Nouvelles constructions: version blog

3000 places d’enfermement en 2027 ?

Actualité des projets de construction et des luttes contre les CRA

En 2023, après 40 ans de durcissement de lois anti-immigration et de politiques racistes, l’État français, a annoncé un grand plan d’augmentation des capacités de rétention administrative, afin d’atteindre 3000 places en 2027 en Centres de Rétention Administrative (CRA) et Locaux de Rétention Administrative (LRA). Deux ans après ces annonces, où en sont les constructions et les luttes qui sont nées dans les villes concernées ?

Ce texte a été écrit conjointement par différents collectifs qui luttent contres les CRA/ LRA et le racisme d’État. Une version brochure est disponible: https://crametoncralyon.noblogs.org/files/2026/02/texte-actu-constructions-1.pdf

Janvier 2026

CRA ET RACISME D’ETAT

Les centres de rétention administrative sont des prisons pour personnes étrangères, issues du contexte colonial français1. Depuis la légalisation des CRA en 1981, et les premières constructions en 1984 ils sont devenus un rouage indispensable de la répression raciste et carcérale que subissent les personnes étrangères en France. Les CRA se sont multipliés sur tout le territoire, et la durée maximale d’enfermement a été progressivement allongée, passant de 24h en 1981, à 90 jours en 2018.

Les préfectures peuvent également enfermer dans des LRA, lieux où la durée de rétention est de 48 heures avant une expulsion ou un transfert en CRA. Les LRA sont plus difficiles à identifier que les CRA, ils sont créés par arrêté préfectoral et peuvent être localisés dans des commissariats ou des hôtels. En 2023, c’est plus de 200 nouvelles places en LRA qui ont été annoncées. Nous ne disposons pas d’informations précises sur tous les projets.

L’État enferme en théorie pour expulser mais pas seulement. Par exemple les autorités consulaires algériennes ne délivrent plus de laissez-passer depuis des mois mais les juges continuent d’enfermer les ressortissant•es algérien•nes (qui représentent environ un tiers des retenus aujourd’hui). Cet exemple illustre parfaitement le caractère colonial de la rétention ainsi que sa fonction première : celle de punir, d’humilier et de briser les personnes étrangères. Dans les CRA, l’arbitraire des flics fait loi et la violence est omniprésente. Tous les jours, les flics humilient, insultent, provoquent, frappent. Les prisonnier•es sont, entre autres, privé•es de soin, privé•es d’une alimentation correcte. Si toutes les taules sont des lieux de torture, les personnes ayant fait l’expérience des différents types d’enfermement insistent souvent sur le fait que le CRA c’est le pire.

Or, pour pouvoir enfermer plus, l’État a besoin de plus de places en CRA : en 2017 est enclenchée la première phase du « plan CRA ». Plusieurs CRA existants sont agrandis, faisant passer le nombre de places en CRA de 1400 à 1869 : des travaux sont réalisés dans les CRA de Strasbourg, Nîmes, Metz, Mesnil-Amelot, Lyon, Coquelles, Lille et Hendaye. Deux nouveaux CRA ouvrent : à Lyon en 2022 et à Olivet (près d’Orléans) en 2024. Des projets de construction de nouveaux CRA sont lancés à Bordeaux, à Nice et au Mesnil-Amelot.

En 2023, Darmanin annonce la deuxième phase de ce « plan CRA », c’est-à-dire la construction de 8 nouveaux CRA d’ici à 2027, pour atteindre une capacité d’enfermement de 3000 places – le tout pour la modique somme de 240 millions d’euros sur 4 ans. Au total on parle donc de 11 projets de construction annoncés depuis 2022. Où en sont ces projets ?

« PLAN CRA » : 8 NOUVEAUX CRA EN 2027, OÙ EN SONT LES CONSTRUCTIONS ET QUELLES LUTTES SUR PLACE ?

O n peut tout de suite dire qu’il y a pas mal de retard sur les constructions. Un rapport commandé par une sénatrice LR indique que les 3000 places ne seront finalement atteintes qu’en 2029, et fournit quelques éléments de calendrier : Bordeaux et Dunkerque en 2026, Dijon en 2027, Nantes, Béziers, Oissel (Seine-Maritime) et le site Périchet au Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) en 2028, et Aix-en-Provence en 2029. Le rapport ne cite donc que 8 des 11 projets initialement évoqués dans les annonces de Darmanin en 2023 (Goussainville, Nice et Mayotte ne sont plus évoqués).

Des collectifs ou coalitions d’organisations se sont constitués dans plusieurs villes concernées par les nouvelles constructions, ce qui permet aujourd’hui d’avoir des retours sur l’avancement des projets. Petit état des lieux :

Aix en Provence : très peu d’informations sur le projet ; la maire d’Aix-en-Provence s’est prononcée contre la construction d’un CRA sur la zone prévue, censée servir le développement économique de la ville. Le plus proche collectif est l’assemblée contre les CRA de Marseille, qui se mobilise contre le CRA situé dans leur ville. Leur blog : https://marseilleanticra.noblogs.org/

Béziers : dans ce fief de l’extrême droite, il est sans doute superflu de préciser que le maire, Robert Ménard, fait du zèle pour que le projet voit le jour sur sa commune. Le terrain sélectionné se situe à côté de la prison actuelle : il s’agit d’un terrain qui appartenait à la collectivité et qui a été cédé à l’État. A l’heure actuelle il est non constructible, une modification du PLU devrait bientôt être votée. Il est censé ouvrir fin 2027. Il y a un collectif qui se mobilise sur place, leur instagram : @anticra34

Dijon : l’ouverture d’un CRA de 140 places est prévue pour 2027, à côté de l’aéroport, sur la commune de Longvic. Le chantier doit commencer en 2026 et c’est Vinci qui a remporté une bonne partie de l’appel d’offre.

Il y a un petit groupe local à Longvic qui a fait une pétition, qui n’évoque pas forcément les mêmes raisons que le collectif antiCRA de Dijon. Ce dernier collectif a organisé une manifestation à Dijon en avril 2025, ainsi que 3 évènements à Longvic. La maire de Dijon (PS) s’est prononcée pour le projet.

Une manifestation sera organisée par l’antiCRA Dijon le 18 avril 2026. Leur instagram : @anticra.dijon et facebook : Collectif Dijon antiCRA.

