l’Algérie ouvre ses frontières, envoie moi en Algérie. Si l’Algérie ferme ses frontières, lâche moi, moi j’ai ma vie en Espagne, j’ai ma femme, j’ai ma fille. J’ai rien à voir ici moi, j’étais passager. t’as compris? J’ai 48 jours pour rien, pour rien, j’ai rien fait de mal. Mais pourquoi ? Ils ont envoyé en Algérie quatre fois pour mon nom, l’Algérie répond pas. pourquoi tu me gardes ici ? Il y a le covid, il y a des personnes malades, de l’autre côté, côté vert, il y a 4 côtés dans ce centre de merde, excuse moi. Normalement les frontières de la France sont fermées, normalement relâchez les gens! Il y a des gens avec ses papiers, on les lâche pas aussi ! ça c’est pas la loi ! Donnez-moi quitter le territoire, je quitte le territoire. Si ils m’attrapent, j’assume 10 ans de prison, je m’en bats les couilles. Moi j’ai pas envie de rester en France. Soit lâchez moi, soit envoyez moi au bled. tout simplement. Si je m’énerve encore, je suicide, sur la vie de ma mère! Je suicide! normalement, je suicide. Parce que j’ai rien fait, j’ai rien fait, je suis là pour 48 jours. pour rien, pour rien. J’ai rien fait.

– Et hier soir il s’est passé quoi après votre manifestation?

– Hier tout le monde s’est énervé, on a pris les matelas, on est partis à la promenade, parce que tous les jours la bouffe périmée. ça pue. la bouffe ça pue. je peux pas manger ça moi. Ils manquent de respect, ils sont racistes… Viens et regarde ! ramène beaucoup de gens devant le centre de merde, pour voir.

Il y’a des gens ils ont refusé le test, ils sont partis en prison, après la prison ils sont ramenés ici. C’est quoi ça? ça c’est pas la loi ça.

– Et les flics ils sont racistes?

– Ils sont racistes oui. pas tous. mais la plupart sont racistes.

– Ils vous font quoi?

– On dirait qu’on est des chiens. On n’est pas des chiens! On n’a pas de papiers c’est tout. On a de l’argent, on a de la famille, on a tout nous. Dehors de cette prison de merde, on vit la belle vie. On vit une meilleure vie que ces policiers de merde. J’ai un travail, j’ai ma fille, j’ai ma femme, j’ai ma vie. Ma place c’est pas d’ici. Si les frontières d’Algérie sont ouvertes envoie moi, normal! j’ai mon père et ma mère. Si elles sont fermées, laisse moi partir en Espagne, j’ai ma femme et ma fille! t’as compris? moi j’ai rien fait de mal ! T’as pas d’autres questions?

– T’as envie de raconter un peu comment ça se passe à l’intérieur?

– Ça se passe grave grave mal. Tous les jours on dort, le ménage pas bien, ils nous laissent dans le froid dehors, on reste 3 heures dans le froid. Moi j’ai fait la prison ici en France. Wallah je te te dis la vérité, la prison c’est mieux que ce centre de merde. wallah! Moi je préfère 1 an en prison que 1 mois ici.

– Ça se passe comment au niveau de l’association Forum(1), avec les médecins…?

– Forum travaille avec la justice! moi je déteste Forum. Forum travaille avec la justice. Le docteur travaille contre nous, tous contre nous.

– Il fait quoi le docteur?

– Le docteur je lui dis donne moi mon traitement, il me manque de respect, il me dit non c’est pas… on n’est pas au marché noir. Moi j’ai des médicaments, je suis obligé de les boire.

Forum ils envoient les gens au bled, on dirait ils aident les gens, mais le contraire. moi je connais bien, je connais bien, ouais ouais, ça fait longtemps. Forum c’est pire que le juge. Forum travaille avec la justice. Il n’a jamais aidé moi. Il y a un gens, il a envoyé ses preuves, t’as compris ? Forum l’appelle désolé, il a fait la feuille toute noire devant le juge. Le juge il voit la feuille il rigole. c’est quoi ça? feuille noire ! c’est pas comme ça!

– J’ai pas entendu.

– T’as pas compris? il y a une personne elle a des papiers à lui, originaux. Il a fait une photocopie. La photocopie, il vient, 100% tu vois sa photo, et Forum a rendu sa photocopie toute noire! Le juge regarde rien! Et il l’a mis au centre encore 30 jours. Pourquoi ça? Il y’a un gens, le juge il demande ramène moi hébergement je te relâche. Il ramène l’hébergement, encore 30 jours. Hè ! ici comment ça se passe? bonjour, 28 jours, bonjour, 28 jours. tous les jours! c’est pas que moi! [passage inaudible] Il y a des gens malades du covid à côté de nous. Dans la chambre de 4 lits on dort 8, 8 personnes! y’a des chambres y’a pas de porte, wallah, y’a pas de porte.

Je te passe le suivant. Moi j’ai la haine, j’ai la haine, wallah j’ai la haine. J’ai envie de suicider, j’ai la haine. Je te passe le suivant.

– On est de tout cœur avec toi. courage.

– Bonne soirée merci beaucoup. Merci pour nous aider, tout le monde.

 

TÉMOIGNAGE 2

 

– Oui bonsoir.

– Du coup est-ce que toi tu étais là hier soir ?

– Ouais j’étais là.

– Est-ce que tu veux raconter un petit peu comment ça s’est passé ?

– Bah c’est moi je me suis embrouillé avec le flic. C’est moi, c’est à cause de moi. Parce que moi j’étais en train de parler avec mon ami et lui il est venu et il a posé ses pieds sur la table et il m’a dit, il m’a dit : tu parles mal de moi, jsais pas quoi. Il commence a me chercher, je sais pas quoi. Ils sont venu à 10 sur moi et ils commencent à me chercher et tout. Moi je dis vas-y, j’ai pas parlé avec vous, jparle avec mon ami. Et lui il commence à me provoquer et… On a sorti, on a sorti les matelas, on a commencé à crier et tout.

– Vous criez quoi ?

– On crie ! Ya pas de la loi ! Les gens nous prennent pour des chiens ! Ils nous considèrent comme des chiens ici ! Bah il s’en battent les couilles ! Ils s’en foutent de de nos gueules ou jsais pas moi.

Et moi par exemple moi j’ai, moi, c’est le même cas comme X, comme monsieur X. Moi j’ai ma carte de séjour italienne illimitée, j’ai ma carte d’identité, j’ai ma carte vitale, j’ai l’hébergement ici en France. Je suis arrivé en France à l’âge de 14 ans. Normalement, normalement ils ont pas le droit de m’envoyer en Tunisie ! J’ai toutes les preuves. Je suis arrivé à l’âge de 14 ans en France, je suis allé dans un foyer, et en plus de ça, j’ai ma carte de séjour et toute famille en Italie, j’ai ramené toutes les preuves et je leur disais c’est bon je ramène mon passeport et je ramène un billet et je prends, je prends l’avion et je rentre en tunisie ya pas de soucis.
Bah ils m’ont dit, c’est pas toi qui choisit.
Et j’ai appelé mon père et il est parti avec l’avocat en préfecture en Italie. Il a dit « comment ça se fait mon fils il est là-bas, il est bloqué et tout ? », et ils ont dit comme quoi l’Italie elle t’a pas acceptée ou je sais pas quoi. Et mon père il est partit là-bas en préfecture et il a dit « Comment ça se fait mon fils il a sa carte de séjour et vous l’acceptez pas ? »
Ils ont dit « C’est pas vrai on n’a rien reçu ! C’est pas vrai. »
Ils m’ont envoyé, ils m’ont envoyé une feuille de la préfecture comme quoi moi j’existe et tout. Et là quand j’ai passé devant la juge elle m’a dit 28 jours encore. Et en plus de ça ! Moi j’ai ma carte de séjour et je suis arrivé à l’âge de 5 ans en Italie et j’ai toute ma famille et ils m’ont donné une interdiction Schengen ! Ils ont pas le droit ! Normalement moi j’ai ma carte de séjour illimitée, j’ai toute ma famille en Italie ! Et ils ont vu, ils ont vu bien que j’avais ma carte de séjour ! J’avais tout mes papiers et tout, ils m’ont donné une interdiction Schengen ! Il ont pas le droit de le faire !

– Et l’avocat il t’a dit quoi par rapport à ça ?

– Bah l’avocat moi, moi j’ai appelé un avocat, je voulais prendre un avocat payant, avocat privé, j’ai appelé un avocat, et il m’a dit, j’ai parlé avec lui, et le forum ils ont envoyé mon dossier à l’avocat et quand je suis arrivé euh… Quand je suis arrivé devant là-bas, je suis arrivé, avant de passer devant la juge. J’ai parlé avec lui et c’était c’était c’était même pas un avocat ! Il avait même pas un ordi ! Il était avec une feuille, une seule feuille. Jlui dit « Tiens ! Tiens ! Jte donne » parce que moi j’ai toutes mes preuves sur moi, jleur fait pas confiance. Parce que ma première jugement j’avais tous mes papiers ici, ma carte de séjour, ma carte d’identité, ma carte vitale. J’ai tout ! Du coup, j’ai tout ce qu’il faut ! L’hébergement, tout tout tout ! Et le Forum ici, ils m’ont dit, on va envoyer tout ton dossier, on l’envoie au juge et quand je suis arrivé devant la juge, la juge elle m’a sorti juste une photocopie de ma carte de séjour, elle était noire ! Elle m’a dit, elle m’a dit « C’est ça ? C’est ça tes papiers ? »

C’est quoi ça ? Bah ils nous fait ils nous fait la misère ici. Ils nous considèrent comme des chiens.