Dunkerque : un CRA de 140 places est en construction à Loon-Plage, sur un terrain du Grand Port Maritime de Dunkerque. L’appel d’offre a été remporté par la société Spie Batignolles Nord et les travaux ont commencé, entourés de palissades. L’ouverture est prévue pour mars 2027. En novembre 2025 une association de défense de l’environnement a déposé un recours administratif contre le permis de construire, qui n’a pas encore été audiencé. Un collectif existe sur place et a organisé plusieurs évènements (soirée, ciné-débat). Leur blog : https://dunkerqueanticra.noblogs.org/

Goussainville (près de Paris) : un CRA de 140 places devrait être construit dans le nord de Paris, à côté de l’aéroport Charles de Gaulle. Si le CRA devait initialement être situé en plein centre-ville, le maire semble avoir négocié pour qu’il soit construit plutôt sur un terrain en périphérie de la ville. Une modification du PLU nécessaire à la construction a été votée lors d’un conseil municipal en juillet 2025, mais depuis il y a peu d’informations sur l’avancée du projet (avec les municipales qui approche, le projet semble peu porteur électoralement dans cette ville dont une grande partie de la population est issue de l’immigration).

L’assemblée contre les CRA d’Ile de France tente d’informer localement sur le projet et de construire une mobilisation ; plusieurs réunions publiques ont eu lieu, ainsi qu’un tournoi de foot anti-CRA en octobre 2024 pour diffuser de l’information. Leur blog : abaslescra.noblogs.org

Mayotte : selon l’annonce de 2023, un nouveau CRA de 140 places devait être construit à Koungou, venant doubler le nombre de places en CRA à Mayotte, où il existe déjà un CRA à Pamandzi. Mais depuis, pas de nouvelles du projet.

Mérignac (près de Bordeaux) : Un premier projet à Pessac a été rejeté suite à une opposition des habitant.es, mais qui était principalement basée sur des motifs racistes. Les travaux du CRA à Mérignac ont commencé à l’automne 2024, et le CRA est censé ouvrir à l’automne 2026. Le maire de Merignac est favorable au projet. Les entreprises impliquées sont notamment : Bouygues, SGAMI Sud-Ouest, DHA- Architecture (Paris), Groupe CETAB, HTM- Bureau d’Étude (Bidart), IDB Acoustique, SAMOP Aquitaine, APAVE- Bureau de contrôle, A+R Paysages.

Il existe un collectif avec des partis (LFI, NPA..) et des associations locales (Cimade, Asti ..), qui ont notamment tenté plusieurs recours juridiques qui ont échoués. Des manifestations et vélorutions ont été organisées.

Il existe aussi un collectif AntiCRA autonome dont l’instagram est @bordeaux.anticra.

Bonne nouvelle ! On vient d’apprendre par la presse locale que le CRA de Merignac, dont le chantier est en cours, à subit de lourdes dégradations autour du 19-20 janvier 2026 :  » Grillage découpé, système de vidéosurveillance anéanti, vitres étoilées, câbles électriques arrachés, canalisations d’eau endommagées, carrelage brisé, murs dégradés, mousse expansive déversée dans des siphons, etc. Le ou les auteurs qui ont vandalisé les bâtiments du futur centre de rétention administrative (CRA) de Mérignac ont dévasté une grande partie du site. » Les dégâts s’élèveraient à plus de 100 000 euros… plus d’info à lire ici : https://lagrappe.info/?Merignac-Saccage-en-regle-du-chantier-du-centre-de-retention-1822

Nice ou Grasse ou quelque part dans les Alpes Maritimes : si le nouveau CRA des Alpes-Maritime devait initialement être construit à Nice, à côté de l’aéroport, finalement il s’avère que le terrain est inondable. Depuis c’est un vrai feuilleton pour savoir où sera construit le nouveau CRA et qui sera le plus fasciste : Estrosi (le maire de Nice) proposait à la base de construire un LRA (local de rétention administrative) à Nice ; Ciotti (député) s’insurge que ça serait trop petit et qu’il y a besoin d’un CRA ; en juin 2025, Retailleau le rassure en lui parlant d’un projet à l’étude pour le construire à Grasse, mais finalement Viaud (le maire de Grasse) refuse le projet : eh oui, il avait déjà prévu d’utiliser ce terrain pour doubler la capacité de la prison (la plus grande du département). Nous n’avons pas encore d’écho de collectif sur place, mais bon courage à elleux !

Oissel : le début des travaux pour la construction d’un nouveau CRA de 140 places, dans une ville qui en compte déjà un de 70 places, sont prévues pour mai 2026. Nous n’avons pas non plus d’informations concernant un collectif sur place.

Nantes : les travaux pour un CRA de 140 places devraient commencer en 2026. Il est aussi prévu la construction d’une annexe du tribunal et d’un stand d’entrainement au tir pour la PAF (police aux frontières). Les entreprises à qui a été confiée la maitrise d’ouvrage sont EGIS Conseil et Alma Consulting, et l’entreprise principale en charge des travaux est Léon Grosse. Deux manifestations ont déjà été organisées contre le projet ainsi qu’un festival, plusieurs réunions publiques et des actions de blocage des bureaux d’EGIS. La maire Johanna Rolland (PS) a communiqué son « opposition de principe » au projet mais a sorti un plan sécuritaire en 2022, conçu avec Darmanin : l’installation de plus de 100 caméras, des recrutements policiers massifs et la construction d’un CRA dans le 44. En octobre 2025, on a appris que l’état avait pour projet de construire un LRA dans le commissariat de police Waldeck-Rousseau (le commissariat principal de Nantes). Actuellement, des algecos sont en place dans l’arrière cour mais il y a du retard dans la mise aux normes et la sortie de l’arrêté.

Sur place il y a un collectif antiCRA 44, qui est notamment en lien avec le Network Against Migrant Detention, un réseau Italo-Albanais qui s’est formé contre les accords d’externalisation des frontières et la construction des CPR italiens en Albanie. Leur instagram : @anticra44.

Il y a également une coalition d’organisations, partis, collectifs, associations et individus qui lutte contre le projet, appelée Colère Nantes. Leur site internet : www.colere-nantes.fr. Iels organisent notamment un festival anticra le samedi 4 avril 2026 par Colere Nantes.

Rouillé : la préfecture de la Vienne prévoit en 2024 la création d’un LRA de 6 places dans une ancienne gendarmerie d’autoroute, au bord de l’A10. Une réunion d’information publique permet la création d’un collectif local, dans cette petite ville qui a connu un camp d’internement vichyste pendant la 2ème guerre mondiale.