Ah ! Ah ! Ah ! La bouffe elle est périmée ! On dort pas bien ! Euh c’est sale ! C’est sale ! C’est sale !

Et… Ils nous provoquent ! Ils nous cherchent !

Ya pas de télé, ya ya ya, ici ya [passage inaudible] ya des chambres ya 3 télés.

– Et avec la police ça se passe comment ?

– Avec la police ? Bah la police ils s’en battent les couilles la police !!
Moi je demande, ils m’ont dit l’Italie elle t’a refusée bah je leur disais, c’est bon ! C’est bon j’accepte ! Jvais rentrer en Tunisie c’est bon, l’Italie elle m’a pas acceptée et je sais bien que l’Italie ils les ont pas envoyé, c’est des menteurs ! Et moi je leur disais : c’est bon je veux rentrer dans mon pays et je ramène mon passeport, j’ai ma carte de séjour, j’ai mes papiers en règle, je ramène un billet et je rentre ! Ils m’ont dit c’est pas toi qui décide..

– Et avec le médecin tu as eu des ennuis avec lui ?

– Le médecin !? Le médecin faut le voir le médecin !! Oh j’allais, j’allais, j’allais prendre un RDV avec le médecin il m’a dit « Dans un mois ». Imaginez vous ! On dirait moi je vais rester ici 10 ans.

C’est trop c’est trop ! Ya pas de la loi !

Ils font comme ils veulent ! Ils s’en battent les couilles ! Je demande de voir les civils, ils me disent « non » je demande de voir le consulat tunisien, j’ai pas le droit. J’ai le droit de voir ! je suis un tunisien, je suis de nationalité tunisienne, j’ai le droit de voir le consulat tunisien. C’est vrai ou pas ? Bah eux ils me disent « non ». Ça fait 2 semaines je demande de voir le consulat à chaque fois ils me disent : « demain demain demain » et il y a rien.

Et moi personnellement j’en peux plus. Moi, moi je veux prendre un avocat je vais payer 2000 euros, j’ai mes papiers et je veux prendre un avocat, je vais payer 2000 euros et j’ai mes papiers. Il y a des gens qui ont pas de papiers, ils sortent ils sont libérés et moi j’ai mes papiers, j’ai tous mes trucs, et j’ai grandi en Italie, j’ai toute ma famille en Italie, et je vais prendre un avocat, il va savoir si ils me libèrent ou pas, imaginez-vous.

C’est trop, mais c’est trop, c’est trop. Moi, moi je viens de la prison, moi j’étais en prison, je pesais 80 kilos, là, ça.. je fais 50 kilos.
Il y a rien à manger ! Je vais manger quoi moi ? À part le pain je mange le pain, je bois de l’eau. Pain fromage eau, pain fromage eau, c’est ça. C’est trop c’est trop. C’est pas ça la France, c’est pas ça. Liberté, égalité euh jsais pas quoi.

– Et ça s’est fini comment après hier soir du coup ? Après il y a les CRS qui sont venus et puis euh ?

– Ouais ouais, il y a les CRS qui sont venus, bottés, cagoulés, on dirait, on dirait je sais pas quoi moi. On dirait euh, on est armés nous. Ils sont venus boucliers, avec les gazeuzes, euh jsais pas quoi, ils sont venus à 30 personnes, et nous wallah on est 15 personnes oh, même pas. Ils sont venus, ils ont dit calmez-vous sinon ça va mal se passer ou je sais pas quoi.

– C’était que dans votre bloc que ça se passait ?

– Non il y en a ils sont venus ; mais c’est nous qu’on a commencé, les autres ils ont fait comme nous. Ici il y a un côté arrivants, côté rouge. Il faut rester 8 jours après, il faut faire le test pour passer dans dans l’autre bloc. Il y 3 blocs il y a le jaune, orange et bleu. Les gens qui étaient dans le rouge normalement, moi je sais pas, il viennent de dehors voilà. Des fois ils viennent ils ont le corona et tout. Ils ont cassé la porte, ils sont venus dans notre promenade, ils étaient avec nous.

Et je sais pas moi, je commence à péter les plombs moi.

– Est-ce que il y a des choses que tu voudrais rajouter ?