Plusieurs actions (rassemblement, manif à vélo, ciné-débats) mobilisent les habitant•es. Pétitions et informations sur https://c.org/jQ4FxP4PZc ou par email (collectifrouilleantiLRA@proton.me) Bonne nouvelle ! On apprend juste avant de sortir cette brochure que le projet construction du LRA de Rouillé est annulé.

UN PLAN QUI S’INSÈRE DANS UN PROJET POLITIQUE BIEN PRÉCIS, RACISTE ET CARCÉRAL

Ce plan de construction arrive comme l’aboutissement de deux dynamiques à l’œuvre ces dernières années : d’un côté un durcissement des politiques anti-immigration rendant de plus en plus difficile l’accès aux papiers pour toutes les personnes n’ayant pas la nationalité française (loi Darmanin de 2024, suspension de la circulaire Valls) ; et de l’autre une criminalisation croissante des personnes étrangères érigées comme responsables de tous les problèmes de la société.

Un bon exemple est la construction médiatique autour du féminicide de Philippine, allant jusqu’à justifier un projet d’allongement de la durée de rétention à 210 jours2. Les répercussions de ces politiques sont concrètes, et conformément à ce qu’avait exigé Darmanin, justice administrative et justice pénale avancent de plus en plus main dans la main pour détruire la vie des personnes étrangères. De 2017 à 2024, le pourcentage de personnes sortant de prison parmi les personnes retenues en CRA est passé de 8,5% à 28,2%. Cela devient la première modalité d’entrée au CRA, juste devant les arrestations pour « suspicion d’infraction » (26%). La figure de l’étranger délinquant à expulser est bien pratique pour ces fachos : elle permet de maintenir dans la peur et de discipliner toutes les personnes à qui on pourrait retirer les papiers, pour les obliger à accepter des conditions de vie et d’exploitation toujours pires.

Le CRA devient alors une annexe de la taule classique, un lieu pour envoyer toutes les personnes à qui on applique la double peine. Cette double peine passe par plusieurs mécanismes : rendre quasiment impossible le renouvellement des titres de séjour pour les personnes en situation régulière à leur entrée en prison, ce qui permet de les envoyer en CRA directement à leur sortie de prison ; mais aussi sanctionner d’un refus de renouvellement de titre de séjour et d’une OQTF pour « menace à l’ordre public » les personnes ayant eu le malheur de s’être retrouvées un jour entre les mains des flics ou des juges (garde à vue, déferrement…).

La rétention permet d’enfermer des personnes étrangères sans jugement, comme une voie de décharge de la justice pénale et de l’usine des comparutions immédiates. En effet, il est possible d’enfermer tous•tes celleux qui sont arrêté•es dans la rue pour tout et n’importe quoi et sans besoin de preuve pour « suspicion d’infraction ». Iels ne passent pas devant le juge pénal, il n’y a pas de poursuite, mais iels sont quand même envoyé•es au CRA avec une OQTF. Dans les juridictions, la préfecture désigne elle-même cette pratique comme « le choix de donner une orientation administrative au dossier ».

LA SUITE ?

Plus que jamais, le contexte nous le rappelle : la lutte contre les CRA doit être une lutte contre les taules et toutes les formes d’enfermement. S’opposer par tous les moyens aux projets de construction actuels est une manière de mettre un caillou dans la machine bien huilée du racisme d’État et de l’enfermement. Sans cet outil répressif, l’application des politiques anti-immigration est plus difficile.

Alors continuons à lutter contre ces projets et mettons-nous en lien pour nous y opposer partout et avec plus de force !

En 2026, des dates de mobilisations nationales sont appelées dans plusieurs lieux pour s’opposer à ces projets.

Des appels circuleront via les différents collectifs locaux, y’aura besoin de soutien !

Ce texte a été écrit conjointement par différents collectifs qui luttent contres les CRA/ LRA et le racisme d’État.

 

1 Si vous voulez plus d’infos sur l’histoire de ces lieux d’enfermements racistes, vous pouvez consulter cet article de la revue Z « Arenc, le matin des centres de rétention : Enquête sur l’enfermement des étrangers à Marseille, de 1963 à 2006 ». N° 2, 2009 : https://shs.cairn.info/revue-z-2009-2-page-14?lang=fr).

2 Cette disposition a finalement été bloquée sur la forme par le conseil constitutionnel, mais risque bien d’être proposée sous une nouvelle forme dans une prochaine loi.

Témoignages pour la Commémor’action de Grenoble

Le 6 février est un jour d’action contre le régime des frontières et pour demander justice, vérité et réparations pour les victimes des politiques migratoires et leurs familles.

Ce jour a été choisi car le 6 Février 2014, plus de 200 personnes sont parties des côtes  Marocaines pour rejoindre à la nage l’enclave coloniale espagnole de Ceuta. La « Guardia Civil » à utilisée des équipments anti-émeute pour les empécher de toucher le « sol espagnol » pendant que les soldats marcocains observaient la scène sans rien faire. 15 personnes ont été tuées et plus de douzes sont portées disparues. Les survivant.es ont été refoulé.es, certain.es sont mort.es au Maroc.

Pour répondre à cet appel à Commémor’action, une journée de  lutte et de soutien a eu lieu place Félix Poulat, le 7 février à Grenoble. Différents témoignages et hommages ont eu lieu. Nous avons pu entendre trois détenus du CRA de Lyon. Voici la retransmission de leurs témoignages.

(Les témoignages ont été coupés et montés pour faciliter la compréhension).

Témoignage de M.

Moi je suis guinéen et la police ils m’ont forcé pour partir au consulat guinéen. J’ai rentré jusqu’à là-bas mais le consulat il a dit il n’est pas d’accord pour signer pour me ramener en Guinée. Ils m’ont sorti de là-bas et après ils m’ont envoyé ici. Je suis parti avec eux, ils m’ont forcé. C’est la police en civil qui m’a ramené là-bas. J’ai rien fait. Ils voulaient me rentrer dans mon pays comme ça… J’ai rien fait.

Dans mon pays y a rien, j’ai pas de famille là-bas, ma famille elle est morte. Depuis 2012, j’ai rentré ici (en France). Je connaissais personne, je suis rentré et j’ai demandé l’asile à Lyon ici. Jusqu’à maintenant y a pas d’aide, y a pas d’hébergement, y a pas de papier, y a pas de travail. Je dors dehors. Avec ça ils m’ont pris et ils m’ont amené dans le centre de rétention. Ça fait maintenant deux fois que je viens ici. En 2023 et en 2025. (inaudible) Ici on est dans la merde. Je veux sortir du centre de rétention. On en a marre.