– Moi moi je veux rajouter ! Moi je fais quoi là ? Je veux rajouter, ce centre là, il est fait pour les gens sans papiers. Normalement ce centre il est fait pour les gens sans papiers. Par exemple j’ai un ami à moi il a une nationalité italienne, et ils l’ont pris en Tunisie, ils l’ont expulsé en Tunisie, il a le passeport rouge, il est né en Italie. Imaginez-vous. Ben, c’est pas logique ça c’est trop. Et en plus de ça je suis arrivé à l’age de 14 ans en France. j’étais dans un collège, j’étais au foyer. Déjà, déjà normalement moi j’ai le droit d’avoir la nationalité française. Mais moi j’ai pas fait les démarches, c’est pour ça. Déjà normalement quand j’arrive, normalement quand un personne il arrive à l’âge de 14 ans, ils ont pas le droit de l’envoyer, de l’expulser. Et eux ils veulent m’envoyer en Tunisie et moi, moi, c’est mon pays je m’en bas les couilles, je rentre en Tunisie mais eux ils veulent pas, ils me faire la misère. Ils veulent me laisser jusqu’à la fin, pour que moi je pète les plombs ou pour que ils peuvent m’envoyer en prison, jsais pas moi jsais pas. Moi je leur disais, je prend mon billet, vous voulez pas me renvoyer en Italie, je sais bien que l’Italie elle m’a pas refusé. Je leur disais, l’Italie elle m’a refusé ben moi je ramène mon passeport, j’ai ma carte de séjour ma carte d’identité, je ramène mon passeport et les billets. Et en plus de ça, le centre il est à côté de l’aéroport, et je prend l’avion et je rentre en Tunisie. C’est simple. Ils m’ont dit c’est pas toi qui choisis.

– Merci beaucoup d’avoir parlé.

– Il y a pas de soucis.

-Courage à toi, on se tient au courant

– merci à vous je vous passe le suivant, bonne soirée.

 

TÉMOIGNAGE 3

 

– Salut

– Salut ça va ?

– Ça va. Bon juste pour ajouter quelque chose voilà ? c’est j’en ai marre. Tout ce qu’ils ont dit mes amis, comme ils l’ont dit les racistes, les policiers avec les PAF(2) ils sont pas biens avec nous. Voilà. C’est quelqu’un de nerveux, moi j’étais tout seul parce que il y a des côtés(3) ici voilà. On passe une semaine après les tests, j’ai refusé les tests parce que il avait quelqu’un méchant le matin il parle mal. Moi j’aime pas, on respecte d’abord. Et après il m’a dit « viens on fait les tests » et paf agressif.

– C’est un policier qui t’a dit de venir faire les tests ?

– Moi j’ai refusé, et après ils m’ont laissé une semaine tout seul. Normalement c’est pas garde-à-vue, parce que garde-à-vue il y a limite 24h, moi je suis resté une semaine complète tout seul, comme les fous, même j’ai demandé un briquet, et ils parlent comme le robot, ça m’énerve. [passage inaudible] Ils sont tous comme ça. Manque de respect. Ils respectent pas leur parole, ils disent j’arrive dans 1 minute, ils arrivent après une heure. Et ils parlent bizarre. Alors, c’est pour ça ici, si y’a du respect et tout ça va, mais manque de respect, dégueulasse, on reste 2 heures, 3 heures dans le froid chaque jour. Aujourd’hui par exemple on a été dehors de 11 heures jusqu’à 14 heures. Ils sont fous. Si on demande quelque chose, toujours on est sûrs c’est pas accepté. Ouais.

– Et quand ils t’ont laissé une semaine tout seul, t’étais dans une pièce ? t’avais le droit de sortir ?

– Non ! Heureusement il y a une femme, le 4ème ou 5ème jour peut-être, elle a dit « pourquoi vous le laissez tout seul ? Sans contact ». Et après ils m’ont envoyé dans la cour sur 4, on dirait 5 mètres carrés quelque chose comme ça . Juste pour [passage inaudible] mais au début je restais 4, 5 jours dans une chambre, il y a un petit couloir comme ça c’est tout.
Je demandé un briqué, ils ont dit c’est sa place, ils ont laissé sa place comme ça, sans briquet. Manque de respect.

– tu pouvais pas sortir pendant 4 jours ?

Non ! Je sors pas, 4 ou 5 jours j’ai oublié, voilà soit 4 ou 5 jours, après les 2 ou 3 dernièrs j’ai sorti juste pour la cour c’est pas loin et toujours 3 ou 4 portes fermées voilà.

– Et pour la bouffe ils t’amenaient à manger ?

– Ben j’ai refusé au début, après j’ai mangé mais c’est la merde comme ils ont dit mes amis. Mais on mange quelque chose juste pour on reste vivre voilà c’est tout.

-Et pendant ces quelques jours t’as pu voir le médecin ou parler aux gens de Forum ?

– Le problème même j’ai demandé le médecin, je tape les portes j’étais comme des fous, et il s’en fout, il dit « ah il faut la patience » ; mais il faut la patience, en plus il faut respecter parole aussi, on a la patience, mais il y a une limite et vous il faut nous respecter comme êtres humains comme vous. En plus moi j’ai mes papiers, mais même pour tout le monde, on est un être humain comme vous ; alors pour les flics, vous êtes policiers, vous avez salaire, nous aussi dehors on a du salaire on a des familles on a de la vie ! Il faut respecter ! Mais moi je pense pas la France comme ça, je pense y’a respect, et tout voilà mais laisse tomber, si tout le monde vive comme ici c’est fini.