Témoignage Inskander

J’ai pris le bateau. J’ai fait 250 kms de Annaba jusqu’à Cagliari en Italie, dans l’eau, dans un petit bateau avec un moteur 40. C’est à dire qu’on a vraiment risqué nos vies. J’étais en pleine conscience, vraiment en pleine conscience. C’est pas un gros bateau de plusieurs mètres où par exemple le moteur c’est 500. On a assumé nos actes.

Voilà je suis au CRA. Je suis quelqu’un qui a pas de papiers et et je suis vraiment intégré. J’ai fait 16 mois pleins en prison. C’est la première fois malgré que j’ai fait 6 ans ici en Europe, surtout en France. J’avais aucun truc, aucune violence, aucun vol avant. Et voilà, j’ai assumé mes actes on va dire. J’ai assumé, j’ai passé les 16 mois. Et ils m’ont mis encore au CRA.

Et en plus je suis malade, je suis asthmatique moi, vous pouvez vérifier si vous voulez. Par exemple au CRA, les cellules elles sont trop chaudes par rapport au chauffage et ça fait de l’humidité et moi je suis asthmatique. La dernière fois je suis parti voir le juge, je lui ai dit « voilà moi je suis asthmatique, j’ai fait une crise deux fois, voilà l’ordonnance pour la ventoline, le symbicort ». J’ai même une adresse ! En plus j’ai respecté l’assignation à résidence, de l’OQTF. Par exemple quand ils nous donnent l’OQTF, je suis obligé chaque lundi de passer au commissariat de la PAF pour faire la signature pour dire que voilà je suis présent, je suis ici. J’ai toujours respecté, j’ai tout donné. Mais y a rien qui change, avec l’adresse, avec la maladie, avec tout… et jusqu’à maintenant y a rien qui change, ça veut dire, ni ils veulent nous envoyer au bled ni ils nous laissent tranquille.

Par exemple moi j’ai demandé de sortir d’ici, je suis quelqu’un d’intégré, je voulais tourner la page et ils veulent pas. Et en plus au CRA, les repas c’est de la merde. Nous on est là au CRA parce qu’on a fait des bêtises, parce qu’on est hors-la-loi. Mais l’Algérie c’est bloqué, ils peuvent envoyer personne au bled, le consulat algérien ne répond pas. Ça veut dire pour des personnes qui ont l’expérience… Voilà il y a des personnes qui ont fait des bêtises mais voilà son casier il est bien, il est intégré, il a une adresse, on le lâche. Peut-être qu’il peut faire quelque chose, peut-être qu’on peut lui donner une chance qu’il fasse pas de la merde en plus. Parce que si eux ils pensent que quand ils le mettent ici, quand on sort on va avoir peur mais non, ça va pas faire ça, ça va faire le contraire. De perdre du temps ici, ça va faire une boule de haine pour moi et je vais sortir, je vais rester exprès ici. Il faut donner une chance aux gens, peut-être il sort et il va vous oublier, il va partir dans un autre pays et il va faire sa vie.

Pour d’autres personnes, comme j’ai dit aussi, au CRA si y a un problème je suis obligé de le signaler aux policiers, par exemple aux policiers en civil ou Forum. Je dis par exemple voilà, moi j’ai un problème avec quelqu’un et si on s’embrouille ils nous envoient en prison. Normalement eux ils vont nous changer (de bloc) et y a pas de problème. Et eux ils ont dit non la dernière fois et ils m’ont mis encore au mitard et le mitard normalement c’est interdit pour moi parce que je suis asthmatique. Et voilà ils m’ont pas changé, ils m’ont mis encore… j’ai fait 24h dans le mitard et ils m’ont mis encore dans le même bâtiment. Même les policiers je vous jure, ils m’ont dit quand j’ai parlé et que j’ai dit « votre commandant il fait exprès », ils m’ont dit « ouais je sais pas quoi vous dire, mais vous avez raison monsieur, nous on peut rien faire parce que c’est pas nous qui gèrent, c’est lui qui gère ». Par exemple (inaudible), j’étais en prison à Villefranche, puis au CRA maintenant. Je vais vous donner mon point de vue par rapport à ça. Par exemple, je vous signale un problème, changez moi ! Comme ça moi je m’embrouille pas avec ces personnes là et je sors le plus vite possible. Si je m’embrouille, on m’envoie encore en prison, après je me retrouve au CRA et encore en prison.

Ici, il y a des gens qui comprennent pas la langue et qui connaissent par leurs droits et alors, ils font de la merde sur ces gens. Si il y a des gens comme quelqu’un comme moi, qui parle français, qui comprend, ils peuvent pas faire ça. Y a quoi d’autre… Bah voilà par exemple y avait des gens, là maintenant on parle d’autres personnes que moi, y a des personnes qui parlent espagnol, qui ont des enfants par exemple en Espagne, ils ont fait 28 ans en Espagne et eux, ils les laissent ici, au CRA ! Ils vont pas les renvoyer en Espagne. Ils vont prendre deux mois, après ils les envoient. Pourquoi ils font pas les démarches en un mois ? Un mois c’est pas un jour ! Ils font exprès comme ça avec le stress tu retournes en plus en France. Mais ça ça va faire sortir de la haine !

Témoignage de Omar

Moi j’ai 25 ans, je suis en France depuis que j’ai 20 ans, je suis en France depuis 5 ans. Je suis en France depuis 2020. Je fais tout, j’ai payé mes impôts, j’ai travaillé comme jamais. J’ai payé les associations. J’ai fait tout… Ooh… Là j’ai 0,14 de sucre, ça veut dire… c’est bon… Moi j’aimerais mourir ici plutôt que d’aller en Tunisie.