-Tu étais là hier soir ?

– Oui, ah ouais on est tous, on a sorti les matelas, on a fait manifestation pour voir solutions avec nous, parce que le problème, c’est si il y a la loi, nous on respecte la loi c’est obligatoire c’est obligé, mais le problème, la loi ils ont caché la loi toujours, quelqu’un encore il a dit : mon ami il la carte séjour, ils ont envoyé le Forum ici sa carte séjour noire ! mais pourquoi ils font ça ? Nous on est en 2021 : technologie, l’internet, les mails et tout, il faut pas faire d’erreur comme ça ! Il est ici avec nous à cause de l’erreur. Et moi le Forum il a pas envoyé mon attestation d’hébergement, à cause d’eux je suis là. Mais normalement je suis libéré parce que j’ai carte séjour et domiciliation. Le juge, malheureusement j’ai pas de smartphone moi ici, je t’envoie mes papiers, j’ai mes papiers toujours avec moi, c’est marqué monsieur X sans domicile fixe ! c’est quoi ça …

-Comment ça c’est fini hier soir ?

-Ils ont faif renforts, ils ont venu nombreux ici et… voilà … Ils ont calmés nous, ils ont fermé la porte ! d’habitude c’est 23h hier ils ont fermé la porte 21h.
Ils ont tout déjà, les les gaz, les battes, toutes les protections là.

-Ils vous ont gazé ?

– Non non

– Tu veux rajouter quelque chose ?

-Non non c’est bon

– Est-ce que tu sais si beaucoup de gens ont le covid dans le centre ?

-J’ai entendu de l’autre côté il ya deux trois personnes ils ont le covid. Mais les règles sanitaires et tout : pas du tout ici, c’est pas comme l’extérieur, nous on est 4-5 par chambre, et les distances jamais, les masques jamais sauf dans le refectoire…

Je te passe une autre personne, si tu es interessée pour écouter.

– Merci bonne soirée.

 

TÉMOIGNAGE 4

 

-Bonsoir, ça va vous allez bien ?

– Ca va et toi ?

– Wallah ça va hamdoullah, on essaie d’être ça va mais ils nous laissent pas ça va, ils nous laissent pas tranquille. On commence par quoi ? Vous voulez quoi ? Les chambres ? Même le ménage. Déjà ils font pas le ménage correctement. À manger, j’vous jure c’est de la merde, j’sais pas ils ramènent d’où les poissons, même les steaks pas hallal ya rien qu’est hallal ici. Les arabes y’a 90 % des arabes. Déjà ça de un. Les policiers ils sont mal polis, ils sont mal polis les policiers, ils parlent mal tous les jours .. [passage inaudible] Y a des policiers ils sont gentils mais le reste y a des policiers ils sont racistes comme jamais de la vie.

Je vous jure sur la tête de ma mère j’ai rien.. j’ai jamais fumé de ma vie, j’ai jamais bu de ma vie, là je suis ici, là je fume, j’prends des médicaments, j’fais tout à cause d’eux.

-Tu prends quoi comme médicaments ?

– Lyrica, Subutex, tout ce qui est médicament pour calmer la tête j’le prends ! Tout ce qu’elle me donne si c’est clairement pour calmer la tête j’le prends !

– Ils t’en donnent beaucoup des médicaments ?

– Eh j’vous jure y quelqu’un il s’appelle X ici, wallah ils vont le tuer avec les médicaments. Sur la tête de ma mère. Il marche plus le mec, il parle plus maintenant. Il marche plus, il parle plus, ça fait une semaine on lui dit, on lui interdit de prendre les médicaments. Comme ça il reste avec nous, comme ça on lui donne pas les médicaments. Maintenant il parle bien avec sa famille, il parle avec nous, il fait du sport.

– T’aurais le nom des médicaments ?

– Lyrica, [passage inaudible], Tramadol, Subutex (4)… des médicaments c’est pas pour nous, c’est pas pour les gens du centre de rétention, de prison, c’est pour les lunatiques les gens qui vont dans l’hopital de lunatique c’est pas à nous ça.

En plus vous savez j’parle pas de moi, j’parle en général, moi j’suis en train de perdre ma vie j’ai une femme dehors.

– Ça fait combien de temps que t’es là ?

– Ça fait 38 jours, même tout ce qui est [passage inaudible] pour des preuves Forum, mais le jour quand je suis parti au juge, le jour de mon jugement, t’as vu les papiers ils sont noirs, ya pas de preuve, c’est noir. Ça veut dire moi si j’ai mes preuves, elles vont partir au juge, tranquille y a pas de faute, normalement je suis sorti après 3 jours.