J’ai travaillé avec mon patron pendant 3 ans. Il m’a pas payé. Il m’a donné tous les papiers pour que je règle ma situation, je lui ai dit « donne moi un peu d’argent quand même, j’ai besoin d’argent ». Il m’a dit non, je lui ai dit que j’allais aller aux prudhommes. Il m’a dit « si tu vas aux prudhommes je te tue ». Ça veut dire que j’ai peur de lui, je suis allé à Annecy, j’ai travaillé avec Azaé pendant 5 mois comme aide à domicile. J’aide les personnes âgées. Si vous allez voir tout le monde et que vous demandez « c’est qui Omar », ils vont dire, tous les vieux avec qui je travaillais ils vont vous dire (inaudible), ils me connaissent très bien. Je fais du sport, je travaille, je rentre chez moi. Jamais de garde à vue de ma vie. Jamais jamais la police m’a arrêté, jamais de ma vie. Les gens ils sont fous, ils font tout et ils sont dehors maintenant. J’ai travaillé 1 mois aussi et on m’a augmenté, j’ai pris un autre poste, ça veut dire qu’ils sont contents de moi.

Mon dossier il est chez l’avocat… Là ils ont dit que je suis terroriste ! Je suis terroriste ! Ou je sais pas comment on dit. Je suis terroriste ça veut dire qu’ils veulent niquer ma vie, ils veulent me tuer. J’ai 25 ans, j’ai rien vu de ma vie, j’ai rien vu. Mon père il est décédé, je l’ai vu avec les caméras mon père. Là je rentre en Tunisie, même si j’ai rien, eux ils entendent ça, je vais mourir. Ça c’est sur. Moi je préfère mourir ici, c’est mieux qu’après 5 ans je vois ma mère et qu’entre nous y a le mur, même pas je peux lui faire un câlin, après 5 ans. Je suis un humain moi, je suis un humain. Je suis comme tout le monde, je suis comme tout le monde. Moi si j’ai fait quelque chose, ok je mérite. Ici tout le monde, si ils ont volé ils disent c’est pas grave, on mérite ça. Mais pourquoi je suis là ? Pourquoi je suis pas en prison ? Le juge il m’a libéré une fois. La deuxième fois il m’a tout enlevé, l’interdiction de retour de 10ans, il m’a laissé 2 ans, enfin la préfecture a rajouté 2 ans. Si j’ai fait quelque chose pourquoi ils ont pas laissé tout ça ? L’avocat je l’ai payé 1200 euros. Si je rentre en Tunisie, pour rendre l’argent pour les gens qui m’ont donné pour payer mon avocat, je fais comment ? Il faut que je vende un terrain moi là bas pour payer les gens.

J’ai commencé ma grève de la faim le 17 janvier à 18h, après manger. Le lendemain, ah non, après 2 jours, ils m’ont donné un papier pour signer, c’est à dire le 19. J’ai signé et à la place de mettre le 17 à 18h, ils ont mis le 18 à 18h. Je suis allé voir le policier et j’ai dit « comment vous mettez ça » et il a dit « t’ajoutes un autre jour tu manges pas », c’est à dire qu’il s’en fout de moi, il s’en fout. Moi j’ai besoin juste de quelque chose. Moi je suis venu en France pour voir la loi, parce qu’il y a la loi. C’est pour ça que je suis là moi. Mais je me suis trompé. Ils veulent (inaudible). Moi j’ai rien fait, ils ont rien trouvé. Si je suis comme ça, pourquoi ils m’ont pas fait ça avant ? Pourquoi je suis pas en prison ? Pourquoi je suis au CRA ? Pourquoi ? Je suis dégoûté… je te jure je suis dégoûté, je suis pas bien du tout.

Feu aux CRA – Liberté de circulation ! 

Brochure nouvelles constructions

L’Etat continue à développer sa machine raciste  pour enfermer et expulser toujours plus en construisant de nouveaux CRA.  On a écrit cette brochure collectivement avec différents collectifs qui luttent contre les CRA et le racisme d’Etat pour documenter les constructions  en cours, les projets, informer sur les luttes en cours.

Le lien vers la brochure: https://crametoncralyon.noblogs.org/files/2026/02/texte-actu-constructions-1.pdf

CONTRE LES RAFLES DES PERSONNES SANS-PAPIERS

Le 17 et 18 juin dernier, la police a mené une grande campagne de contrôles d’identité et d’arrestations de personnes sans papiers à Lyon et partout en France. Plus de 600 personnes ont été arrêtées. À Lyon, ces opérations ont conduit à l’arrestation de plus de 30 personnes à Jean Macé (à quelques pas du musée de la Résistance et de la déportation, la symbolique est forte), la Guillotière, Croix Rousse, place des Terreaux, Perrache… Ces rafles ont un objectif assumé : rendre la vie impossible aux personnes à qui l’État refuse de régulariser leur situation. Si cette opération a été lancée et largement médiatisée par Bruno Retailleau qui cherche toujours plus à séduire l’électorat du RN, elle s’inscrit dans la longue histoire des politiques racistes, xénophobes et coloniales menées par l’Etat. Depuis l’arrivée de Retailleau au ministère de l’intérieur, ces opérations se sont intensifiées. Fin mai, de nombreuses rafles avaient eu lieu dans les transports en commun. Aux frontières françaises, les refoulements dans la neige ou dans la mer sont une
réalité meurtrière quotidienne.

Les personnes arrêtées sont placées en Centre de Rétention Administrative (CRA) et sont en danger d’être déportées. Même quand elles ne sont pas expulsées, elles peuvent rester enfermées jusqu’à 7 mois (c’était encore 3 mois jusqu’au 8 juillet !!) dans des conditions indignes : violences policières, insultes racistes, nourriture insuffisante et ignoble, promiscuité… Seulement parce qu’elles ne possèdent pas les « bons » papiers. Elles perdent alors leur travail, leurs relations sociales, leur famille, bref c’est toute leur vie qui est détruite.

Ce à quoi nous avons assisté ces derniers jours franchit de nouvelles limites dans les pratiques policières. De nombreux témoignages relatent que des policiers se sont introduits dans des immeubles et ont demandé aux
habitant·es et aux passant·es de dénoncer les personnes sans papiers qu’elles connaissaient.

Face à ces opérations racistes et xénophobes, nous ne pouvons pas fermer les yeux !

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Si vous ne courez pas ou peu de risques face à la police car vous êtes blanch·e et/ou que vous avez des papiers d’identité français :

Vous pouvez filmer les contrôles et les interpellations. Ce n’est pas illégal, mais vous risquez de vous faire contrôler, ce qui leur fera perdre du temps.
– Occupez les flics, ralentissez-les. Quelques exemples : demander son chemin, faire la conversation, simuler un malaise…
– demandez à voir la réquisition du procureur qui autorise les contrôles : bien vérifier l’heure et le secteur, sans ce papier les contrôles sont illégaux et les personnes arrêtées peuvent être libérées. Prenez le temps de la lire en détail.
– Connaître le texte de loi sur le contrôle au faciès peut aider à garder sa contenance si vous décidez de parler à la police
Prévenez les gens menacé·es des situations de contrôles aux environs ou des opérations policières en cours
– Rappelez (quitte à crier) leurs droits aux personnes en train de se faire contrôler
– Suscitez l’indignation des passant·es en expliquant le contexte politique dans lesquelles interviennent ces rafles et leur caractère raciste et xénophobe.
Notez le nom de la rue et l’heure de l’arrestation et transmettez ces informations aux collectifs de soutien aux personnes sans-papiers de votre ville, avec la vidéo de l’arrestation si vous avez filmé. ça pourra
être utile pour la procédure.

si un·e de vos proches s’est fait·e arrêter : cherchez où iel se trouve en appelant les commissariats (encore mieux si un·e avocat·e le fait). Attention vous devez savoir si la personne a donné son vrai nom ou pas.
– récupérez rapidement tous les documents qui pourront montrer que la personne a des liens en France et transmettez-les à l’avocat·e.
– en cas de placement en CRA, venir nombreuxses à la première audience devant le Juge des Libertés peut influencer la décision du juge.

 

Que faire quand on est sans papiers ?

Les personnes sans-papiers ne devraient jamais avoir à se cacher, avoir peur de sortir de chez elles, chercher des stratégies au quotidien pour se protéger… En parallèle de ces quelques conseils pour éviter le pire, nous devons lutter
sans relâche pour exiger la liberté de circulation et la régularisation sans conditions.

Pour éviter une arrestation et un placement en CRA :

– les lieux de contrôle les plus fréquents sont les gares SCNF, grosses stations de métro, lieux de passage, certaines places…
– dans les transports en commun, ayez un titre de transport
– si vous devez voyager, évitez les trains et les bus internationaux. Privilégiez le covoiturage. Si vous devez quand même prendre le train, descendez un arrêt avant votre destination si c’est une grosse gare. En voiture, attention aux grands péages (près des grandes villes, frontières…).
Rassemblez tous les documents qui prouvent votre présence et vos liens en France (attestation de droits AME, relevés de compte, déclaration d’impôts, ordonnances, certificats de scolarité de vous ou vos enfants, ustificatif de domicile, certificat de PACS ou de mariage…). Mettez-les en lieu sûr et dites à vos proches où ils se trouvent.
– Connaissez le nom et le barreau d’un·e avocat·e de confiance et le numéro d’un·e proche
– N’ayez jamais votre passeport sur vous (même une photocopie), ni un faux document officiel. N’ayez pas non plus votre carte AME, elle prouve que vous êtes sans-papiers.
– Par contre, vous pouvez avoir des documents non-officiels qui attestent de votre identité et de vos liens en France : carte d’étudiant·e, badge de travail, certificat de PACS ou de mariage…
– Si vous prévoyez de donner une fausse identité en cas d’arrestation, prévenez vos proches à l’avance de cette fausse identité

– en cas de contrôle :

demandez à voir la réquisition écrite du procureur pour vérifier si les horaires et l’adresse indiquée correspondent à votre arrestation. Retenez l’heure et l’endroit exacts du contrôle car des vices de procédure pourraient vous faire libérer.
– stratégie possible : dire à la police « je suis désolé·e je n’ai pas mes papiers sur moi, je suis pressé·e, je vais au travail / à l’université, voilà mon badge / ma carte d’étudiant·e. »
– si la préfecture vous donne des mesures d’éloignement (OQTF, CRA, assignation à résidence…), faites les recours très rapidement contre chacune de ces mesures (en général 48h max).

en cas d’arrestation :

– il est possible d’être emmené soit en retenue administrative (dans le but de « vérifier vos papiers ») (24h max), soit en garde-à-vue.
– dans les mains de la police, vous avez des droits. si ils ne sont pas respectés, cela peut constituer un vice de procédure qui permettrait de vous libérer. Il faut donc connaître ces droits : avoir un·e interprète, voir un·e avocat·e, un médecin, refuser de signer le procès-verbal, garder le silence. En retenue administrative, vous pouvez garder votre téléphone et contacter vos proches. En garde-à-vue, vous pouvez prévenir un·e seul·e proche et votre employeur. La police doit vous notifier chacun de ces droits.
ne dites jamais à la police que vous refusez l’expulsion car ils risqueraient de vous envoyer en CRA sous prétexte de « risque de fuite ».

en cas de placement en CRA :

– allez voir les membres de l’association (Forum réfugiés à Lyon), donnez leur le nom de votre avocat·e ou demandez le nom de l’avocat·e de permanence pour votre audience (afin de lui transmettre les éléments de votre dossier) et dites-leur que vous voulez faire un recours contre toutes les mesures prises à votre encontre : placement en CRA, OQTF, IRTF…
– 2 stratégies possibles : cacher votre identité et ne surtout pas donner votre passeport (si vous n’avez aucune chance de faire annuler votre OQTF), ou bien donner votre identité et demander une assignation à résidence (si vous avez une chance de faire annuler votre OQTF) (ce qui implique de donner son passeport).
– essayez de vous rapprocher des collectifs de soutien aux personnes enfermées en CRA de votre ville.
– la mobilisation de vos proches à l’extérieur permet parfois une libération : rassemblement, pétition, médiatisation… toute forme de pression sur la préfecture.

Plus de ressources sur la chaîne YouTube de @LyonAnticra et de @abaslescra6917
Legal team antiraciste : 07 80 99 99 82
contre les rafles à Lyon :  @riseup.net

tracts en pj : français, anglais, arabe à venir :

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Témoignage de personnes enfermées au CRA 1 de Lyon (22 avril 2025)

– Bonjour. tu veux qu’on témoigne de quoi ?

– Nous on est un collectif qui essaie de faire savoir ce qui se passe dans les centres de rétention et du coup si y a des choses que vous avez envie de raconter comment ça se passe, on enregistre et on publie.