– En fait Forum photocopie en noir vos papiers ?

– les Forums c’est des traitres, les policiers c’est des traitres, je fais confiance à personne. C’est pour ça on appelle le journal parce qu’on a confiance en vous, c’est vous qui va avancer l’article. Si vous voulez vous venez voir.

– Quand il y a des visites de journalistes ils font semblant que tout va bien.

– T’as vu quand vous êtes là, c’est eux qui font les victimes à dire que nous on insulte, mais nous on est des arabes, on est des musulmans, on n’insulte pas. On a des familles, on a un principe. Mais c’est eux ils nous poussent pour les insulter.

– Est-ce qu’ils sont violents ?

– Je vous vous jure venez, je vous ramène deux mecs qu’ils ont ramassé des coups de poing, des coups de balai, laisse tomber. Et en plus ils ont porté plainte, si vous voulez je les ramène les deux mecs. Ils se sont fait frapper, après ils ont porté plainte, mais au jour d’aujourd’hui y’a rien du tout. Jusqu’à aujourd’hui ils sont là, et hier quelqu’un les a mis à l’isolement.

– Ils sont partis à l’isolement ?

– Ouais. Ils sont partis hier à l’isolement. Et même hier, pour leurs deux gamelles [passage inaudible]. Hier y’a un policier, c’est pas un policier, c’est un chien. C’est un fils de chien. C’est à cause de lui qu’on a pas l’appétit. Même on le voit, y’a rien qui passe. On peut pas manger, on peut pas rigoler pour nous, on peut pas parler. Il vient, il fait le bonhomme, t’as compris ? Dedans il fait le bonhomme, mais quand il est dehors il marche avec les murs. Ici il fait le mec qui a le droit de frapper et d’insulter tout le monde. Mais on n’est pas en Tunisie ou en Algérie ! C’est la police de l’Algérie ou de la Tunisie qui insulte les gens ? C’est pas ici, pas en France ? En France on a des droits, comme vous, comme nous, comme tout le monde. C’est pas parce qu’on n’a pas les papiers qu’on est des criminels. On est pas des criminels. On est là, on est dans la vie, on aide notre famille, on veut avancer dans la vie ici. Si chez nous, en Tunisie ou bien en Algérie ou bien au Maroc, la vie c’est bien, c’est stable et tout, on va rester chez nous. Je vous explique, y’a des gens ils ont fait trois fois les demandes, quatre fois les demandes, pour le consulat d’Algérie ou de la Tunisie, le consulat leur refuse, alors pourquoi ils sont toujours là ? C’est ça que je comprends pas. Ça se fait pas. Moi j’ai une femme dehors, mon pote X il a une femme et une fille dehors, X pareil, X pareil, X il a des papiers et une famille en Italie, il est toujours là je comprends pas, X il est sorti de prison miskin, il vient de prison ! Il a fait sa peine, et il se retrouve ici ! X pareil, il a les papiers d’italie et il est toujours là. Je comprends pas ils font quoi comme travail, laisse tomber. Laisse tomber sur la tête de ma mère j’ai rien compris wallah.

– T’étais là hier à la manifestation ?

– Ouais j’étais là ! J’étais là hier. Hier c’était quoi ? On mange tranquille, on rigole, y’a le policier il vient à côté de mon pote il met son pied à côté de son plat. Il a dit « t’es pas content ? ». Mais t’es pas content, mais ça se fait pas ! À côté de X, il est venu il a mis son pied à côté du plat de X, et il le regarde et il dit « t’es pas content ? ». Mais nous surtout ce policier on lui parle même pas ! y’a personne qui parle avec lui ! Et lui, tellement il est jaloux, ou bien je sais pas qu’est-ce qu’il a avec nous, c’est lui qui cherche la merde avec nous ! Mais t’as vu, si y’a pas de trucs hallal, y’a pas de soucis, les machines il y a des sandwichs, des salades et tout : y’a rien.

– y’a rien dans les machines ?

– Rien, je te jure y’a rien. Aujourd’hui, juste pour nous fermer notre gueule et tout, ils ont mis même pas six sandwichs la tête de ma mère. Même pas six sandwichs !

– Ils ont juste fait semblant de remettre des trucs, mais ils ont rien mis quoi…

– T’as compris, juste pour dire tiens ferme ta gueule ! Tu veux des sandwichs tiens ferme ta gueule. Six sandwichs mais on est presque trente personnes ici. [passage inaudible] et on demande des télés, des télés, des télés, il nous dit quoi ? Il nous dit « non, vous vous coutez cher. Chaque personne ça coute 5000 euros par jour. » J’ai dit « c’est pas mon problème ça ! »

– bah ouais vous avez pas demandé à être là.