– On est une vingtaine de personnes, on est enfermés dans une cage à oiseaux, voilà tout simplement. On manque de sucre, on est en manque d’alimentation, voilà. Et d’autres choses.
il y a des jours où le repas ça va on va dire que c’est satisfaisant, il y a des jours c’est médiocre voil,. il y a des jours on dort avec le ventre noué, on a faim, on est là, on mange des clopes. On a pas de sucre, pas assez de sucre. on est 21, chacun son cas, chacun sa situation. On est là, des africains, des tunisiens, des marocain,s des algériens, Tchad, Gitan, Guinéens… Si vous voulez je vous passe un gitan qui est là. Moi je sais pas, les gitans, moi j’ai grandi ici j’ai appris que les gitans ils étaient ancestrals, qu’il y ait un gitan en centre de rétention… un autre qui a eu deux fois sorti de séjour. des gens qui ont des enfants ici qui sont en centre de rétention. Voilà y a pas de violeurs, y a pas de criminels. moi je vois que des gens avec des droits, des affaires en commun. ya des entrepreneurs, si ils viendraient des prendre des gens ici, ça serait… Voilà, chacun il a un métier, chacun il a un talent, on a le temps pour voir ça quoi. Des talents cachés, comme des talents qu’on voit tout de suite. Voilà. Maintenant je vous passe si vous voulez bien une deuxième personne.

– Bonjour. Moi en fait je suis gitan j’ai pas envie de dire mon nom et tout ça, mais en fait il y a deux trois choses ici que je suis pas d’accord. En fait, comment dire… je suis ici je suis malade, j’ai une plaque au pied, j’ai même pas l’assitance pour ça et j’ai un problème à la colonne vertébrale et j’ai même pas l’assistance pour ça. Quand je dis que j’ai mal ils font pas les analyses correctes, ils me donnent que des médicaments, il fait rien d’autre. mais vasy c’est pas grave ça. Il y a des autres trucs que j’aime pas ici, par exemple ici c’est vraiment sale. Il y a même pas de l’eau chaude, on a même pas ça. La chasse se tire pas. Il fait froid. Les portes, on a des cellules qui ont même pas de portes. On est est vraiment traités comme des animaux. Le chauffage, il y a beaucoup de cellules où ça fonctionne pas. Après il y a ça que, on est même pas en prison, on a même pas droit à accéder à internet, je trouve pas la logique. Moi j’ai fait de la prison, je suis d’accord qu’en prison on a pas le droit d’accèder à internet. mais ici on n’est pas en prison! C’est quoi ça? on va retourner dans notre pays? C’est quoi ça ? c’est la france ou c’est une prison? je comprend pas en fait. Vas y je vais passer à une autre personne qui parle mieux le français.

– Bonjour, Comme ils ont dit mes amis là, mes voisins. Il faut que vous veniez ici et que vous regardiez tout ça en face.

– quelqu’un d’autre : ils peuvent pas venir! c’est interdit, ils laissent personne rentrer constater, filmer. il y a que eux qui ont le droit de nous filmer, tu vois pas? ils ont tout le temps des caméras sur eux les gendarmes. n’importe qui peut venir ici ?? c’est mort, ils vont pas le laisser rentrer.

– je te passe le collègue.

– bonjour. je m’appelle .., je suis algérien. alors on parle de quoi ? ma situation là?
ya un petit truc pour jouer le tennis là, comment ça s’appelle… le ping pong. ya pas les raquettes, ya rien. ya la mosquée, on fait la prière. mais les barres fixes pour faire le sport.. j’étais bien en forme franchement la première fois que je suis rentré, mais maintenant je suis fragile franchement à cause du manger. Manger froid, chaud, dans le plastique, des repas congelés, en conserve… t’as compris? bah c’est ça. médicalement, par exemple moi j’ai une ordonnance dehors que m’a donnée mon médecin spécialiste à l’hôpital, il m’a donné un traitement. quand je suis rentré là, j’ai demandé mon traitement, ils m’ont dit non, ils ont changé mon traitement. pour y comprendre quelque chose… c’est des choses de fou ici.

– quelqu’un d’autre : par exemple ils vont te donner un calmant, c’est pas ton calmant. et après tu fais des bêtises. après coup ils l’ont pris, ils ont dit lui c’est une menace, nanani nanana, ils l’ont marqué dans les papiers. t’as tout compris ? c’est ça. ya des gendarmes qui font leur travail exactement. mais le chef, le capitaine, c’est le capitaine qui normalement a une grosse tête, pour que ça marche avec ses collègues et tout.

– tu veux dire qu’avec la police, yen a avec qui ça se passe bien et d’autres avec qui ça se passe pas bien?

– pour le moment ça va un peu. mais il manque des choses. les gendarmes ils sont bons, mais il manque beaucoup de choses. de la connexion par exemple, un ballon, des barres fixes pour faire le sport..

– et avec Forum Réfugiés ça se passe comment?

– Forum la première fois que je suis venu j’ai dit pourquoi t’es là c’est quoi ton travail, il m’a dit « au cas où tu as besoin, tes papiers et tout nanani, moi je suis là ». j’ai dit c’est bon! c’est à dire moi maintenant quand j’ai besoin des papiers, je suis parti au Forum. le Forum pour les papiers, pas plus! Forum ça va, ils sont bien.
il y a le psychologue. moi j’ai parlé avec le psychologue, je lui ai dit la dernière fois, ben il faut un journal par exemple pour qu’on parle, on passe à la télé, je sais pas moi. moi il me reste 15 jours je sors. mais ya des gens qui restaient dehors qui sont venus là et après ça commence à mal. juste la bagarre, des fois la bagarre, des fois nani, des fois nana, machin.. les vols.. mais là pour le moment comme par exemple ils ont ramené des choses qui passaient pas, ya pas comme ça, ya pas comme ça, ils créent des problèmes dans les chambres, et tout. allez je vais te dire quoi, bonne journée, je vais te passer quelqu’un d’autre.

– j’ai pas envie de m’exprimer c’est bon !

– mais non mais ya pas ton nom dedans !

– je sais mais…

– oui bah.. voilà quoi. on vous a passé le nécessaire.

– et toi tu voulais redire quelque chose même si t’avais déjà témoigné la dernière fois?

– bah ouais pourquoi pas. moi j’ai des trucs à dire. moi ça fait 24 ans que je suis là. ma mère est française. ils sont là, ils mélangent tout le monde à cause des trucs des algériens tout ça, que les algériens ils défient l’état, ils veulent pas les expulser. ils veulent pas les expulser. à cause de ça ils menacent tout le monde dans le même sac. et puis voilà, les conditions ici c’est sale, les chiottes ça fuit, la douche c’est le calcaire, c’est pas ça, on mange mal, quand ya des parloirs c’est que des gâteaux, on est en manque de sucre, franchement.. ils nous aident pas franchement.

– quelqu’un d’autre : on est dans le droit normalement !

– on est dans le droit normalement. on est comme tous les êtres humains mais ils nous rejettent ici comme des.. comme un système des rejetés de l’état. les médicaments, t’as mal à la tête ya que des dolipranes, t’es malade ya que des dolipranes. moi ya 2 jours ils m’ont donné des médicaments, je vous jure hier j’ai failli.. j’ai fini aux urgences. j’ai fini aux urgences, j’ai failli mourir hier ici.

– comment ça ? t’es allé à l’hôpital ?

– ouais j’ai fini à l’hôpital. j’étais malade, avant-hier je pars voir le médecin il me donne des médicaments, toute la nuit toute la journée je dors. hier je me lève la journée, à partir de 11 h j’arrivais plus à respirer, toute ma langue elle a enflé, j’ai fini aux urgences, j’ai dormi là bas. ils m’ont ramené ce matin exactement. ils m’ont ramené ce matin des urgences, ils m’ont dit quoi ? « c’est rien ». à peine quand j’étais arrivé sur la route ça a recommencé. je sais pas moi. j’ai failli mourir, j’ai failli mourir de ces 24 heures, à cause de ces conditions. ils te ramènent aux urgences, ils te disent rien, ils te donnent des médicaments..

– ils t’ont rien dit sur ce qu’il s’est passé ?

– ils m’ont même pas ausculté. ils m’ont même pas pris ma tension, rien du tout. ils m’ont dit « ouais ça va, tu vas y aller ». je sais pas moi, si cette nuit je dors je peux pas me réveiller!? t’as vu ? on sait pas qu’est-ce qu’il se passe!

– mais le médecin du CRA tu l’as vu? il a dit quoi?

– bah il m’a dit « ouais ça va tu vas mieux déjà ». il m’a donné des vieux médicaments qu’il m’a donnés ici. je sais pas c’est quoi le titre.. il m’a donné ces médicaments, je les ai pris ce matin et on verra. pour l’instant j’ai rien, mais j’espère pas que ça va me faire ça dans la nuit quand tout le monde il dort. parce que la nuit quand ils dorment eux, t’appelles t’appelles, ils t’oublient. ils t’oublient franchement.

– …tu sais c’est quoi le nom du médicament qui t’a rendu malade ?

– non je sais pas c’est quoi. Même le médecin, on lui a dit « ouais c’est à cause de vous je suis parti la veille parce que vous m’avez donné des médicaments » même lui il sait pas c’est quoi.

– ok… et toi quand t’étais dehors tu prenais déjà des médicaments comme ça ou c’est la première fois ?

– je prenais aucun médicament moi. le seul médicament c’est que je fumais la cigarette tout ça, sinon je fumais pas. je fais rien du tout, je me drogue pas à la drogue dure. je suis pas en manque d’un truc, je sais pas. Je suis normal, depuis toujours, comme tout le monde.

– les autres derrière : on est comme tout le monde! voilà!

– et aussi tu m’avais dit que la semaine dernière il y avait quelqu’un d’autre qui avait été hospitalisé ?

– ben ouais ben il y a que ça ici . Hier ya un collègue à moi aussi qui jouait au foot. Hier il s’est explosé toute la jambe, ils l’ont pas ramené. la journée s’est passée, il a vomi partout, ils lui ont donné des dolipranes et puis c’est tout. il lui ont dit « t’as rien du tout » il a la jambe pétée le pauvre il peut même pas bouger.
En fait c’est un abattoir ici franchement. C’est un abattoir.

– Et tu m’avais aussi parlé d’une autre personne qui a failli mourir récemment…

– Un comorien ouais… lui aussi il a pris des médicaments il a failli mourir. ils l’ont réanimé tout ça ils l’ont ramené à l’hopital le lendemain il est revenu ils ont dit « il a rien du tout ».

– et là il est avec vous ?

– Là il est là mais pas dans la même zone que nous.
Dans d’autres centres dans d’autres CRA les téléphones ils captent les caméras, les vidéos. T’as le droit d’utiliser whatsapp, parler avec tes proches nanani. ici tu peux pas. Tu peux pas. il y a pas de distributeur, on a même pas de micro-onde pour chauffer l’eau, on a rien du tout, franchement on a rien.

– et toi ils t’ont donné un vol la semaine dernière ?

– ouais, ouais.

– Et t’as pu refuser ?

– j’ai refusé ce vol, j’ai refusé. parce que moi ils ont assassiné mon père là-bas en Afrique. c’était un sous prefet. j’ai fait la guerre. Je suis arrivé ici… ça veut dire… j’ai vu son décès devant moi, ça m’a traumatisé. jusqu’à mes 17 ans j’étais un turbulent, je faisais que de la merde. et ben à cause de ça depuis mes 17 ans ils ont pris toutes mes conneries quand j’étais mineur, ils m’ont dit quoi que j’étais un trouble public, une menace publique. Alors qu’il y a des violeurs, des pointeurs ils sont là. ils violent les enfants, des petits enfants et ils sortent. eux ils sont bien vus en France, c’est ça que je comprends pas. Les violeurs ils sont bien vus, nous ils nous font passer comme des criminels. Laisse tomber, franchement, laisse tomber. c’est vraiment honteux.
C’est qu’à Lyon ils font ça, tu vas à Paris, c’est pas comme ça, à Marseille c’est pas comme ça, il y a que ici à Lyon.

– tu penses que c’est le pire CRA ici ?

– ouais c’est le pire, franchement moi je suis parti à Rennes c’était pas commme ça. Je suis parti en 2017 à Rennes c’était pas comme ça. Maintenant ici franchement, c’est le pire des pires.

– Mais toi normalement tu devais pas avoir de laisser-passer non ?

– Ouais ben ils me l’ont donné le laisser passer ! j’ai eu un vol.

– ouais ils te l’ont donné même si c’est trop la merde là bas quoi.

– ouais et ben là j’attends le JLD et puis on verra quoi qu’est-ce qui va se passer. franchement voilà c’est tout ce que j’ai à dire. et c’est bon.

– est-ce que quelqu’un d’autre veut rajouter qq chose ?

– il y a personne non, ya personne d’autre.

– merci beaucoup d’avoir partagé tout ça. on va le publier, on va l’envoyer au maximum de gens possible pour qu’ils entendent parler de comment c’est horrible là-bas.