– Bah ouais et puis je m’en fous je coute 5000 ou je coute 10000 euros c’est pas toi qui paye de ta poche ! Il m’a dit quoi ? Il m’a dit « vas-y ferme ta gueule et rentre dans ton lit sinon je te ramène en isolement ». Mais ça se fait pas ! Sur la tête de ma mère ça se fait pas. Bah je sais pas, il faut qu’on fixe un rendez-vous et que vous veniez ici sans leur dire rien. (…) T’as vu les couettes ici ? Depuis 2008 ! Depuis 2014 ! ça veut dire tu mets les couvertures sur toi, sur la tête de ma mère demain tu te grattes comme un fou, tu grattes tout le corps. (…)

Bonne soirée, je vous passe personne X.

– Bonne soirée et bon courage.

– Merci et même si c’est pas le week-end passez un bon week-end en avance.

 

TÉMOIGNAGE 5

 

– ça va ?

– Ça va et vous ?

– Ça va. Est-ce que t’as envie de rajouter des trucs sur ce que les autres ont dit ?

– Oui. Là, il y a un Roumain, il est avec nous. Il va faire 19 ans bientôt, dans trois mois, il m’a expliqué. Il m’a dit le matin, parce que le matin vers 11h du matin, ils nous font sortir dehors, dans la cour, pour faire le ménage et tout ça. T’as compris ou pas ? Il m’a dit comme quoi le matin, quand ils sont venus le réveiller, il a dit « attendez avant de sortir pour que je mette mes affaires, il faut que je m’habille, il faut que j’aille aux toilettes ». Ils l’ont pris par les épaules, avec un short, ils l’ont fait sortir en promenade avec un short ! Y’en a un il a mis une gifle, il a mis un coup de poing dans la tête ! Ça se voit, que c’est rouge ou quoi. Vous comprenez ou quoi ?

– Ils lui ont mis un coup de poing dans la tête ?

– Voilà, un coup de poing dans la tête. Je te jure. C’est pour ça que je t’ai dit tout à l’heure. En plus ils l’ont ramené à l’isolement, et ils l’ont frappé ! Pour rien en fait ! Ça veut dire, c’est comme toi tu viens, tu lui « allez, vous pouvez sortir de la chambre », tu lui dit « laisse moi le temps de me préparer, de m’habiller en fait, pour aller aux toilettes, je veux pas me pisser dessus ! » Ils l’ont fait sortir, ils l’ont pris par les épaules, il lui ont mis un coup de poing, et ils lui ont mis les menottes et ils l’ont amené à l’isolement, et ils l’ont frappé ! Ils l’ont gardé pendant près de 10 heures à l’isolement. Vous comprenez ? C’est un gamin, il a 19 ans. Même pas 19 ans. Dans quatre mois ! C’est le plus petit du centre. Normalement tout le monde quand il le voit ça lui fait de la peine à nous déjà. Imagine, t’as la police qui vient, ils le frappent ils lui font la misère. Ça se fait pas !

– Ouais. C’est chaud.

– C’est chaud. C’est chaud bouillant. Voilà quoi… Vous voulez savoir quoi de plus ?

– Est-ce que tu peux raconter un peu la manifestation, quand les CRS sont venus, qu’est-ce qu’ils ont fait après ?

– Le civil il est venu, un civil arabe il a parlé avec nous, il a dit « calmez vous, on va essayer de changer la situation » et tout ça, et parce que nous on a dit, on a dit « regarde, tous les trucs qu’il y a à manger, c’est dégueulasse, on peut pas le manger. Ils mettent même pas des trucs pour manger, des sandwichs et tout ça. » Aujourd’hui ils sont venus, le civil il a parlé avec tout le monde, il a dit « écoutez nous, restez tranquille, chacun prend son matelas il va rejoindre son lit, et demain je m’occupe de ça, vous inquiétez pas, je vais mettre des sandwichs, je vais mettre tout ça ci ça ça ça. » T’as vu, en gros, il veut nous calmer en fait, avec des paroles nanani nanana, il fait deux trois paroles, et tu te calmes. Et d’habitude la porte, ils vont nous fermer à 23heures. Ben hier ils ont fermé la porte à 9heures, 9heures moins le quart ! On n’avait plus de briquet, on a plus le droit au briquet, on peut plus fumer des clopes avec tout le stress, on peut même pas fumer. Jusqu’à 23 heures quand ils sont venus faire la ronde, je voulais allumer une cigarette.

Et bien comme je vous l’ai dit tout à l’heure pour la machine, ils sont venus, ils ont mis 3 sandwichs, derrière chaque sandwich ils ont ont mis des bouteilles de cocas. Quand tu passes devant la machine, tu vois que y’a des sandwichs, et en fait il y a rien. Il y a trois personnes qui vont prendre chacun un sandwich, derrière le sandwich il y a quoi ? Il y a une bouteille de Coca qui passe avec. Vous voyez ce que je veux dire ?

Ils nous prennent vraiment pour des imbéciles. Il n’y a pas de lois, il n’y a rien ici. Là on est trois personnes là. On est 3 personnes dans la chambre, il en manque un. on a des papiers italiens illimités, on a toute notre famille en Italie, on a tout ce qu’il faut hein, mais on est là. Le problème on nous a dit c’est que comme quoi l’Italie nous a refusé. Je vous jure, j’ai appelé mon père, il a fait sortir le papaier comme je te disais tout à l’heure, le papier où je vais sortir après la date de mon premier jugement. En gros, eux ils s’en battent les couilles des papiers, ils veulent juste nous garder. Comme il a dit mon ami, bonjour 28 jours, bonjour 28 jours. Aujourd’hui, ça fait 28 jours. Avant, le maximum c’était 45 jours, maintenant ils ont fait 3 mois. Au bout de 3 mois ils te ramènent des tests, et si tu refuses les tests pour pas rentrer chez toi, et bien ils te ramènent en prison pour encore 3 mois. Après 3 mois, ils vont te ramener ici.

Je te jure, tu peux rien, t’es comme du beurre, tu vois, du beurre qu’on met sur un plateau et qui va fondre, et ben nous c’est pareil, je vous jure. Parfois on rigole, mais c’est pas un rire qui sort du coeur; juste on fait semblant de rire pour que ça se passe bien en fait.

Il y a des gens qui ont le Covid et qui sont en prison et bien tous les jours des médecins ils vont contrôler si la température est montée ou pas. Ici, même quand tu vas voir un médecin,  il se moque de ta gueule. Quand tu lui dis « je suis malade », ici, y’a même pas un psychiatre ou un psycholoque. Dans le CRA, c’est la première chose qu’il doit y avoir, un psychologue et un psychiatre. Parce que t’es dans un centre et y’a trop de problème, c’est obligé de voir un psychologue avec qui tu peux parler et tout ça, et t’as le droit à un psychiatre, qui parle avec le psychologue, et comme ça le psychiatre il te dit : « tu veux quoi que je te donne? » T’as le droit à des médicaments ou je sais pas moi. Même le dentiste, du côté jaune, il y a presque 15 personnes qui ont mal aux dents, tu vas parler avec le dentiste, mais le seul truc qu’il te donne c’est quoi ? Du Doliprane. Mais je vais faire quoi moi avec du dolipane ? Je vais le prendre ce soir, ça va me calmer la douleur pendant 2-3 heures, et demain je me réveille et c’est encore pire. ça sert à quoi?
Il y a rien. Même il y en avait un, ils l’on ramené, il devait avoir une opération aux jambes. Il a fait un accident du travail. Ils l’ont ramené au bled deux trois jours avant l’opération. ça veut dire qu’ils l’ont ramené au bled, là-bas en Tunisie, mais en Tunisie, quand t’as pas d’argent, tu peux pas te soigner. Il est parti au bled, il n’avait même pas un centime, il va faire comment là-bas ? Il va être handicapé, mais à cause de qui?  A cause de la France. (…)

Nous on a pas besoin d’eux en fait. Ni des policiers, ni des médecins, ni de rien du tout. S’ils nous laissent faire le ménage, on peut faire le ménage. Si on peut avoir un plat dans la chambre, on cantine des trucs, on fait à manger, on a pas besoin d’eux en fait. Je vous jure, il y a des policiers, on peut même plus voir leur tête tellement ils ont des gueules, on dirait des gueules de diable en fait. Surtout le matin, on leur dit bonjourà la porte de la chambre, t’as vu comment eux ils disent bonjour ? On dirait ils se foutent de ta gueule en fait. Je te jure. Hier, ils sont venus me réveiller pour aller au jugement, ils sont venus à 7 heures, ils m’ont dit : « Bon, t’as une demi-heure pour te préparer ». J’ai regardé l’heure, à 7h15 j’étais prêt, je me lève pour faire le café et tout, ils me disent à 7h17 qu’on doit y aller. Je leur dis que j’avais jusqu’à 7h30, ils me disent : « non, on a pas tous la même heure ». Comment ça on a pas tous la même heure ? ça veut dire quoi ? Ils prennent des gens pour des cons ? Ils prennent trop trop trop les gens pour des cons. C’est n’importe quoi.

 

 

(1) Forum Réfugiés, l’association qui officie au CRA de Lyon pour « l’accompagnement juridique » des prisonnièr·es, mais qui en réalité travaille main dans la main avec la police.

(2) PAF : Police aux Frontières. Police qui gère les CRA, et qui commet des rafles dans les gares, aux frontières…

(3) côtés : les différents blocs au sein du CRA de Lyon.

(4) médicaments prescrits entre autres pour le traitement de l’épilepsie, ou de la dépendance à l’opium ou l’héroïne. Tous ces médicaments entraînent une forte dépendance.